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Cent ans de présence clarétaine à Marseille

Le dimanche 22 décembre, Mgr Jean-Marc Aveline a présidé la messe de 11h à l’église du Cœur Immaculé de Marie, 55 boulevard Rodocanachi (8e) pour l’ouverture du centenaire de présence clarétaine à Marseille.

L’occasion de rappeler l’histoire des Clarétains et de leur fondateur, Antoine Claret, prêtre catalan né en 1807 en Espagne et mort en 1870 à l’abbaye de Fontfroide, près de Narbonne.

Marseille n’a été qu’une étape sur la route d’Antoine Claret vers des terres lointaines où il se sentait appelé pour accomplir sa vocation missionnaire. Son court passage lui laissa cependant un souvenir plein de fraîcheur et de tendresse.
Nous ne savons pas si ce premier contact a été suivi d’autres et dans quelles conditions se sont concrétisés les rapports avec la ville qui allait devenir la porte de l’Orient et le point de départ obligé des missionnaires pour l’Afrique et l’Extrême-Orient.
En tout cas, il pensa à Marseille, où il avait un ami religieux, comme refuge, au moment où la persécution faisait peser sur lui la menace d’une extradition vers l’Espagne depuis les Pyrénées.

L’arrivée des Clarétains à Marseille
Quelque 80 ans plus tard, ses missionnaires viendront à leur tour à Marseille. Comme lui, ils tomberont sous le charme de cette ville cosmopolite et accueillante, sans que son allure désordonnée et malpropre arrive à les repousser : « L’hospitalité légendaire de Marseille sera déficiente autant que l’on voudra, mais personne ne pourra nier en aucune manière qu’elle est large, généreuse, super-évangélique. » C’est ce qu’on peut lire sous la plume du Père Santandreu, écrivant sa chronique pour Les Annales trois mois après son arrivée à Marseille. À travers sa description de la ville, on remarque un fin observateur de la réalité, qui a le souci de se renseigner.
S’il porte un jugement sans complaisance sur l’urbanisme, la propreté, l’illumination et les communications, il ne cache pas son admiration pour sa capacité industrielle et commerciale, son caractère ouvert et accueillant, sa destinée dans l’histoire.
Seulement, ils n’y seront pas de passage, comme leur fondateur, vers de lointains pays de mission. Ils viennent pour s’y établir à demeure et évangéliser tout un secteur de la société qui s’entasse dans des bidonvilles et des banlieues de misère. Ils y trouveront leur terrain de mission et pourront vérifier le bien-fondé de la remarque d’un curé à leur intention : « Vous devez vous rendre compte que vous êtes ici dans une mission d’infidèles, et travailler en conséquence comme travaillent là-bas les missionnaires, avec un désavantage cependant : que les gens d’ici, outre qu’ils ne pratiquent aucune religion, sont instruits jusqu’au raffinement dans le vice... »

Auprès des immigrés espagnols
C’est certainement l’état d’abandon matériel et spirituel des immigrés espagnols qui avait poussé le Supérieur général des Missionnaires Clarétains de l’époque, le Père Martin Alsina, à s’embarquer dans cette fondation. Il avait eu le loisir de le constater lors de ses passages entre l’Espagne et Rome. Il devait porter ce souci pour élargir l’action missionnaire de la congrégation sur le terrain de l’immigration, comme une préoccupation aux aguets depuis la fondation de la Mission catholique espagnole de Paris, qu’il avait tenu à authentifier de sa présence lors de son implantation six ans auparavant.
Ce sont les Pères José Santandreu, futur supérieur de la première communauté de Marseille, et Fluviá, économe général de la congrégation, qui viendront de Barcelone en prospection à Marseille. Restaurés sur le cours Belsunce au « Bœuf à la mode », ils iront passer la nuit dans un hôtel voisin qui appartenait à un certain Monsieur Vidal. Le Père Fluviá partira rapidement, une fois les affaires réglées, et le Père Santandreu s’attellera à l’implantation et la mise en marche de la Mission.
En arrivant à Marseille, il n’a été favorisé par aucune rencontre providentielle, comme ce fut le cas pour notre fondateur, qui, lui, était guidé vers un logement convenable puis aidé dans ses démarches. Après quelques jours à l’hôtel, il s’adressa aux Frères de Saint-Jean-de-Dieu, qui avaient un asile de nuit pour des indigents. C’est de là qu’il commencera ses recherches et ses démarches.
L’asile des frères existe toujours, même si son fonctionnement a changé. Le quartier aussi a évolué. À l’époque, les immigrés espagnols se trouvaient dans cette zone où Marseille n’avait cessé d’étendre son port depuis plus de 75 ans et où les ouvriers que le port et l’industrie attiraient logeaient dans des taudis. C’est là que les Espagnols se sont groupés : Saint-Lazare, La Villette, le Pentagone, et plus au nord, le long de la côte, Saint-Louis, Saint-André, Saint-Henri et L’Estaque. Ils y seront encore dans les années soixante. Le Père Munich évalue leur nombre à plus de 40 000 en 1920, dans des conditions de vie désastreuses. Les plus mal lotis se trouvaient dans ce quartier de l’asile de nuit traversé par l’avenue d’Arenc. Ils disposaient d’une seule pièce pour vivre, manger et dormir, adultes et enfants, garçons et filles.

