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7e fiche St Luc : Envoi en mission

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Parcours Saint Luc, 7ème fiche

Envoi en mission (Lc 10, 1-24).

Nous terminons le parcours de l’évangile de Luc par un texte d’envoi en mission (Lc 10, 1-24). Pourquoi ? Parce que le temps pascal débouche sur le témoignage et sur la mission universelle (Lc 24, 47-49 ; Ac 1, 8). Or Luc a consigné dans le récit du ministère de Jésus deux discours d’envoi en mission : l’un adressé aux Douze (9, 1-6), l’autre adressé à « soixante-douze autres (disciples) » (10,1-24). Cela s’explique par le fait que Luc a puisé à deux sources de la tradition sur le même sujet : les disciples associés à la mission de Jésus en Galilée. Il a choisi et adapté la seconde pour évoquer la mission parmi les nations païennes. Nous reconnaissons ici la pratique des évangélistes qui ne rappellent pas le passé pour lui-même, mais pour éclairer le présent de la vie ecclésiale.

Il n’est pas sans importance que le second discours (Lc 10) soit situé dans cette section particulière de l’évangile de Luc (9-18) qui est scandée par la montée à Jérusalem : c’est de là précisément que partira la mission vers les extrémités de la terre, et cela sous le signe pascal.

I - POUR LIRE.

Jésus envoie en mission les Soixante–douze (1-16). La mission elle-même n’est pas racontée, mais devant les disciples qui reviennent enthousiastes (17) Jésus s’exprime sur le véritable enjeu de leur mission (18-21). Cette relecture permet d’approfondir ce qui a été vécu. Elle tourne en célébration : l’enthousiasme des disciples fait place à l’exultation de Jésus devant l’œuvre du Père qui révèle son Fils aux tout-petits (21-22). Une « béatitude » adressée aux disciples clôt ce parcours (23-24).

On pourrait donc marquer les jalons suivants :

  • 1 - envoi et discours d’envoi (1-16)
  • 2 - relecture de la mission : quel enjeu ? (17-20)
  • 3 - célébration de la faveur du Père pour les « tout-petits » (21-22)
  • 4 - béatitude finale à l’adresse des disciples (23-24)

Ce parcours est significatif : la mission a besoin d’être relue pour qu’en soit perçue toute la signification. Elle s’achève en « eucharistie », elle conduit à célébrer l’amour de Dieu qui se révèle en révélant son Fils. L’Esprit est celui qui suscite cette relecture et cette célébration du Père par le Fils.

II - ET MAINTENANT AU TEXTE.

1 – Cherchez dans l’ensemble du texte ce que les disciples ont à dire à ceux qu’ils rencontrent. Quels mots l’expriment ? Mission orientée vers une révélation : de qui ? de quoi ?

2 – Quelle manière d’être missionnaire Jésus propose-t-il ? dans la rencontre des gens ? dans le succès ou l’insuccès ? Quels sont les points d’appui des disciples ?

3 – Cherchez les points communs et les formes de solidarité entre Jésus et ses envoyés, qui se donnent à voir dans la mission, à l’aller et au retour.

4 – Quelle place tient la prière à chaque étape (l’envoi, la rencontre, le retour, la relecture) ?

III - DES CLES DE LECTURE.

1 – L’envoi des 72.

Le choix et l’envoi des Douze apôtres par Jésus en Galilée (Lc 6, 12-16) avait une portée symbolique : montrer que sa mission concernait la totalité du peuple de Dieu constitué par les douze tribus d’Israël. Après Pâques on a compris que le salut du Christ concernait aussi les gens de toutes les nations. Et beaucoup d’autres que les Douze ont pris part à l’annonce de l’Evangile sur les chemins du monde : Etienne, Philippe, Saul devenu Paul, Barnabé, Jean-Marc, etc... C’est cette dimension universelle de la mission que Luc inscrit dans la rédaction de ce nouveau discours d’envoi. En effet les 72 (ou les 70) sont le chiffre (approximatif) de la « table des peuples » (Gen 11) ; table selon laquelle l’humanité apparaît comme une immense famille issue d’un seul arbre généalogique après le Déluge, par la grâce de Dieu. Les 72 disciples sont « autres » que les Douze. Ils ne représentent pas seulement un supplément, mais une différence et une nouveauté nécessaires à l’annonce universelle de l’Evangile .

