Histoire : Libération de N.D. de la Garde

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(Extraits de "La Vierge de la Garde au milieu des bastions" de Robert Levet - Paul Tacussel éditeur)

Le 11 novembre 1942, les troupes allemandes envahissent la zone que, jusqu’alors, on appelait "libre". Le journal de la basilique, tenu par les chapelains, nous permet de suivre les évènements qui se sont passés à N.D. de la Garde depuis cette date jusqu’à l’automne 1944.....

Le sanctuaire libéré de l’occupation allemande

Le 15 août 1944,
les fidèles qui arrivent à N.D. de la garde trouvent les grilles fermées et gardées par des soldats allemands. Il s’agit d’y établir une importante présence militaire en vue des combats à venir....

A partir du 16 août,
les 11 religieuses Franciscaines passent la nuit dans la crypte sur des chaises longues.

Le 19 août, des rafales de mitrailleuse sont tirées en direction du fort...

Le 21 août, les F.F.I. commencent à assiéger la colline. Ce jour-là Mgr Borel, recteur du sanctuaire,décide d’installer sa chambre dans la pièce qui est au dessus de la sacristie "Un capitaine n’abandonne pas son navire en danger".
Les 11 religieuses font connaître aussi leur ferme détermination de demeurer à N-D de la Garde.
L’officier allemand leur conseille alors de se tenir au fond de la crypte, du côté opposé au clocher : il craignait en effet que les tirs d’obus ne le fissent tomber....


Le 25 août,
commence, dès 6h, une canonnade qui s’intensifie entre 9h et 13h : elle n’atteint d’abord que des dépendances du sanctuaire.

Au début de la matinée, les 1ère et 2ème compagnies du 1er bataillon du 7ème R.T.A. (régiment de tirailleurs algériens) gravissent la colline en partant du cours Pierre-Puget....Ils tirent sur les positions allemandes et essuient le feu des tirs ennemis.
Mgr Delay et son vicaire général s’occupent des blessés : presque tous musulmans, ils sont très émus de voir un "grand marabout" les soigner.. D’autres tirailleurs partent de la rue Cherchell (actuellement Jules-Moulet) et le F.F.I. Pierre Chaix-Bryan leur fait escalader la colline par un escalier à peu près inconnu.

...Vers 11h, un officier et huit soldats allemands viennent déposer leurs armes devant Mgr Borel et, sachant qu’ils seront faits prisonniers par les soldats alliés, lui remettent, en offrande pour le sanctuaire, l’argent qu’ils ont sur eux. Ils donnent les adresses de leurs parents pour que l’on puisse les rassurer sur leur sort. Dans la réserve des cierges se déclare un incendie qui emplit la crypte de fumée : les soldats allemands aident les religieuses à l’éteindre. Trois d’entre eux demandent à se confesser (ils prient une religieuse alsacienne de leur servir d’interprète) et à communier.

Du côté des casernes (côté ville), des soldats allemands hissent un drapeau blanc sur le fort, mais, sur l’esplanade face à la mer, d’autres continuent à tirer...

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Le Char Jeanne d’Arc

Vers 13h, par le boulevard Gazzino (actuellement André-Aune) et la montée de l’Oratoire, les chars du 2ème régiment de cuirassiers de la 1ère D.B. parviennent à la place Santa-Maria. Ils tirent sur Notre-Dame de la Garde. Le char Jeanne d’Arc, atteint par un obus allemand, se renverse contre le mur de la résidence épiscopale et prend feu, ce qui provoque la mort de trois de ses occupants. Le char Jourdan saute sur une mine....

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Plaque commémorative

Autour de 15h30 une section de la 1ère compagnie du 7ème R.T.A. commandée par l’aspirant Roger Audibert, à laquelle s’était joint l’aspirant Ripoll, prend d’assaut la colline. La section Audibert fait vint-trois prisonniers dans les blockhaus et prend en charge les neuf allemands qui s’étaient rendus le matin.

On prend un grand drapeau français orné de l’effigie du Sacré-Cœur suspendu dans le chœur de la basilique et Ripoll monte le fixer au haut du clocher. Immense joie des Marseillais qui le voient flotter.

