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CULTIVER SA RELATION A DIEU

Dans son encyclique Laudato Si’, le pape François nous invite à une conversion écologique. Or la foi et la spiritualité chrétiennes offrent de profondes motivations « pour alimenter la passion de la préservation du monde ». Cela exige avant tout de bien articuler les relations fondamentales de ma personne, notamment ma relation avec Dieu. C’est le chemin spirituel auquel vous invite Marseille Laudato Si’.

Introduction

La crise écologique en cours nous appelle à un renouvellement spirituel profond. Chemin quotidien dans notre quotidien. Aussi nous vous proposons un parcours en huit étapes, huit pas pour avancer vers la conversion écologique. Ce cheminement mêlant à la fois les interrogations de la foi et celles de l’écologie est largement inspiré de l’encyclique du pape François, Laudato Si’, ainsi que d’un livre paru aux éditions Vie Chrétienne : « Parcours spirituel pour une conversion écologique », de Eric Charmetant et Jérôme Gué.

Chaque pas est structuré selon un même modèle. D’abord une prise de conscience de notre attitude spirituelle face à une réalité écologique, notre admiration, nos résistances. Ensuite une invitation par la prière et/ou une action spirituelle à cultiver. Elle se termine enfin par une méditation.

Ce chemin est d’abord spirituel. Il suppose une attitude de prière et d’accueil dans la foi. Il demande une ouverture à la présence de Dieu et un désir de l’écouter. Il travaille sur nos aspirations, motivations et nos blocages intérieurs pour que nous puissions nous ouvrir aux questionnements posés par la sauvegarde de la création. En prenant le temps de la méditation, celui de la lenteur, de l’écoute, de l’intégration. Ce n’est pas la quantité qui compte ici, mais la qualité de ce qui est vécu et entendu en soi et en écho à la création, et qui germe alors dans notre quotidien.

L’ouverture à d’autres, le partage de votre vécu de chaque pas, fertilise le cheminement de chacun. Un tel partage en groupe sera stimulant et enrichissant. Il portera plus de fruits.

Nous vous souhaitons un chemin fécond.

1ER PAS | S’EMERVEILLER DE LA NATURE

Ouvrir ses sens, son cœur et contempler. Voilà le but de ce premier pas. Lâcher la bride, quitter son rythme pour prendre celui de la nature, entrer dans sa beauté et se laisser aller à l’émerveillement.

Prendre conscience de nos différents sens

Nos cinq sens externes – toucher, goût, odorat, ouïe, vue – sont nos portes sur le monde. Quatre autres sens internes – l’équilibre, l’orientation, la température et la douleur – nous font percevoir l’environnement et son unité.

Profitons de cette journée pour prendre du temps à l’écoute de nos sens. Restons assis sur un banc, dans l’herbe, pour nous reconnecter avec la nature proche. Calmons notre respiration. Regardons le mouvement d’un nuage ou celui d’un arbre sous la brise. Ecoutons le souffle du mistral ou le chant des oiseaux. Touchons la terre et les plantes devant nous. Sentons l’odeur de l’herbe juste coupée, ou de la mer voisine. Prenons le temps de ces expériences simples et répétons-les plusieurs fois. Marchons lentement, tous nos sens en éveil.

Jeûner

Redécouvrir ses sens et par là, la merveille de la nature, c’est redécouvrir son corps. Le jeûne est efficace pour réorienter notre regard sur la nature dans sa vérité originelle, en particulier dans l’alimentation.

Une carotte crue, un grain de riz cuit ou un grain de sel… nous livre et nous transporte dans un voyage des sens. Un petit-déjeuner ou un repas que l’on s’abstient de prendre aiguisera notre écoute intérieure et l’attention que nous porterons à ce qui nous entoure.

Méditation

  • Se libérer de toutes les fatigues pour les remettre au Seigneur.
  • Demander un engagement, une volonté ferme pour accueillir la nature en étant disponible, en allant à sa rencontre.
  • Chercher les lieux où je peux vivre pleinement avec cette nature.
  • « Venez et voyez » - Jean 1, 35-39 : Bien entendre les dialogues.
  • Psaume 103, la création : Contempler la joie du Seigneur dans ses œuvres.

2E PAS | SE RECEVOIR DE DIEU AVEC TOUTES LES CREATURES

Entrer dans une nouvelle relation avec la Création et nous laisser conduire par elle au Dieu créateur, voilà l’objectif de ce deuxième pas.

Union de création

Nous sommes invités à développer notre foi en un Dieu présent au cœur de l’univers et qui fait advenir la vie à travers les lois de la physique et de l’évolution. Entrons en relation avec lui !

