Les livres du mois de septembre 2010

Imprimer

Par Isabelle Vissière

  • John Henry Newman - Le combat de la vérité par le Cardinal Jean Honoré
  • Dieu caché par Jacques Gauthier
  • 

Chine rouge - Édifier un socialisme à la chinoise. Le grand tournant des années 80 par Xavier Walter
  • Le voile et la plume par Marie-Claire Bussat-Enevoldsen

***

Tous ces livres sont disponibles
à la Librairie Saint-Paul
47, bd Paul Peytral, 13006 Marseille
métro Estrangin Préfecture
Tél : 04 91 15 77 77
e-mail : marseille@librairiestpaul.fr
Site : www.librairiestpaul.fr

***

John Henry Newman
Le combat de la vérité

Cardinal Jean Honoré

Le 19 septembre, au cours de son voyage en Angleterre, le pape Benoît XVI béatifiera John Henry Newman. On sait que le cardinal Honoré a beaucoup écrit sur cet homme exceptionnel (Newman, sa vie et sa pensée, Desclée, 1988 ; Newman, un homme de Dieu, Cerf, 2003). Il tente ici un exercice difficile, mais passionnant : ce qu’on pourrait appeler une biographie spirituelle et théologique du futur bienheureux. Les 32 volumes de sa correspondance et de ses notes quotidiennes font apparaître un lien étroit entre sa vie et ses ouvrages : loin d’être de pures constructions intellectuelles, ces derniers offrent des réponses à chaud aux événements qui ont jalonné, voire bouleversé, l’existence du penseur. Il y a d’abord les trente ans passés à Oxford comme étudiant, puis enseignant, pasteur et prédicateur brillant, dans la mouvance évangélique de l’anglicanisme. Puis son étude de la patristique qui lui fait comprendre que l’Église catholique romaine, beaucoup plus que la luthérienne, est la véritable héritière de l’Église des Pères. Il assume alors un rôle directeur dans le Mouvement d’Oxford qui prône un renouveau théologique et liturgique au sein de l’anglicanisme et le retour à la tradition, ce qui le rapproche un peu plus du catholicisme et amène enfin sa conversion en 1845, et son ordination en 1847. Une période difficile car, mis au ban de la société anglicane et protestante de son pays, il est encore mal accepté par Rome. La reconnaissance officielle viendra plus tard, en 1879, avec sa nomination au cardinalat par Léon XIII. Le grand intérêt de cette étude, outre sa précision dans l’exposé de la pensée newmanienne, est d’en faire éclater la modernité : par exemple, en découvrant l’histoire et le credo de l’Église anglicane et les difficultés éprouvées par Newman, nous pouvons mieux comprendre certaines tensions actuelles. On appréciera aussi la manière intelligente et nuancée dont Newman a accueilli et intégré les thèses darwiniennes. On verra comment, bien en avance sur son temps, il a prôné la responsabilité des laïcs au sein de l’Église. Sur bien des points, Newman aura été « le penseur invisible de Vatican II ».

Cerf, 2010, 223 p., 24 .

***

Dieu caché

Jacques Gauthier

D’emblée, l’auteur attaque : « Tenter de définir Dieu aujourd’hui relève d’une certaine inconscience. » Dieu n’est-il pas un Dieu caché, Deus absconditus, selon Pascal ? Et pourtant, il va s’y risquer. Il n’a rien d’un théologien professionnel. Mais professeur pendant vingt ans à l’université Saint- Paul d’Ottawa, animateur du Jour du Seigneur sur Radio-Canada, journaliste et écrivain, il sait s’adresser avec simplicité à un vaste public, à des lecteurs en quête de Dieu, autant dire à tout lecteur. Et il le fait à partir de sa propre expérience et de la tradition chrétienne qui l’a façonné dès l’enfance. Le mystère de Dieu ne renvoie- t-il pas d’abord au mystère de chaque être ? L’ouvrage explore les différentes voies qui conduisent à ce Dieu tout à la fois invisible et présent au coeur de l’homme, infiniment supérieur à lui et cependant plus intime à lui que lui-même. « Dieu voilé » que la science approche aujourd’hui, mais sans forcément le nier, comme on l’a longtemps fait. « Dieu ineffable » dont seules la poésie et la beauté peuvent traduire la splendeur. « Dieu Père » révélé dans les paroles du Christ. « Dieu compatissant » découvert dans l’amour du prochain. Cette très belle méditation personnelle s’alimente aux meilleures sources pour nous engager dans une quête sans cesse renouvelée.

