Bienheureux Paul VI

Quelques mois après la canonisation de Jean XXIII et de Jean-Paul II, le pape François présidera à Rome, le 19 octobre, la célébration de béatification d’un autre de ses proches prédécesseurs, Jean-Baptiste Montini, devenu pape le 21 juin 1963 sous le nom de Paul VI. On était alors en plein concile Vatican II, dont la deuxième session devait s’ouvrir le 29 septembre 1963. En choisissant pour cette béatification la date du 19 octobre, à la fois clôture du Synode extraordinaire des évêques sur la famille et Journée missionnaire mondiale, le pape François nous rend attentifs à deux accents majeurs du pontificat de Paul VI : d’une part,la dimension synodale de l’Église, d’autre part, sa dimension missionnaire.

Dans son discours d’ouverture de la troisième session conciliaire, le 14 septembre 1964, Paul VI avait déclaré vouloir davantage associer les évêques au
gouvernement de l’Église : « Nous avons besoin que vous soyez toujours proches… S’il y a un seul chef, c’est uniquement dans l’intérêt de l’unité. Ce n’est qu’un
moyen par rapport à la communion et à la communauté d’action de la hiérarchie. […] Puisse cette communion […] sortir de ce concile plus profonde, plus forte et plus
sainte. »
C’est ainsi qu’est né le synode des évêques, que le pape François souhaite maintenant rendre plus dynamique et plus inventif.

Mais que ce soit au niveau de l’Église universelle ou pour chaque Église diocésaine, la synodalité ne se réduit pas à la tenue épisodique de synodes : c’est une façon de vivre l’Église, de « marcher ensemble » (« syn-ode ») en Église, à l’écoute de ce que dit l’Esprit à travers la diversité des vocations de tous les baptisés et en veillant à la communion dans la foi reçue des Apôtres.

Pour Paul VI, la dimension synodale de la communion ecclésiale va de pair avec la dimension dialogale de l’annonce de l’Évangile. « Évangéliser est, en effet, la
grâce et la vocation propre de l’Église, son identité la plus profonde.
Elle existe pour évangéliser », écrivait-il dans l’exhortation apostolique Evangelii nuntiandi du 8 décembre 1975. Et pour cela, comme il l’avait suggéré dès 1964 dans sa première encyclique Ecclesiam suam, « l’Église doit entrer en dialogue avec
le monde dans lequel elle vit.

L’Église se fait parole, l’Église se fait message, l’Église se fait conversation ».
Car aux yeux de Paul VI, le dialogue est d’abord un choix de Dieu qui, entrant en conversation avec les hommes,comme le disait saint Bernard, tisse patiemment avec
eux un dialogue de salut : « Le dialogue de salut fut inauguré spontanément par l’initiative divine : “C’est Lui, Dieu, qui nous a aimés le premier” (1 Jn 4, 19). »

En vivant à Rome, du 9 au 18 septembre dernier, un inoubliable pèlerinage à la tombe de Pierre avec 139 nouveaux évêques provenant de 30 pays de par le monde, du Brésil à la Biélorussie et des Philippines à l’Irak, j’ai perçu bien concrètement
que la catholicité de l’Église procède de sa dynamique missionnaire d’annonce de l’Évangile jusqu’aux extrémités de la terre, et que cette catholicité s’exprime au mieux lorsque, discutant en chemin,synodalement, l’Église partage dans sa prière
« les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des hommes de ce temps » (Gaudium et spes 1).

Oui, bienheureux Paul VI qui a guidé l’Église sur ce chemin !

+ Jean-Marc Aveline
Évêque auxiliaire de Marseille

Dernière mise à jour : Mercredi 22 octobre 2014