2 – Des missionnaires désencombrés.

La mission se heurtera à deux handicaps majeurs : le trop petit nombre et la précarité (comme des agneaux au milieu des loups). La prière remédiera au premier (10, 2, cf. 6, 12) ; on ne remédiera pas au second par la richesse des moyens humains . Dans un texte parallèle (6, 8-9), le Christ de Marc tolérait seulement le bâton et les sandales, pour faciliter les déplacements. Luc interdit tout ; ce radicalisme, praticable dans les villages galiléens, n’était pas pratiqué de fait dans la mission de par le monde (Lc 22, 35-36 le sait). Cela reste cependant l’expression vive de la confiance faite au Père (Lc 12, 22-32) et aux gens qui recevront les missionnaires. La pauvreté des moyens humains rend libres, elle donne lieu à un échange et à un partage. Elle indique le vrai point d’appui de la mission : la puissance de l’invocation du Nom (cf. Ac 3, 6 ; Lc 10, 17). L’interdiction de « ne saluer personne en chemin » signifie l’urgence des déplacements missionnaires : pas de salamaleks et de palabres inutiles (2R 4, 29), il faut se hâter de porter l’annonce de la « paix » à domicile, là où elle est attendue.

3 –Partager, agir et annoncer.

La mission procède de manière très concrète : d’abord les maisons (6), et l’on y demeure (7) ; ensuite on élargit à la ville (8-12). L’annonce de l’Evangile commence par une salutation : « Shalôm ». « La Paix » est le contenu même de l’Evangile (Ac 10, 36). Elle est le nom biblique du salut comme réconciliation avec Dieu, avec soi-même, avec les autres, avec la création tout entière. Annoncer la paix est une parole efficace. Cela se donne à voir d’abord dans l’hospitalité : la paix échangée et reçue se traduit dans l’accueil intime de la maison ; les « fils de la paix » se reconnaissent (5-6). Ensuite dans les œuvres de guérison (8-9). Enfin dans la parole qui interprète cette venue des missionnaires et leur accueil : « Dites : le Règne de Dieu s’est approché de vous » . Le Règne reste une réalité d’avenir (une réalité eschatologique), mais il est déjà à l’horizon et il s’est approché dans la visite salutaire des envoyés du Seigneur. La parole ne pourrait rien signifier sans cette approche humaine, cette hospitalité et ce service. L’annonce explicite vient au terme de ce processus, pas au début. Dans cet échange le partage du repas est deux fois mentionné. La première fois (7) il est justifié par l’adage : « l’ouvrier mérite son salaire » (cf. 1Co 9, 14). La seconde fois (8), il n’y a pas de justification ; le contexte n’est plus celui de l’entrée dans « la maison », mais celui de « toute ville dans laquelle vous entrerez », et l’on est invité à y consommer « ce qui vous sera présenté ». Dans la mission parmi les nations il n’y a plus lieu de se croire tenu par les lois de pureté alimentaire. On partage l’Evangile en partageant la vie et la culture de tout le monde.

4 –Le succès n’est pas garanti.

L’annonce de l’Evangile peut se heurter au refus. Dans ce cas les missionnaires ne s’imposeront pas. Qu’ils secouent publiquement la poussière de leurs pieds, à la fois pour dire qu’ils n’emportent rien (ils sont totalement désintéressés), mais aussi qu’ils se dégagent de toute responsabilité. Ce geste clair et net est encore un avertissement. Que vous l’ayez voulu ou non, « le Règne de Dieu s’est approché » (11 ; cette fois on ne dit pas qu’il s’est approché « de vous », comme au v. 9) ; l’auriez-vous laissé passer à côté de vous à vos risques et dépens ? Sur cette éventualité du refus, qui fait partie du programme, Luc a greffé des paroles où Jésus se lamentait sur les villes du lac qui avaient entendu sa prédication, avaient été témoins de ses miracles et pourtant ne s’étaient pas converties (13-15). Les villes païennes de l’A.T. auraient été plus promptes à la conversion. Est-ce un avertissement : le disciple n’est pas au-dessus du Maître ? Certainement. Mais peut-être aussi l’espérance pour les disciples d’être mieux écoutés là où l’on s’y attendrait le moins, parmi les nations païennes.

5 – Relecture : la vraie joie des missionnaires (10, 17-20).