Parole et silence, 2010, 207 p., 18 .

***

Chine rouge
Édifier un socialisme à la chinoise Le grand tournant des années 80

Xavier Walter

L’auteur a été le principal collaborateur d’Alain Peyrefitte et s’est lancé pour lui dans l’étude de la Chine ancienne et moderne. Après avoir publié des livres fort bien documentés sur les voyageurs du passé, il brosse aujourd’hui un tableau de la Chine actuelle qui surprendra beaucoup de lecteurs : ce pays, engagé à fond sous Mao dans le communisme orthodoxe, pratique maintenant l’économie socialiste de marché – formule qui doit faire bondir les marxistes attardés – et renoue avec ses traditions religieuses et philosophiques. Tout ce qui séduisait naguère une partie de l’intelligentsia germanopratine, la « pensée Mao-Tsé-Toung », la Révolution culturelle, paraît bien désuet, alors que l’on assiste à la résurrection de Confucius. En tout cas, la Chine, qui est en passe de devenir la première puissance mondiale, n’a pas fini de nous étonner. On attend impatiemment la suite de cette fresque magistrale.

François-Xavier de Guibert, 2010, 481 p., 29 .

***

Le voile et la plume

Marie-Claire Bussat-Enevoldsen

Ce livre conte les trente-huit premières années de Jeanne de Chantal, fondatrice de l’Ordre de la Visitation qui fête cette année son 400e anniversaire. Il s’agit donc de sa vie dans le monde et de sa rencontre décisive avec François de Sales. Rien ne semblait devoir rapprocher cette aristocrate bourguignonne (grand-mère de la marquise de Sévigné) et le brillant prédicateur, évêque de Genève. Et pourtant, au premier regard, ces âmes soeurs se reconnurent et de cette « amitié céleste », il nous reste l’abondante correspondance de l’un et les confidences de l’autre à sa première biographe. De cette masse de documents dont le style risquait de paraître indigeste, l’auteur a tiré un récit alerte, en introduisant une dimension dramatique et romanesque dans la monotonie d’une existence. D’abord, elle s’insinue en tiers dans l’intimité de la jeune femme qu’elle interpelle à tout bout de champ. Le récit n’est écrit ni à la première personne comme une autobiographie, ni à la troisième comme une narration, mais à la deuxième personne du pluriel : « Vous vous mariez, vous êtes comme chaque femme éprise de votre homme, vous priez Dieu pour qu’Il vous le laisse encore un peu. » Autre originalité, l’histoire est un plaidoyer féministe plutôt qu’une hagiographie. Éternelle mineure assujettie au pouvoir masculin sous toutes ses formes, Jeanne représente les femmes de son temps : veuve très jeune, elle élève quatre enfants, gère sa fortune et ses biens, et pourtant dépend entièrement de son père et de son beau-père, ainsi que de son frère cadet, devenu évêque de Bourges. On veut la remarier. Elle rêve de se consacrer à Dieu. Contre vents et marées, elle réalise seule son projet, avec l’aide discrète de François de Sales, et devient fondatrice et supérieure de l’Ordre qu’elle crée : cette attitude, certes dévote, était paradoxalement pour elle la seule manière d’acquérir enfin une indépendance et un rayonnement à la mesure de sa personnalité.

Bayard, 2010, 442 p., 22 .

Article publié par Annie G.
Modifié le lundi 2 septembre 2010