Aux Diognète d’aujourd’hui

Il me semble que nous devrions méditer ce texte qui figure parmi les plus beaux de la littérature chrétienne de langue grecque. Il peut nous aider à trouver la bonne attitude au moment où, avec tous les citoyens de notre pays, nous allons entrer, jusqu’en juillet prochain, dans le processus des États généraux de la bioéthique.

Ce Diognète, qui était païen et semble avoir exercé de hautes responsabilités dans la société romaine de son temps, fut le destinataire d’une lettre, l’Épître à Diognète, d’auteur inconnu. Il n’en existe plus aujourd’hui aucun manuscrit, puisque le dernier a disparu dans l’incendie de la bibliothèque de Strasbourg en 1870. Mais un certain nombre de Pères de l’Église, comme Eusèbe de Césarée ou saint Jérôme, nous ont conservé le texte, au moins en partie.

Diognète, comme beaucoup de Romains de son temps, était intrigué par le comportement des chrétiens. Comment se fait-il qu’ils se répandent de plus en plus dans tout l’Empire, malgré les nombreuses et cruelles persécutions dont ils sont victimes et où ils donnent l’étrange impression de ne pas avoir peur de la mort ? En quoi croient-ils puisque, comme les juifs, ils ne reconnaissent aucun des dieux du Panthéon gréco-romain, mais qu’ils ne sont pas pour autant soumis à la loi judaïque, car leurs assemblées sont composées d’anciens juifs et d’anciens païens ? D’où vient la paix qui émane d’eux alors qu’ils mènent une existence sobre, charitable envers tous et qu’ils témoignent d’un grand amour les uns pour les autres ?

Devant toutes ces questions, celui qui écrit à Diognète tente de lui fournir quelques explications. « Les chrétiens, lui dit-il, ne se distinguent des autres hommes ni par le pays, ni par le langage, ni par les vêtements. Ils n’habitent pas de villes qui leur soient propres, ils ne se servent pas de quelque dialecte extraordinaire, leur genre de vie n’a rien de singulier. […] Ils résident chacun dans sa propre patrie, mais comme des étrangers domiciliés. Ils s’acquittent de leurs devoirs de citoyens mais supportent les charges comme des étrangers. Toute terre étrangère leur est une patrie et toute patrie leur est une terre étrangère. […] Ils passent leur vie sur la terre mais sont citoyens du ciel. Ils obéissent aux lois établies mais leur manière de vivre l’emporte en perfection sur les lois. »
Et il continue : « On les méprise et dans ce mépris ils trouvent leur gloire. On les calomnie et ils sont justifiés. On les insulte et ils bénissent. On les outrage et ils honorent. […] En un mot, ce que l’âme est dans le corps, les chrétiens le sont dans le monde. »

Il me semble que nous devrions méditer ce texte qui figure parmi les plus beaux de la littérature chrétienne de langue grecque. Il peut nous aider à trouver la bonne attitude au moment où, avec tous les citoyens de notre pays, nous allons entrer, jusqu’en juillet prochain, dans le processus des États généraux de la bioéthique. Sur des questions devenues aussi sensibles aujourd’hui que celles de la procréation médicalement assistée, de la gestation pour autrui, de la recherche sur l’embryon, de la fin de vie, ainsi que sur toutes les questions que soulèvent les progrès de l’intelligence artificielle et des neurosciences sur la manipulation du vivant, les chrétiens ont une voix à faire entendre, une anthropologie à faire valoir, certes « avec douceur et respect » (I Pierre 3, 16), mais avec conviction et pédagogie, car le « corps » a besoin de « l’âme » pour vivre bien !

Une équipe diocésaine a été mise en place pour nous y aider, en lien avec le groupe de travail sur la bioéthique piloté par Mgr Pierre d’Ornellas à la demande de la Conférence des évêques de France. Des propositions diverses, d’information et de réflexion, seront faites en divers lieux du diocèse dans les mois qui viennent. Ne passons pas à côté de ces débats. N’hésitons pas à participer également aux discussions et aux forums qui seront organisés par l’Espace éthique méditerranéen à la Timone. N’hésitons pas non plus à écrire sur le site Internet des États généraux, pour apporter un témoignage ou une contribution sereine aux débats. Avec courage et respect, pensons aux « Diognète » d’aujourd’hui qui attendent une parole…

+ Jean-Marc Aveline
Évêque auxiliaire de Marseille

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Dernière mise à jour : Jeudi 15 février 2018