De retour de mission les disciples disent leur enthousiasme : « même les démons nous sont soumis par ton nom » (17). Au premier abord Jésus en rajoute : il a vu dans leurs exorcismes la victoire eschatologique de Dieu sur les forces du mal (18-19). Il le dit dans le langage visionnaire des apocalypses : Satan tombait du ciel comme l’éclair. Il l’a vu : c’est donc qu’il était présent à la mission de ses envoyés. Il confirme ainsi qu’il était à l’origine de leur succès et qu’il le sera à l’avenir : « Je vous ai donné autorité sur toute la puissance de l’Ennemi... rien ne pourra vous nuire » (10,19) . Mais le succès extérieur ne doit pas leur masquer le vrai motif de leur joie : leurs noms sont inscrits dans les cieux, ils appartiennent personnellement à ce Royaume de Dieu, dont ils accomplissent les signes dans l’histoire.

6 – Célébrer la révélation du Père aux tout-petits : eucharistie sur la mission.

Jésus exulte dans l’Esprit, il loue le Père « d’avoir caché cela aux sages et aux savants et de l’avoir révélé aux tout-petits » (21-22) . C’était déjà l’Esprit qui l’avait marqué d’une onction spirituelle pour annoncer la Bonne Nouvelle aux pauvres (Lc 4, 18). « Cela » : c’est-à-dire ce que la mission recèle en profondeur : Jésus est vraiment le Fils auquel le Père a tout remis. Seuls le Père et le Fils sont au même niveau d’une connaissance réciproque et d’une révélation mutuelle (32). C’est finalement « cela » qui est révélé au coeur même de la mission et de l’histoire du salut : une relation de personnes en Dieu, le Père et le Fils. Cette communion divine s’ouvre aux « tout-petits »,à la fois aux auditeurs accueillants à l’Evangile et, en premier lieu, aux disciples qui l’annoncent (« Ne craignez pas petit troupeau : il a plu à votre Père de vous donner le Royaume », Lc 12 32). C’est à eux expressément qu’il est dit qu’ils voient et entendent ce que beaucoup de prophètes et de rois de l’AT auraient voulu voir et entendre (23-24). La mission est pour eux d’abord le lieu de cette révélation. Ils y font l’expérience que le Père se communique totalement en son Fils Jésus et que cette communication atteint par pure bienveillance les plus humbles de l’humanité. « Les pauvres sont évangélisés » (Lc7,22). « Voir » et « entendre » cela, c’est se tenir au terme définitif de la révélation.

IV - PISTES POUR ACTUALISER

  • Quels sont pour nous aujourd’hui nos lieux de mission ?
    Quels sont les actes significatifs les signes à poser pour que le règne de Dieu soit annoncé ?
    Certaines transpositions sont nécessaires, par exemple que devient aujourd’hui « guérissez les malades » ?
  • « Il les envoya deux par deux »
    Et nous, avec qui faisons nous route sur le chemin de la mission : quelle est ma place, et comment s’articule-t- elle avec celle des autres ?
  • Comment un temps de relecture de notre vie, des rencontres, nous permet-il de prendre conscience de ce que nous avons vu et entendu de si extraordinaire « que les prophètes et les rois auraient voulu voir et entendre » ( V 23) ?

V - PISTES POUR LA PRIERE

  • Pour le début, chanter ou lire la prière de Jésus :
    • « Je te bénis Père,
      Seigneur du ciel et de la terre,
      d’avoir caché ce mystère aux sages,
      Oui, Père, je te loue, je te bénis, je t’adore. »
  • Silence
  • Nous pouvons exprimer à voix haute spontanément notre merci à Dieu pour ce que nous avons vécu cette année.
  • Finir par le chant : « Si le Père nous appelle » ( T 154-1)
    • 1 - Si le Père vous appelle à aimer comme il vous aime,
      Dans le feu de son Esprit, bienheureux êtes-vous !
      Si le monde vous appelle à lui rendre une espérance,
      A lui dire son salut, bienheureux êtes-vous !
      Si l´Eglise vous appelle à peiner pour le Royaume,
      Aux travaux de la moisson, bienheureux êtes-vous !
    • Tressaillez de joie ! Tressaillez de joie !
      Car vos noms sont inscrits pour toujours dans les cieux !
      Tressaillez de joie ! Tressaillez de joie !

