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Célébration de l’admission parmi les candidats au ministère presbytéral pour le diocèse de Marseille

Notre-Dame de la Garde, samedi 19 décembre 2020

« Sois sans crainte, dit l’ange à Zacharie, car ta supplication a été exaucée. […] Comment vais-je savoir que cela arrivera ? […] Quand Zacharie sortit du Temple, il ne pouvait pas parler. […] Quelque temps plus tard, sa femme Élisabeth conçut un enfant. Pendant cinq mois, elle garda le secret. Elle se disait : “Voilà ce que le Seigneur a fait pour moi !”  »
Cette séquence de quelques phrases, extraites du passage d’Évangile que la liturgie de ce jour propose à notre méditation, nous laisse entrevoir la façon dont s’accomplit en chacun de nous le dessein mystérieux du Seigneur. D’abord il y a le désir de Zacharie, sa « supplication », qui est bien concrète et pleine de confiance, car il s’agit d’assurer sa propre descendance, alors même que sa femme et lui auraient pu se résigner à ne plus espérer en avoir ! Ce désir bien réel, tenace et persévérant, Dieu l’entend et l’ange avertit Zacharie que Dieu l’a non seulement entendu, mais exaucé.
Ensuite il y a la maladresse de Zacharie, demandant confirmation pour être sûr et savoir : faute d’avoir cru l’ange sur parole, il en perd la sienne ! Mais, semble nous dire le narrateur : bienheureux mutisme qui permit à son épouse de faire seule l’expérience d’un événement improbable à vues humaines, événement dont elle garde le secret pendant cinq mois, tout en rendant grâces, dans sa prière, pour l’action de Dieu en sa faveur.
Qu’elle est belle, chers amis, cette rencontre de deux silences au sein d’un vieux couple dont l’impuissance n’a pas eu raison de la fidélité, ni l’échec de l’espérance ! Lui sait mais ne peut plus parler parce qu’il n’a pas assez cru ; elle éprouve sans savoir mais préfère se taire tout en voulant y croire ! L’un et l’autre pressentent que Dieu a entendu le long désir de leurs cœurs et font mûrir dans le silence, imposé ou choisi, la profondeur de leur reconnaissance. Mais ni l’un ni l’autre ne se doutent encore que Dieu, dans son dessein mystérieux, a greffé sur leurs désirs bien naturels son propre désir, surnaturel, de donner au monde un Sauveur et de faire jaillir du silence de ses parents celui qui sera la voix qui criera dans le désert pour préparer les chemins du Seigneur.
Ô dessein admirable ! Ô merveille qui nous dépasse ! « Ô Rameau de Jessé, chantera l’antienne de ce soir, étendard dressé à la face des nations, les rois sont muets devant toi tandis que les peuples t’appellent : délivre-nous, ne tarde plus, viens, Seigneur, viens nous sauver !  » Comment pourrions-nous saisir quelque chose de ce geste de Dieu si nous ne faisions nous-mêmes l’expérience de sa « façon de faire », si j’ose dire, lorsqu’il vient nous appeler ? Vous le savez bien, vous Arnaud, Clément et Van, qui m’avez demandé à être admis parmi les candidats au ministère presbytéral pour le diocèse de Marseille ! Et vous aussi, chers amis séminaristes, qui désirez de tout cœur vous rendre disponibles à un appel du Seigneur, que vous avez perçu plus ou moins confusément, devant même, peut-être, le garder secret pendant un certain temps, mais que vous avez décidé de ne pas exclure du champ des possibles de votre vie, jusqu’à demander à entrer au séminaire pour mieux le prendre au sérieux.
Pour toi, Van, fils du Vietnam, la tragédie de l’exil qui a marqué ton enfance a engendré un fort désir de justice et une grande sensibilité, sur lesquels le Seigneur, par de nombreux méandres, a greffé un appel à servir son peuple, un appel qui dépasse et déplace ton désir initial pour l’embarquer dans la grande aventure du ministère presbytéral.
Pour toi, Clément, fils de Provence, dont tu as hérité la franchise et la fougue, c’est sur ton désir de sainteté et de vérité que le Seigneur a greffé, avec grande patience et non sans durs combats, un appel à le servir, pas tant comme son écuyer, comme tu aurais pu le croire, mais comme son ami, libre et apaisé, pour servir comme pasteur toutes les brebis de son troupeau, même celles qui ne pensent pas comme toi.
Pour toi, Arnaud, fils d’une culture où la foi semble, mais ce n’est qu’une apparence, avoir perdu pied, c’est le désir de chercher ce «  plus grand que toi », dont tu pressentais confusément l’existence et ressentais irrésistiblement l’attrait, que le Seigneur a voulu entretenir en toi, pour pouvoir y greffer son appel. Il l’a fait avec patience et pédagogie par le biais de plusieurs rencontres, fort diverses mais toutes décisives, qui t’ont permis, en dépit d’innombrables difficultés, de pouvoir aujourd’hui répondre positivement à cet appel en vue du ministère presbytéral.
À vous trois, au nom du diocèse de Marseille, je tiens à dire merci pour votre disponibilité. Le chemin, vous le savez, n’est pas terminé ! Il vous reste encore plusieurs années de discernement et de formation initiale, avant toute une vie de formation continue, parce que la question de notre vocation ne s’éteint pas le jour où l’on dit liturgiquement « oui  » pour être ordonné. Ce n’est qu’à la fin de notre vie terrestre, en découvrant le nom inscrit sur le caillou blanc de l’autre rive, que l’on comprendra enfin quel était le projet de Dieu pour nous, lorsqu’il est venu nous appeler, écouter les désirs de nos cœurs et y greffer le murmure d’un appel, aussi ténu que la brise du vent. Car le dessein de Dieu, comme pour Zacharie et Élisabeth, dépasse toujours les désirs de nos cœurs, même si, dans son infinie bonté, c’est sur eux qu’il veut s’appuyer pour construire son Royaume.
Permettez-moi pour finir, puisque nous sommes le 19 décembre et que nous sommes à Marseille, d’évoquer avec vous le bienheureux Urbain V, si cher au cœur des Marseillais et au mien tout particulièrement, puisque j’ai été nommé évêque un 19 décembre, il y a sept ans ! Guillaume de Grimoard, qui devait devenir Urbain V, était, quant à lui, fils de la Lozère ou plus exactement, comme on disait alors, du Gévaudan. Son désir à lui était de s’enfouir dans la prière et dans l’étude, pour rendre gloire à Dieu par l’humilité de son travail. C’est ainsi qu’il endossa l’habit de saint Benoît à Saint-Germain d’Auxerre puis à Saint-Victor de Marseille, dont il devint plus tard l’abbé. Mais le dessein de Dieu se servit de ce moine, devenu pape entre 1362 et 1370, pour amorcer le retour des papes à Rome, lutter contre les abus en matière de mœurs et tenter de venir en aide aux chrétiens d’Orient en apaisant les querelles entre les Grecs et les Latins.
Permettez-moi de confier votre cheminement à l’intercession de ce pape bienheureux, qui repose encore aujourd’hui à Saint-Victor, et qui, dans un geste que nous espérons prophétique, avait fait aux Marseillais la joie d’un longue et inoubliable visite pontificale en octobre 1365 ! Qu’il vous aide surtout à garder confiance en Dieu, quoiqu’il arrive, en rendant grâces, comme Élisabeth, de «  tout ce qu’il a fait pour [vous] ».
Amen !

+ Jean-Marc Aveline

Dernière mise à jour : Mardi 22 décembre 2020