A 16h30, le Père Maurice de Fenoyl, jésuite, aumônier militaire à la 1ère D.B., célèbre la messe dans le sanctuaire...

Un peu plus tard, à la sacristie, les religieuses Fransciscaines soignent deux tirailleurs légèrement blessé. Y entre alors l’officier allemand qui commandait les troupes de Notre-Dame de la Garde. Il est blessé : sa main et son avant-bras sont très enflés et il a un éclat d’obus dans un rein. On essaie de l’extraire, mais on n’y parvient pas : le métal a pénétré trop profondément. Cet officier, qui avait comme tactique de ne jamais saluer les religieuses, regarde craintivement les soldats français. L’un deux lui déclare : "Un blessé n’est plus un ennemi". Visiblement très ému, l’officier dit à la religieuse alsacienne : "Je ne comprends pas que vous soyez si bonnes pour moi qui suis vaincu".
Quand il remercie Mgr Borel, celui-ci répond : "Nous sommes tous frères en Jésus-Christ. La charité chrétienne est universelle et ne connaît ni nationalité, ni vaiqueur, ni vaincu".
Il sort après avoir serré la main à tous ceux qui sont là. Il mourra deux jours plus tard.

Le soir du 25 août, ce sont des soldats français qui couchent dans les anciennes casernes que les allemands réoccupaient depuis 1942.

Notre-Dame de la Garde est totalement libérée. Mais, comme le dit le journal de la basilique " le martyre de la Bonne Mère ne fait que commencer" : en effet, pendant deux grandes journées, de nombreuses batteries allemandes, situées dans Marseille ou aux alentours de la ville, vont beaucoup tirer sur la basilique.


La basilique sous le feu des tirs allemands

Les tirs commencent dans la nuit du 25 au 26 août si bien que, sur le conseil d’un officier, on descend à la crypte le lit de Mgr Borel.

Dans la matinée du 26 août,
les terrasses sont sans cesse balayées par des rafales de mitrailleuses. Lors d’une relève des groupes de combat, les hommes attendus ont du retard et, pendant quelque temps, les soldats qui défendent la basilique ne sont que sept. Si les Allemands l’avaient su !...

A 16h, un obus fait une très grande brèche dans le côté du clocher...

Le dimanche 27 août
... Les bombardements se font plus violents que jamais : ce sont surtout les batteries du fort Saint-Nicolas et celles de l’Angélus... Les tirs visent la coupole et s’acharnent toujours sur le clocher...

Vers 17h le Colonel Edon arrive à la basilique. Les Allemands du fort Saint-Nicolas viennent de se rendre.. un quart d’heure plus tard, un parlementaire venant de l’Angelus se présente avec un drapeau blanc...

La cessation des combats et le retour à la vie normale

Le 28 août au matin,
le général Schaefer, commandant l’ensemble des forces allemandes de Marseille, rencontre le général de Monsabert qui exige une reddition sans condition.

Vers 9h, le général de Monsabert monte à Notre-Dame de la Garde. Dès qu’il rencontre Mgr Borel, il demande à saluer "le maître de maison" : le Seigneur présent dans le Saint-Sacrement. Il prie aussi devant la statue de la Vierge et note dans le livre d’or que "c’est la prise de la basilique qui a sonné la capitulation allemande dans la ville et il remercie Notre-Dame de la Garde d’avoir permis à la 3ème division algérienne de venir délivrer la ville de Marseille et ouvrir ainsi la porte de la France renaissante".

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Fanion du Gle de Monsabert

...Dès le lendemain, le général de Monsabert fait don à la basilique de son fanion de voiture : un fanion aux couleurs algériennes ayant fait les campagnes de Tunisie et d’Italie et portant, en maints endroits, des impacts de balles. Un des ex-voto les plus précieux de Notre-Dame de la Garde.

En 1977, le général de Monsabert écrira au recteur de Notre-Dame de la Garde : "Ma conviction profonde est que les Marseillais ont dû leur libération si rapide à leur "Bonne Mère" ; je n’ai été, avec mes soldats, que l’instrument providentiel de cette libération.

"C’est Elle qui a tout fait !"


Modifié le jeudi 17 mars 2005