Les sciences du vivant affirment que nous sommes cousins avec tous les êtres de la nature : savoir que nous avons un ancêtre commun avec tous les mammifères placentaires et même un ancêtre commun universel, qui a vécu il y a 3,5 milliards d’années, change notre regard sur les autres vivants. Tous les êtres doivent être reçus comme des créatures de Dieu, nées de son amour. Cela nous permet d’entrer dans une relation nouvelle avec le monde, une relation de fraternité et non plus d’utilitarisme et de nous tourner joyeusement vers notre Créateur.

Lecture du Cantique des créatures

Mettons-nous dans les pas de François d’Assise, qui gratifiait les éléments cosmiques et de la nature du nom de frères et de sœurs en les accompagnant de qualificatifs valorisants. Dans cet émerveillement, il y a une réelle humilité qui nous sort de nous-même et de l’enfermement. Cette expérience de communion est un chemin pour un autre rapport à la nature, mais aussi et surtout un chemin pour une relation différente aux êtres humains, parce que nous nous retrouvons pacifiés, réconciliés au plus profond de nous-mêmes.

Méditation

Demander une ouverture, une bienveillance pour se sentir en union de création avec tout ce qui nous entoure : éléments de la nature, êtres vivants, humains.

Sentir avec tous nos sens ce lien qui nous unit et laisser monter la joie et la louange. Rendre grâce au Seigneur pour sa création.

  • Cantique des créatures, Saint François d’Assise
  • Laudato Si’ §10 à 12 et 76-77
  • Extraits de « le soleil se lève sur Assise », Eloi Leclerc

3E PAS | ENTRER DANS LE PROJET DE DIEU SUR L’HOMME AU CŒUR DE LA CREATION

Entendre vraiment la vocation que Dieu donne à l’humanité au cœur de la création. Nous sommes invités encore à nous décentrer, à nous mettre au diapason de la nature. Voilà l’invitation de ce troisième pas.

Une mission à réinterpréter

La terre nous précède. L’être humain n’est pas le premier créé, mais le dernier. La terre ne nous a pas attendu pour vivre avec tout son foisonnement de vie. Elle nous a été confiée. C’est un très beau don et une grande responsabilité. Nous devons sortir d’une vision utilitariste et dominatrice de la nature et méditer sérieusement sur les deux verbes « cultiver » et « garder », comme un jardinier attentif, dans la continuation de l’œuvre de la création de Dieu. Nous pouvons revisiter la notion de domination par le geste extraordinaire du lavement des pieds. Nous sommes appelés à une domination non pas prédatrice, mais d’humble service.

Accueillir le temps de Dieu

Toutes les créatures sont plongées dans le temps éternel de Dieu par le fait d’être créées par Dieu. Prendre notre place d’homme, c’est nous ouvrir de manière consciente et réfléchie à trois dimensions du temps : le temps de Dieu (aion) dans son éternité et ses rythmes cycliques ; le temps linéaire (chronos), irréversible de l’écoulement de la vie ; le temps des singularités (kairos), des dons de Dieu particuliers, des nouveautés, à des moments favorables pour agir. L’être humain est appelé à être présent à son rythme de créature (aion-chronos-kairos).

Méditation

  • Entendre l’appel de Dieu à prendre une place ajustée dans la création et voir concrètement ce qui m’aide et ce qui ne m’aide pas.
  • Imaginer les créatures qui voient arriver l’homme : Genèse 1,26-2,4
  • Méditer sur ce que peut vouloir dire pour moi « Louer, respecter, servir Dieu » dans mon rapport à la création (Ignace de Loyola)
  • Qu’il est grand ton nom Seigneur par toute la terre ! : Psaume 8

4E PAS | LA DEFIGURATION DE LA CREATION PAR L’HOMME

Nous sommes invités dans ce quatrième pas à considérer comment l’humanité s’est détournée de Dieu, en maltraitant la Création, mal qui nous dépasse, nous précède et dans lequel nous sommes pris aussi.

Prendre la mesure de la crise écologique

Des vignes encore plantées alors que la Provence manque de légumes. Des déchets industriels et ménagers déversés dans la mer Méditerranée autour de Marseille. Des plantes et animaux rares disparus des calanques parce que cueillis par des randonneurs ou écrasés par des 4X4 …

La Création montre des éléments de dégradation massifs, sérieux, irréversibles et universels. « A cause de nous, des milliers d’espèces ne rendront plus gloire à Dieu par leur existence et ne pourront plus nous communiquer leur message. » (LS 33.) L’humanité s’est détournée de Dieu en maltraitant la Création. Nous avons tous et chacun une part de responsabilité dans cette rupture et cette dégradation de la Création.