      Car vos noms sont inscrits dans le coeur de Dieu !
    • 2 - Si le Père vous appelle à la tâche des apôtres,
      En témoins du seul Pasteur, bienheureux êtes-vous !
      Si le monde vous appelle à l´accueil et au partage
      Pour bâtir son unité, bienheureux êtes-vous !
      Si l´Eglise vous appelle à répandre l´Evangile
      En tout point de l´univers, bienheureux êtes-vous !

TEXTE : Luc 10, 1-24 ( traduction liturgique)

1 Après cela, le Seigneur en désigna encore soixante-douze, et il les envoya deux par deux devant lui dans toutes les villes et localités où lui-même devait aller.

2 Il leur dit : « La moisson est abondante, mais les ouvriers sont peu nombreux. Priez donc le maître de la moisson d’envoyer des ouvriers pour sa moisson. 3 Allez ! Je vous envoie comme des agneaux au milieu des loups. 4 N’emportez ni argent, ni sac, ni sandales, et ne vous attardez pas en salutations sur la route. 5 Dans toute maison où vous entrerez, dites d’abord : ’Paix à cette maison.’ 6 S’il y a là un ami de la paix, votre paix ira reposer sur lui ; sinon, elle reviendra sur vous. 7 Restez dans cette maison, mangeant et buvant ce que l’on vous servira ; car le travailleur mérite son salaire. Ne passez pas de maison en maison. 8 Dans toute ville où vous entrerez et où vous serez accueillis, mangez ce qu’on vous offrira. 9 Là, guérissez les malades, et dites aux habitants : ’Le règne de Dieu est tout proche de vous.’ 10 Mais dans toute ville où vous entrerez et où vous ne serez pas accueillis, sortez sur les places et dites : 11 ’Même la poussière de votre ville, collée à nos pieds, nous la secouons pour vous la laisser. Pourtant sachez-le : le règne de Dieu est tout proche.’ 12 Je vous le déclare : au jour du Jugement, Sodome sera traitée moins sévèrement que cette ville.

13 Malheureuse es-tu, Corazine ! Malheureuse es-tu, Bethsaïde ! Car, si les miracles qui ont eu lieu chez vous avaient eu lieu à Tyr et à Sidon, il y a longtemps que les gens y auraient pris le vêtement de deuil, et se seraient assis dans la cendre en signe de pénitence. 14 En tout cas, Tyr et Sidon seront traitées moins sévèrement que vous lors du Jugement. 15 Et toi, Capharnaüm, seras-tu donc élevée jusqu’au ciel ? Non, tu descendras jusqu’au séjour des morts !

16 Celui qui vous écoute m’écoute ; celui qui vous rejette me rejette ; et celui qui me rejette rejette celui qui m’a envoyé. »

17 Les soixante-douze disciples revinrent tout joyeux. Ils racontaient : « Seigneur, même les esprits mauvais nous sont soumis en ton nom. »

18 Jésus leur dit : « Je voyais Satan tomber du ciel comme l’éclair. 19 Vous, je vous ai donné pouvoir d’écraser serpents et scorpions, et pouvoir sur toute la puissance de l’Ennemi ; et rien ne pourra vous faire du mal. 20 Cependant, ne vous réjouissez pas parce que les esprits vous sont soumis ; mais réjouissez-vous parce que vos noms sont inscrits dans les cieux. »

21 A ce moment, Jésus exulta de joie sous l’action de l’Esprit Saint, et il dit :

« Père, Seigneur du ciel et de la terre, je proclame ta louange : ce que tu as caché aux sages et aux savants, tu l’as révélé aux tout-petits. Oui, Père, tu l’as voulu ainsi dans ta bonté.

22 Tout m’a été confié par mon Père ; personne ne connaît qui est le Fils, sinon le Père, et personne ne connaît qui est le Père, sinon le Fils et celui à qui le Fils veut le révéler. »

23 Puis il se tourna vers ses disciples et leur dit en particulier : « Heureux les yeux qui voient ce que vous voyez ! 24 Car, je vous le déclare : beaucoup de prophètes et de rois ont voulu voir ce que vous voyez, et ne l’ont pas vu, entendre ce que vous entendez, et ne l’ont pas entendu. »

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7e fiche St Luc
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Texte Luc (10, 1-24)
Article publié par Annie G.
Modifié le mercredi 24 octobre 2007