Des déménagements...
Force est de constater que, cent ans après, la situation n’a pas beaucoup évolué, même si les catégories de populations migrantes ont changé. Et les mêmes causes produisant les mêmes effets, les plus récentes implantations clarétaines de Saint-Lazare (septembre 2014) et Le Bon-Pasteur (septembre 2017) par la même urgence missionnaire. Bien évidemment, le regard que l’on y porte aujourd’hui est tout autre, tant de la part des gens que de la part de l’Église. Si le constat est le même sur la misère matérielle et spirituelle, l’appréciation est tout différente.
C’est dans ce quartier que le Père Santandreu chercha à rencontrer l’abbé Doumas, vicaire à la paroisse de Saint-Lazare, à la sortie nord de Marseille, sur la route d’Aix-en-Provence. L’abbé desservait une chapelle dite de Saint-Paulin, au 112 avenue d’Arenc, aujourd’hui avenue Roger Salengro. Au-dessus de la chapelle, on pouvait disposer d’un petit appartement. L’abbé mettait le tout à la disposition des Clarétains.
La première communauté fut installée par le Père Martin Alsina, qui présida sa première réunion le 4 juin 1920. La communauté était composée du Père José Santandreu Glonch, supérieur, du Père Pedro Tura (oncle du Père Louis Masachs), conseiller, du Père Justiniano Cisterna, économe et deuxième conseiller, et du Frère Juan López.
Et les missionnaires de se mettre au travail comme le note l’introduction à la Chronique locale dans un raccourci des activités qui peuvent tenir lieu de programme : « C’est ici que (les missionnaires) ont commencé leur apostolat, visitant les familles espagnoles, régularisant des mariages, baptisant quelques enfants, confessant quelques malades, consolant les affligés… »
Rue d’Arenc n’était qu’un domicile provisoire. La communauté sera obligée de quitter les lieux le 27 octobre 1921. En prévision peut-être de cette éventualité ou simplement en raison des incommodités et contraintes du logement, elle avait été déjà réduite à deux. Le 27 octobre, les Pères Santandreu et Cisternas déménageront rue Forbin, d’où ils continueront leur apostolat auprès des Espagnols. Le 6 juin 1922, la communauté s’installera dans un immeuble acheté 20 rue de la Bibliothèque (1er). La communauté et la Mission vont s’y installer d’une manière stable et permanente jusqu’en 1956, année durant laquelle la Mission déménagera au 55 boulevard Rodocanachi, où elle est encore aujourd’hui.

La communauté aujourd’hui
À Marseille, pour répondre aux appels missionnaires, en accord avec les évêques, les Clarétains ont compris la nécessité d’élargir leur sphère, d’où leur présence à la paroisse Saint-Just de 1983 à 1970 avec les Pères Jacques Sastre et Louis Masachs. Comment ne pas mentionner ici les fêtes des forains organisées plusieurs années durant par le Père Emilio Novoa. L’animation pastorale paroissiale a pris le relais de ce qui était l’ancienne Mission espagnole de Marseille. L’aumônerie des Philippins de Marseille et la participation à la Pastorale de la mer sont assurées par les Pères Percival Redoña (Philippines), Louis Masachs (Espagne) et le Frère Benito Solis (Espagne).
Sensibilisés par l’urgence de la condition des pauvres et de l’appel du pape François d’être une Église en sortie vers les périphéries, le XXVe Chapitre général de notre congrégation, sous le thème Missionarii Sumus (Nous sommes missionnaires), a identifié la pauvreté urbaine liée aux migrations souvent forcées comme l’une des périphéries essentielles dans les villes pour ce qui est de l’Europe aujourd’hui. Et la cité phocéenne, en sa qualité de carrefour de la Méditerranée et de porte de l’Europe, est assurément un terrain de prédilection pour répondre à cet appel de l’Église universelle, dont Mgr Pontier s’est fait l’écho dans l’Église particulière de Marseille. C’est ainsi que débarquaient, à sa demande, le 4 septembre 2014, à l’aube du centenaire de cette présence missionnaire, trois jeunes Clarétains venus non pas d’Espagne, mais des Philippines, d’Argentine et du Congo-Kinshasa, pour renforcer la Mission clarétaine de Marseille. Les Pères Raymundo Adormeo, Gustavo Pez et Aimé Césaire Metena ouvriront une nouvelle communauté à Saint-Lazare, dans le 3e arrondissement, où ils auront la charge de la paroisse et de l’aumônerie de l’Hôpital Européen, et à partir d’où ils se projetteront à la paroisse du Bon-Pasteur, dans le même quartier, trois ans plus tard.
L’équipe de Saint-Lazare est composée aujourd’hui des Pères Aimé Césaire Metena (Congo), Gildard Valencia (Mexique) et Joe Terry de Johnbosco (Inde). C’est ce qu’on appelle, dans le jargon chrétien, la Providence ! Et l’œuvre de Dieu n’est pas finie ! Nous espérons voir se renouveler ses merveilles pour nous. Et peut-être avec l’apport d’au moins un jeune Marseillais dans nos rangs ...

Les Missionnaires Fils du Cœur Immaculé de Marie (c.m.f.)

Dernière mise à jour : Jeudi 26 décembre 2019