Prendre conscience de la racine humaine de la crise écologique et sociale

Nous pillons la Terre au-delà même de ses limites. Nous n’écoutons pas les soubresauts du monde vivant. La crise écologique, car tous les domaines de la vie sont liés, nous ramène à la crise sociale, source de misère. L’immense progrès technologique n’a pas été suffisamment accompagné d’un développement de l’être humain en responsabilité, en conscience et en valeurs (LS 105).

Méditation

  • Analysons notre relation à la technologie et la consommation de biens matériels. Sommes-nous prêt à ralentir notre marche ? A nous arrêter pour retrouver une profondeur de vie ?
  • Par quelles actions ou décisions puis-je retrouver ma liberté, retrouver un chemin d’alliance avec l’ensemble de la Création, face à cette économie de profit et de consommation qui nous formate, nous conditionne et nous asservit.
  • Eprouver intérieurement ce que ressent le psalmiste quand il regarde l’humanité : Psaume 52

5E PAS | RECONNAITRE MON PECHE CONTRE LA CREATION

Reconnaître son péché personnel contre la création et entrer dans le pardon de Dieu, voilà la proposition du cinquième pas de notre parcours.

Les structures de péché

La relation « faussée » à la création résulte de réalités qui me dépassent. Suis-je responsable de la voiture que je prends pour me rendre sur mon lieu de travail ? De la division internationale du travail qui concentre la pollution dans les pays du Sud ? Du primat donné à l’économie sur l’humain ? Non, car ces modes de vie, ces paradigmes économiques et sociaux existaient avant moi et existent indépendamment de moi : ce sont des structures de péché. Oui, car par mes actes quotidiens, mes engagements citoyens, je peux les perpétuer ou au contraire les remettre en question.

Sortir de l’indifférence

Pour aller au bout de la prise de conscience de ma responsabilité, je dois ressentir la douleur de mon péché, le connaître et en éprouver un remord. Cela passe par une mise en relation de mes actes avec leurs conséquences : peut-être un jour ai-je troqué dans un hypermarché « la vie d’un pauvre contre une paire de sandale » (Amos 8,6). Reconnaître mon péché contre la création c’est fondamentalement reconnaître ma place dans la Création, celle d’un humble gardien du jardin créé par Dieu. C’est aussi être reconnaissant envers la Création qui permet notre propre vie.

Méditation : examen de conscience écologique

  • Au regard de ma prise de conscience écologique, j’examine mes péchés contre la création et j’en demande pardon : quelle est ma relation à la Création (indifférence, domination, bienveillance…) ? Quel est l’impact écologique et social de mon mode de vie : consommation alimentaire, pratiques de consommation, déplacement… ? Quels sont mes engagements citoyens, politiques ? Qu’ai-je entrepris pour sortir du péché contre la Création ?
  • Parabole du riche insensé : Luc, 12, 16-21
  • Laudato Si §17 à 59

6E PAS | APPELE A LA CONVERSION, POUR LA SAUVEGARDE DE LA CREATION

Contempler la vie du Christ pour essayer de discerner à quoi je suis appelé et ce que me dit l’Evangile sur mon rapport à la Création, voilà à quoi nous sommes invités pour ce sixième pas.

A la suite de Jésus

A la suite du Christ, nous sommes appelés à repenser le monde dans lequel nous vivons, à quitter ces schémas qui nous formatent et à nous ouvrir à un monde nouveau : un appel à la conversion ! Jésus est un homme qui se tient humblement près des choses, qui sait les regarder, les accueillir, les imaginer et les rêver profondément au point de les trouver étrangement semblables au Royaume des cieux. L’incarnation du Christ le rend présent au monde de son temps dans lequel l’exclusion (les lépreux, les prostituées) est un mal qu’il dénonce.

Le Royaume

Jésus nous invite à une société régie par l’Amour : « le Royaume de Dieu ». Nous sommes appelés à quitter les anciens systèmes, qui ont prouvé leur capacité à nous mener à la perte, et à nous ouvrir à du nouveau, qui serait à la mesure de ce « Royaume » dont parlait Jésus. Ainsi, cette adhésion au « Royaume de Dieu » trouve un écho dans toutes les dimensions de notre vie en société : sociale, économique, associative ou politique.

La sobriété heureuse

Écoutons cet appel ! Arrêtons d’amasser des richesses, des biens, d’en vouloir toujours plus ! Goûtons à la joie de la sobriété, du suffisant et nous aurons enfin ces sentiments de liberté et de satiété ! Deux clés nous sont données pour y parvenir : agir avec un esprit de gratitude et de tempérance, ainsi que se laisser guider par l’amour.

