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112e anniversaire de la loi de 1905

A cette occasion Mgr Pontier répond aux questions de Anne-Bénédicte Hoffner du journal La Croix

Nous fêtons cette année le 112e anniversaire de la loi de 1905 avec l’impression que les tensions n’ont jamais été aussi fortes. Est-ce aussi votre sentiment ?

Mgr Georges Pontier : Les tensions actuelles sur la place à accorder aux religions dans notre pays sont accrues par la présence de l’islam dont des membres de plus en plus nombreux vivent et s’installent dans notre société. Cette religion fait peur en raison de notre histoire, des représentations que nous en avons, et aussi de la crise que traverse actuellement le monde musulman. L’islam est en crise et ses différents courants se font la guerre.

Mais il ne faudrait pas non plus expliquer toutes les dérives de notre société par la place qu’y occupent les religions. La présence musulmane n’est pas la cause de tous nos maux, et le faire croire n’est pas sensé. Beaucoup de nos compatriotes musulmans ont un réel désir de s’intégrer. Et nos difficultés – l’insécurité, l’incertitude dans laquelle nous sommes – s’expliquent aussi par des raisons culturelles, sociétales, économiques. Il s’agit donc de trouver une juste place à l’islam et à ses fidèles, sans faire porter la méfiance sur toutes les religions. Toutes n’ont pas le même rapport à la culture, à la société… On ne peut les traiter globalement.

Le problème est-il vraiment celui de la laïcité au sens strict ou plutôt la visibilité de la foi dans l’espace public ? Ne confond-on pas laïcité et athéisme ?

Mgr G. P.  : On en arrive, dans notre pays, à imaginer que tout irait mieux sans les religions, ou au moins sans leur expression dans la sphère publique. Cette soi-disant « laïcité » fait bon ménage avec l’absence de convictions religieuses : elle la pare de toutes les vertus et la considère comme seule compatible avec la paix sociale. C’est un peu court. Et la laïcité n’a jamais été la valorisation de l’athéisme ! Elle est seulement la reconnaissance égale de toutes les religions et convictions et le droit reconnu aux croyants de vivre leur culte sereinement. Pour cela, elle demande aux fonctionnaires de l’État de ne pas faire étalage de leurs convictions religieuses ou politiques d’ailleurs.

Le développement de discours et de pratiques extrémistes et/ou identitaires ne donne-t-il pas des arguments à ceux qui refusent toute visibilité des religions ?

Mgr G. P.  : Il y a une exigence pour tous les citoyens, y compris pour les croyants, imposée par la raison : celle de vivre de telle manière que le pluralisme soit respecté. Ce respect dû à nos compatriotes exige, à un moment, que chacun sache s’arrêter dans l’expression provocante de ses convictions en société. Les croyants doivent entendre qu’ils font peur lorsqu’ils ne respectent pas ce pluralisme. L’ordre public, qui borne l’expression de notre liberté religieuse, c’est celui d’une société composée de citoyens aux convictions différentes. Les extrémistes de tous bords peuvent troubler cet ordre public en refusant aux autres le droit d’exister.

Que peut exiger la société française des croyants qui vivent et agissent en son sein ?

Mgr G. P. : Qu’ils soient de bons citoyens, qu’ils puisent dans leur tradition le meilleur pour le mettre au service de la communauté nationale, pour se situer dans un contexte de pluralité, et donc renoncer au sectarisme et au prosélytisme. La religion devrait rendre les citoyens encore plus sensibles au bien de tous parce qu’ils croient en un Dieu à l’origine de toute vie. Cette exigence d’altruisme devrait aller au-delà de toute autre considération.

Ne souffre-t-on pas en France d’une méconnaissance de nos traditions religieuses qui complique, voire rend impossible ce dialogue ?

Mgr G. P. : Beaucoup de nos concitoyens sont incapables de parler de manière juste des traditions présentes dans notre pays, y compris celle qui a le plus marqué son histoire, la tradition judéo-chrétienne. L’ignorance est le drame de notre période actuelle : c’est elle qui rend vulnérable à l’extrémisme et à la manipulation. Qui peut parler plus d’une minute de Marie ou de Jésus-Christ ? Qui est capable de contempler un édifice ou un tableau religieux et de jouir de cette contemplation en comprenant le sens ?

Nous avons créé cette méconnaissance en excluant les religions de l’école et de l’université, à la différence de nos voisins européens qui les considèrent comme des objets d’étude parmi d’autres. Nous avons tellement peur du religieux que nous préférons l’ignorer que l’enseigner. Mais l’ignorance n’est jamais supérieure à la connaissance.

Comment la République peut-elle mettre les croyants devant leurs responsabilités si elle ne les connaît pas ?

Mgr G. P. : Les croyants ne sont pas parfaits mais toutes leurs déviations ne viennent pas de leur religion. Comprendre et connaître une religion est le seul moyen de savoir si elle explique un mauvais comportement. Avec grande amitié et mes encouragements, je voudrais redire à nos concitoyens musulmans qu’ils ont un travail important à faire sur leur propre tradition pour pouvoir dire, dans la variété des discours portés au nom de l’islam, ce qui est vraiment conforme à leur religion et ce qui relève de l’instrumentalisation. Nous avons besoin d’entendre des musulmans eux-mêmes dénoncer cette instrumentalisation, qu’ils ne disent pas seulement “ceci est le vrai islam, ceci ne l’est pas”, mais “voici ce qui nous fait vivre dans notre tradition et voilà ce qui est faux”.

Nous voyons bien les souffrances que ces courants extrémistes qui traversent le monde musulman leur infligent. Mais nous pouvons aussi leur dire nos attentes, avec humilité. Comme le christianisme a eu à rectifier certains de ses positionnements, l’islam en est à cette période de son histoire.

Anne-Bénédicte Hoffner

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Dernière mise à jour : Mercredi 13 décembre 2017