Par Isabelle Vissière
- John Henry Newman - Le combat de la vérité par le Cardinal Jean Honoré
- Dieu caché par Jacques Gauthier
- Chine rouge - Édifier un socialisme à la chinoise. Le grand tournant des années 80 par Xavier Walter
- Le voile et la plume par Marie-Claire Bussat-Enevoldsen
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John Henry Newman
Le combat de la vérité
Cardinal Jean Honoré
Le 19 septembre, au cours de son voyage
en Angleterre, le pape Benoît XVI béatifiera
John Henry Newman. On sait que le cardinal
Honoré a beaucoup écrit sur cet homme
exceptionnel (Newman, sa vie et sa pensée,
Desclée, 1988 ; Newman, un homme de Dieu,
Cerf, 2003). Il tente ici un exercice difficile,
mais passionnant : ce qu’on pourrait appeler
une biographie spirituelle et théologique du
futur bienheureux. Les 32 volumes de sa correspondance
et de ses notes quotidiennes font apparaître un lien
étroit entre sa vie et ses ouvrages : loin d’être de pures constructions
intellectuelles, ces derniers offrent des réponses à chaud aux
événements qui ont jalonné, voire bouleversé, l’existence du penseur.
Il y a d’abord les trente ans passés à Oxford comme étudiant,
puis enseignant, pasteur et prédicateur brillant, dans la mouvance
évangélique de l’anglicanisme. Puis son étude de la patristique qui
lui fait comprendre que l’Église catholique romaine, beaucoup plus
que la luthérienne, est la véritable héritière de l’Église des Pères.
Il assume alors un rôle directeur dans le Mouvement d’Oxford qui
prône un renouveau théologique et liturgique au sein de l’anglicanisme
et le retour à la tradition, ce qui le rapproche un peu plus
du catholicisme et amène enfin sa conversion en 1845, et son ordination
en 1847. Une période difficile car, mis au ban de la société
anglicane et protestante de son pays, il est encore mal accepté par
Rome. La reconnaissance officielle viendra plus tard, en 1879, avec
sa nomination au cardinalat par Léon XIII. Le grand intérêt de cette
étude, outre sa précision dans l’exposé de la pensée newmanienne,
est d’en faire éclater la modernité : par exemple, en découvrant
l’histoire et le credo de l’Église anglicane et les difficultés éprouvées
par Newman, nous pouvons mieux comprendre certaines tensions
actuelles. On appréciera aussi la manière intelligente et nuancée
dont Newman a accueilli et intégré les thèses darwiniennes. On
verra comment, bien en avance sur son temps, il a prôné la responsabilité
des laïcs au sein de l’Église. Sur bien des points, Newman
aura été « le penseur invisible de Vatican II ».
Cerf, 2010, 223 p., 24 .
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Dieu caché
Jacques Gauthier
D’emblée, l’auteur attaque : « Tenter
de définir Dieu aujourd’hui relève
d’une certaine inconscience. » Dieu
n’est-il pas un Dieu caché, Deus absconditus,
selon Pascal ? Et pourtant, il
va s’y risquer. Il n’a rien d’un théologien
professionnel. Mais professeur
pendant vingt ans à l’université Saint-
Paul d’Ottawa, animateur du Jour du
Seigneur sur Radio-Canada, journaliste
et écrivain, il sait s’adresser avec
simplicité à un
vaste public, à des
lecteurs en quête
de Dieu, autant
dire à tout lecteur.
Et il le fait à partir
de sa propre expérience
et de la tradition
chrétienne qui l’a façonné dès
l’enfance. Le mystère de Dieu ne renvoie-
t-il pas d’abord au mystère de
chaque être ? L’ouvrage explore les
différentes voies qui conduisent à ce
Dieu tout à la fois invisible et présent
au coeur de l’homme, infiniment supérieur
à lui et cependant plus intime
à lui que lui-même. « Dieu voilé » que
la science approche aujourd’hui, mais
sans forcément le nier, comme on
l’a longtemps fait. « Dieu ineffable »
dont seules la poésie et la beauté
peuvent traduire la splendeur. « Dieu
Père » révélé dans les paroles du
Christ. « Dieu compatissant » découvert
dans l’amour du prochain. Cette
très belle méditation personnelle
s’alimente aux meilleures sources
pour nous engager dans une quête
sans cesse renouvelée.
