Centenaire de la naissance de Mère Teresa:04.09.2010

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C’est l’amour pour Jésus qui sous-tend la vie de Mère Teresa : l’amour qu’Il lui porte et auquel elle s’est ouverte, et son amour pour Lui en réponse. Les chapelles ou les lieux de prière des Missionnaires de la Charité mettent en belle place ce cri de Jésus sur la Croix : « J’ai soif. » Mère Teresa a été touchée par ce cri : soif dans son corps, soif dans son âme, soif d’amour. Elle y a entendu ce désir de Dieu d’être aimé, d’être préféré, de combler de son amour tout-puissant le cœur de ses enfants les hommes.

A l’instant, l’évangile de ce dimanche faisait retentir l’appel de Jésus aux foules qui Le suivaient : « Si quelqu’un vient à moi sans me préférer à son père, sa mère, sa femme, ses enfants, ses frères et sœurs, et même à sa propre vie, il ne peut pas être mon disciple. » L’amour de préférence, celui qui illumine la vie intérieure et éclaire les traits du visage, celui pour lequel on est prêt à tout vendre, à tout perdre pour ne pas le perdre ! L’amour de préférence pour Jésus demeure le grand appel de la vie chrétienne. Il s’agit de cela, d’un échange d’amitié. C’est cela que Dieu nous propose à travers son fils bien-aimé. A vrai dire, seul Dieu peut appeler ainsi à la préférence radicale. Car seul, Lui, peut combler les aspirations qui habitent l’être aimé. Seul Lui a la capacité de se donner totalement et de manière unique à l’être aimé. Seul Dieu peut revendiquer d’être aimé de préférence ! Notre vie spirituelle consiste à avancer dans cet amour de préférence : « Celui d’entre vous qui ne renonce pas à tous ses biens ne peut pas être mon disciple. »

« Pierre, m’aimes-tu plus que ceux-ci ? », demandera le ressuscité à celui qui vient pourtant de Le renier ! A chacun Christ demande : « M’aimes-tu plus que ceux-ci ? » Mère Teresa a répondu : « Oui, Seigneur, Toi qui sais tout, Tu sais bien que je t’aime, pour reprendre les mots de Pierre. » Mais elle-même a pu écrire : « Dieu, Jésus est ma vie. Jésus est mon seul amour. Jésus m’est indispensable. Jésus est mon tout. » Toute sa vie, elle s’est efforcée de demeurer et de grandir dans cet amour, d’en vivre. C’est bien cela qui a sous-tendu toute son existence ! Cela qui l’a orientée vers la vie religieuse, cela qui l’a maintenue fidèle jusqu’au bout, malgré l’épreuve du sentiment de l’absence de Dieu que ses écrits nous ont révélée.

Mais il faut poursuivre : Mère Teresa a entendu l’appel de Jésus à être aimé de manière bien concrète ! Les mourants de Calcutta ! « C’est à moi que vous l’avez fait ! C’est à moi que vous ne l’avez pas fait ! » Derrière chaque visage d’homme, elle voyait le Christ à aimer, le Christ criant : « J’ai soif. » Elle a choisi ceux qui lui paraissaient les plus délaissés, parce qu’en quelque sorte c’est Jésus lui-même qui, en eux, était délaissé, lançait son appel. « Dans le pauvre, disait-elle, nous touchons réellement le corps du Christ. Dans le pauvre, c’est le Christ affamé que nous nourrissons ; c’est le Christ que nous habillons ; c’est le Christ sans demeure que nous abritons. Il ne s’agit pas seulement de faim de pain, de manque de vêtements ou de besoin d’une maison faite de briques. Aujourd’hui, le Christ a faim dans nos pauvres gens. Mais même les riches ont faim d’amour, d’attention, faim d’être désirés, d’avoir quelqu’un qui soit leur. » Et la voilà avec ses sœurs, dans les mouroirs de Calcutta et d’ailleurs, pour qu’avant leur mort, ceux auxquels elle offrait le sourire de sa présence et de son amitié aient quelqu’un qui soit leur ! Pour que le Christ mourant en eux, seul et abandonné, puisse croiser le regard respectueux et aimant des Maries d’aujourd’hui, debout au pied de leur croix. Et elle suppliait le Christ : « Devant la situation des pauvres, quand Tu m’apparais affamé, assoiffé, ou sous les traits d’un étranger, montre-moi comment te donner de la nourriture, apaiser ta soif ou te recevoir dans ma maison et dans mon cœur. Montre-moi comment te servir dans les plus petits de tes frères. » Et ce langage de l’amour du plus pauvre est devenu compréhensible par nos contemporains !

Par les saints, Dieu allume des lumières sur nos routes humaines. Il a donné Mère Teresa dans ce XXe siècle qui a connu les grands drames d’inhumanité que nous savons : Mère Teresa, témoin de la fécondité du double amour vécu à fond : celui pour Dieu jusqu’à porter sa croix pour le suivre, celui pour nos frères les plus abandonnés pour étancher la soif de Jésus d’être aimé dans ses frères éprouvés. Supplions le Seigneur de nous faire entendre son appel à l’aimer de préférence ! Supplions-Le de nous montrer le chemin des plus pauvres et des plus rejetés comme celui où Il attend notre présence de compassion concrète, engagée, fidèle, lumineuse. Puissions-nous puiser dans l’Eucharistie la force de Le préférer et d’aimer comme Il nous a aimés.

Amen

Georges PONTIER
Archevêque de Marseille

Basilique du Sacré-Coeur : 04.09.2010

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Article publié par Genevieve F
Modifié le dimanche 5 septembre 2010