Méditation

  • Demander la grâce de la connaissance intérieure du Seigneur, afin de le suivre dans une relation plus ajustée à la Création
  • L’invitation à l’inattendu de Dieu : Luc 19, 1-10
  • Chercher le Royaume : Luc 12, 22-32
  • Laisser les Béatitudes rejoindre ma vie : Matthieu 5, 1-11

7E PAS | DECOUVRIR L’AMOUR FOU DE DIEU AU CŒUR DU COMBAT

Comprendre les termes du combat pour l’écologie intégrale et s’inscrire dans la réalité de la Passion au cœur de ce combat, voilà ce que nous sommes invités à contempler au cours de ce septième pas.

Prendre conscience des facteurs de résistance

Les initiatives pour un monde plus juste et respectueux de l’environnement se multiplient. Mais quatre facteurs de résistance font obstacle à la prise de conscience et à l’évolution nécessaire de nos sociétés : le déni des effets de l’activité humaine sur le climat, la défense des intérêts particuliers au détriment des biens communs, le refus de prendre en compte le bien des générations futures, l’aveuglement face à l’urgence du défi écologique.

Contempler la Passion du Christ

Nous sommes invités à nous situer par rapport à cette situation critique de l’humanité. Quelle émotion suscite-t-elle en nous (indifférence, déni, rage effroi, espérance) ? Comment garder un regard positif sur notre humanité quand elle s’enfonce de manière aussi lourde dans l’irréparable ?

Une réponse : la contemplation de la Passion de Jésus pour mieux l’aimer et le suivre. Le monde a besoin d’hommes et de femmes qui, comme Jésus, sont à la fois clairvoyants sur la violence qu’exercent les hommes et gardent un regard positif, aimant, sur l’humanité. Nous pouvons répondre ainsi à l’invitation du pape François : « Prendre une douloureuse conscience, oser transformer en souffrance personnelle ce qui se passe dans le monde et ainsi reconnaître la contribution que chacun peut apporter. » (LS 19)

Méditation

  • Demander la grâce d’entrer dans l’amour et l’espérance de Dieu pour le monde et l’humanité, sans cesse travaillée par des forces contraires.
  • Regarder comment le Seigneur établit son alliance : Genèse 9, 8-17
  • La nouvelle alliance par la Croix : Luc 23, 33-46
  • La lumière brille au cœur des ténèbres : 2e lettre de St Paul aux Corinthiens 4, 6-18

8E PAS | JOIE ET ESPERANCE D’UN MONDE RENOUVELE

Accueillir la joie et la consolation de la résurrection du Christ, afin de recevoir la force de vivre ce à quoi il nous appelle, voilà ce que nous sommes invités à vivre pour cette dernière étape.

Résurrection-Consolation-Espérance

Entrons dans la joie de la résurrection du Christ ! La contemplation de la rencontre des disciples avec Jésus ressuscité est un chemin pour goûter à la joie de Dieu. Nous pouvons entretenir cette consolation par l’engagement de tant d’hommes et de femmes pour un monde plus juste et respectueux de la Création. « Que nos luttes et notre préoccupation pour la planète ne nous enlèvent pas la joie de l’espérance » écrit le Pape François (LS 244). La résurrection est une réelle confirmation que « l’Esprit de Dieu a rempli l’univers de potentialités qui permettent que, du sein même des choses, quelque chose de nouveau puisse surgir » (LS 61). « Le monde est un mystère joyeux que nous contemplons dans la joie et la louange » (LS 12).

Récapitulation de toute la Création

La résurrection ne concerne pas uniquement l’être humain, mais l’ensemble de la Création. Toutes les créatures sont touchées par la grâce de la résurrection. « L’aboutissement de la marche de l’univers se trouve dans la plénitude de Dieu qui a été atteinte par le Christ ressuscité » (LS 83).

Parvenir à l’amour

Dieu est présent en toutes ses créatures. « En toute créature habite son Esprit vivifiant qui nous appelle à une relation vivifiante avec lui. (…) Mais en disant cela, n’oublions pas qu’il y a une distance infinie entre la nature et le Créateur » (LS 88).

Méditations

  • Demander la grâce d’éprouver la joie et la consolation, et recevoir la force de vivre ce à quoi le Seigneur m’appelle.
  • Apparition de Jésus aux disciples : Jean 19-23
  • Apparition au bord du lac de Tibériade : Jean 21, 1-19
  • La louange de Dieu bienveillant et miséricordieux : Psaume 144