Bonjour Marseille !

Bonjour Marseille ! Te souviens-tu, la première fois qu’on s’est croisés ? C’était sur les quais de la gare Saint-Charles, au soir du 7 novembre 1962. Avec mes parents, nous étions arrivés d’Algérie dans la journée, et nous devions prendre un train de nuit, « Le Phocéen », qui nous emmena jusqu’à Paris, où j’attendis vainement que le soleil se lève ! J’allais avoir quatre ans et je portais fièrement la petite valise en bois que mon oncle, avant de partir, m’avait fabriquée pour que je participe à ce déménagement improvisé. Je l’ai encore chez moi ! Mais à l’époque, j’étais bien trop jeune pour comprendre la douleur de mes parents et de tous ceux qui comme eux, modestes ouvriers, n’avaient vu venir ni la colère de ceux qui les faisaient partir, ni le mépris de ceux qui ne les attendaient pas !

Tu sais, Marseille, quand j’arrive à la gare certains soirs, j’ai l’impression de revoir mon passé dans le visage des jeunes Afghans, Éthiopiens, ou autres exilés, en attente d’un improbable « Phocéen »…

Bonjour Marseille ! La deuxième fois que nous nous sommes vus, c’était différent. Te souviens-tu ? C’était le 1er septembre 1966. Paris ne nous avait pas réussi ! Marie-Jeanne, ma sœur, était née en 1963, puis Martine, mon autre sœur en 1965. Mais Martine est née prématurée. Elle est décédée avant même d’avoir un an, en mars 1966. Alors, mon père a demandé une mutation pour « n’importe où » ! Et il s’est trouvé que la SNCF de Marseille avait besoin de quelqu’un pour un poste qui correspondait à ses compétences. C’est comme ça, Marseille, que nous nous sommes retrouvés ! Tu vois, Dieu a de la suite dans les idées ! Mon père est d’abord venu seul, logeant au « Foyer des roulants » au Canet, puis nous nous sommes installés pour de longues années à la Cité SNCF de Saint-Barthélemy, dans les quartiers Nord. Merci Marseille ! Tu ne t’en es peut-être pas aperçue mais, par la simplicité et la cordialité de ton accueil, tu nous as offert plus qu’une hospitalité : l’espérance d’un nouveau commencement !

Bonjour Église de Marseille ! Te souviens-tu ? C’est toi qui m’as peu à peu enfanté à la foi. À la paroisse de Saint-Barthélemy, à l’aumônerie du Lycée Victor Hugo puis du Lycée Thiers, à la « Diaspora » du Mistral, jusqu’à ce que s’affermisse en moi la volonté de répondre à l’appel du Seigneur ! Merci, Église de Marseille ! Merci à vous, les prêtres, qui m’avez donné le goût du ministère presbytéral et avez guidé mes premiers pas. Merci à vous, tous les baptisés, qui m’avez stimulé par le témoignage si divers et si inventif de votre apostolat. Merci, Église de Marseille : d’or et d’argent, tu n’en avais pas, mais ce que tu avais, tu nous l’as donné, comme tu l’offres à tous ceux que tu rencontres : le nom de Jésus-Christ, la force de son Esprit et la puissance de sa Résurrection !

Bonjour Marseille ! Me revoilà, envoyé par notre pape François pour être ton nouvel archevêque ! Je sais que la charge sera sans doute lourde ! Aide-moi, s’il te plaît, à garder avec toi les yeux fixés sur la Croix du Christ, le cœur tendu vers le Mystère pascal, l’oreille attentive aux appels des plus pauvres, les mains ouvertes pour engager avec tous, au nom de Dieu, un dialogue de salut et d’amitié. Permets-moi de remercier encore une fois Georges Pontier, auprès duquel j’ai « appris le métier » ! Et aussi ses prédécesseurs, dont j’ai tant reçu : Bernard Panafieu, Robert Coffy et Roger Etchegaray. À leur suite, je te le promets : j’essaierai de faire de mon mieux, avec la grâce de Dieu, la prière et le flair de Son peuple !

Bonjour Marseille ! Regardons devant et n’ayons pas peur : le Seigneur veille sur notre barque. Et du haut de la colline, en nous montrant son Fils, la Vierge de la Garde nous murmure à l’oreille le secret de la joie : que tout se passe pour nous selon Sa Parole !

+ Jean-Marc Aveline
Archevêque de Marseille

Dernière mise à jour : Lundi 30 septembre 2019