Bienheureuse espérance

La fête de la Toussaint, qui nous présente la vision céleste de l’humanité sauvée, fraternelle, joyeuse, nous tourne vers l’espérance chrétienne.
Le lendemain, nous concrétisons notre foi en la vie éternelle en l’appliquant à ceux et à celles de nos familles qui nous ont quittés.

Lorsque nous le pouvons, nous nous rendons près de leurs tombes. Nous pensons à eux d’une manière ou d’une autre. Nous y pensons en nos cœurs apaisés, encore douloureux ou peut-être toujours révoltés. Ils demeurent vivants en nous, en notre souvenir, en notre prière, en notre affection. Nous pensons à eux tels que nous les avons connus et avec la place qu’ils tenaient dans nos vies. Nous avons plus de mal à penser à eux tels qu’ils sont désormais en Dieu. Cela nous échappe. Nous voudrions tant savoir. Nous espérons.

Nous espérons à cause du Christ. C’est un don qui nous vient de Lui. Un don dont Il a parlé de manière imagée : « Dans la maison de mon Père, il y a beaucoup de demeures ; sinon vous aurais-je dit que j’allais vous préparer le lieu où vous serez ? Lorsque je serai allé vous le préparer, je reviendrai et je vous prendrai avec moi, si bien que là où je suis, vous serez vous aussi » (Jean 14, 2-3). Et encore cette promesse inattendue de Jésus à son compagnon d’infortune, bandit de surcroit : « Aujourd’hui, avec moi, tu seras dans le paradis » (Luc 23,43).

Il y a bien des épreuves de nos vies qui nous arrêtent. L’espérance nous fait avancer. Il y a bien des situations de nos vies personnelles ou collectives qui nous arrêtent, l’espérance nous fait avancer. Il y a bien des maladies, des deuils, des trahisons qui nous arrêtent, l’espérance nous fait avancer. Elle ne nous fait pas avancer en nous berçant d’illusions, en nous faisant croire seulement que les choses vont aller mieux. Elle nous fait avancer en nous assurant que nous ne sommes pas laissés à nous-mêmes, que nous sommes dans le cœur de Dieu. Il ne peut laisser dans la mort ceux qu’Il a tant aimés.

L’espérance est forte et fragile aussi. Elle est à notre image, nous qui sommes forts et fragiles à la fois. Elle tire sa force de notre confiance en la fidélité de l’amour de Dieu pour nous. Elle s’appuie sur la résurrection du Christ, sur sa parole et sa promesse. Sa fragilité vient de nous, de notre vulnérabilité, de notre difficulté à nous abandonner à un autre. Elle est forte comme une lumière qui brise les ténèbres de la nuit. Elle est fragile comme la flamme soumise aux souffles des vents violents de la vie. Je vous invite à relire dans Le Porche du mystère de la deuxième vertu, de Charles Péguy, ce texte sur « la petite espérance ».

Voilà bien une de nos missions : rendre compte de l’espérance qui habite nos cœurs. Rendre compte de l’espérance que nous proclamons à chaque eucharistie. Nous le faisons en nous appuyant sur notre foi et en vivant un amour universel, fruit et signe de Celui que Dieu porte à chacun, appelé à prendre sa place en Dieu.

« Viens, Seigneur Jésus, viens ! »

+ Georges Pontier
Archevêque de Marseille

Dernière mise à jour : Mardi 14 novembre 2017