Parole et silence, 2010, 207 p., 18 .
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Chine rouge
Édifier un socialisme
à la chinoise
Le grand tournant
des années 80
Xavier Walter
L’auteur a été le principal collaborateur
d’Alain Peyrefitte et s’est lancé
pour lui dans l’étude de la Chine ancienne
et moderne. Après avoir publié
des livres fort bien documentés
sur les voyageurs du passé, il brosse
aujourd’hui un tableau de la Chine
actuelle qui surprendra beaucoup
de lecteurs : ce pays, engagé à fond
sous Mao dans le communisme orthodoxe,
pratique maintenant l’économie
socialiste de marché – formule
qui doit faire bondir
les marxistes
attardés – et renoue
avec ses traditions
religieuses
et philosophiques.
Tout ce qui séduisait
naguère une
partie de l’intelligentsia germanopratine,
la « pensée Mao-Tsé-Toung », la
Révolution culturelle, paraît bien désuet,
alors que l’on assiste à la résurrection
de Confucius. En tout cas, la
Chine, qui est en passe de devenir la
première puissance mondiale, n’a pas
fini de nous étonner. On attend impatiemment
la suite de cette fresque
magistrale.
François-Xavier de Guibert, 2010, 481 p., 29 .
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Le voile et la plume
Marie-Claire Bussat-Enevoldsen
Ce livre conte les trente-huit premières
années de Jeanne de Chantal,
fondatrice de l’Ordre de la Visitation
qui fête cette année son 400e anniversaire.
Il s’agit donc de sa vie dans
le monde et de sa rencontre décisive
avec François de Sales. Rien ne semblait
devoir rapprocher cette aristocrate
bourguignonne (grand-mère de
la marquise de Sévigné) et le brillant
prédicateur, évêque de Genève. Et
pourtant, au premier regard, ces
âmes soeurs se reconnurent et de
cette « amitié céleste », il nous reste
l’abondante correspondance de l’un
et les confidences de l’autre à sa première
biographe. De cette masse de
documents dont le style risquait de
paraître indigeste, l’auteur a tiré un
récit alerte, en introduisant une dimension
dramatique et romanesque
dans la monotonie d’une existence.
D’abord, elle s’insinue en tiers dans
l’intimité de la jeune femme qu’elle
interpelle à tout bout de champ. Le
récit n’est écrit ni à la première personne
comme une autobiographie,
ni à la troisième comme une narration,
mais à la deuxième personne
du pluriel : « Vous vous mariez, vous
êtes comme chaque femme éprise
de votre homme, vous priez Dieu
pour qu’Il vous le
laisse encore un
peu. » Autre originalité,
l’histoire
est un plaidoyer
féministe plutôt
qu’une hagiographie.
Éternelle mineure
assujettie au pouvoir masculin
sous toutes ses formes, Jeanne représente
les femmes de son temps :
veuve très jeune, elle élève quatre enfants,
gère sa fortune et ses biens, et
pourtant dépend entièrement de son
père et de son beau-père, ainsi que
de son frère cadet, devenu évêque de
Bourges. On veut la remarier. Elle rêve
de se consacrer à Dieu. Contre vents
et marées, elle réalise seule son projet,
avec l’aide discrète de François
de Sales, et devient fondatrice et supérieure
de l’Ordre qu’elle crée : cette
attitude, certes dévote, était paradoxalement
pour elle la seule manière
d’acquérir enfin une indépendance
et un rayonnement à la mesure de sa
personnalité.
Bayard, 2010, 442 p., 22 .






