Confirmation des adultes

La Major, samedi 22 mai 2021

Chers amis,

Permettez-moi tout d’abord, au nom du diocèse de Marseille, de vous remercier très profondément, vous qui, ce soir, allez recevoir le sacrement de la confirmation. Vous avez tenu bon, malgré les vicissitudes et les incertitudes de cette année si particulière ! Permettez-moi également de souhaiter la bienvenue à celles et ceux qui sont présents ici ce soir à cause des liens amicaux ou familiaux qu’ils ont avec vous, mais qui ne partagent pas nécessairement la foi des chrétiens. Soyez les bienvenus, chers amis. Votre affection, votre présence amicale, votre profondeur humaine, seront toujours précieuses pour ceux qui, recevant ce soir le sacrement de Confirmation, font un choix important, libre et résolu, pour la suite de leur chemin de vie. Votre amitié pour eux vous lie à la grande famille des chrétiens : soyez donc les bienvenus en cette Cathédrale !

À vous tous qui allez être confirmés, j’aimerais dire mon profond respect. J’ai lu toutes vos lettres (même les retardataires arrivées hier soir !) et j’en ai été très touché, tant vous vous êtes vous-mêmes laissé toucher par le Seigneur, par sa bonté, sa patience et sa délicatesse. En vous lisant, j’ai une fois de plus perçu la vérité de ce que le Seigneur disait au prophète Joël, dans le texte qui nous a été lu tout à l’heure : « Je répandrai mon esprit sur tout être de chair, vos fils et vos filles prophétiseront. […] Même sur les serviteurs et sur les servantes, je répandrai mon esprit en ces jours-là. »

En lisant vos lettres, je me disais que c’est bien vrai : Dieu ne regarde pas l’apparence, mais l’intérieur, pas le personnage qu’on se donne, ni l’étiquette que d’autres nous collent, mais la personne qu’on est vraiment, même s’il nous faut du temps, à nous aussi, pour découvrir qui l’on est en vérité. Mais le Seigneur nous connaît et, patiemment, il nous attend. L’une d’entre vous m’écrit : « “Ce n’est pas vous qui m’avez choisi, c’est moi qui vous ai choisis”. Ce verset représente pour moi exactement mon cheminement dans la foi. […] J’ai pu expérimenter que chaque événement de ma vie a été conduit par le Seigneur et qu’il est constamment avec moi. J’ai l’intime conviction qu’il guide ma vie. Quotidiennement je me répète : “que ta volonté soit faite” et “Jésus, j’ai confiance en toi” ».

En lisant vos lettres, je me disais également que le plus étonnant, c’est l’infinie diversité des chemins que Dieu emprunte pour s’approcher de nous, se rendant proche de nos itinéraires de vie, avec respect et patience. L’une d’entre vous m’écrit : « Je viens d’une très grande famille chrétienne. Je marchais à peine quand j’ai été baptisée. Toute mon enfance, j’ai pu participer au catéchisme et j’ai pu faire ma première communion à l’âge de huit ans. Mais l’année d’après, mes parents ont décidé d’émigrer en France. Quand je suis arrivée, je ne savais dire aucun mot de français : c’était très difficile. J’étais très révoltée car j’ai laissé toute ma famille et mes amis d’enfance. Mais Dieu m’a donné toutes les forces pour tenir, pour accepter la décision de mes parents, et me voici, treize ans plus tard, très heureuse d’être en France ! »

Chacun de vous a un itinéraire particulier et, quand vous relisez comment le Seigneur s’y est pris pour se faire connaître de vous, comment il vous a aimés, aidés, soutenus, attendus, votre émerveillement est grand et notre action de grâces, avec vous ce soir, est immense. L’un d’entre vous m’écrit : « Depuis ma tendre enfance, mes frères, mes sœurs et moi, étant nés d’une mère chrétienne et d’un père musulman, nous avons appris et pratiqué ces deux religions en même temps. Comme tous parents, l’objectif des miens était de nous transmettre leur foi, leur conviction et leur éducation, jusqu’au jour où nous serions capables de choisir nous-mêmes notre propre voie. » Et c’est sur ce chemin, islamo-chrétien, que le Seigneur Jésus l’a rejoint.

Dans le grand dessein d’amour de Dieu pour le monde, chacun a sa place. Et dans cette Église de Marseille qui est la vôtre aujourd’hui, vous êtes invités à prendre votre place, à mettre les dons que vous avez reçus au service de la communauté tout entière. Vos chemins sont divers, mais le Corps du Christ, qui est l’Église, est un. Et celui qui fait l’unité de nos diversités, celui qui construit un seul édifice spirituel à partir de chacune des pierres vivantes que nous sommes, c’est l’Esprit. Souvenez-vous de ce qu’écrivait saint Paul aux chrétiens de Corinthe : « Les dons de la grâce sont variés, mais c’est le même Esprit. Les services sont variés, mais c’est le même Seigneur. Les activités sont variées, mais c’est le même Dieu qui agit en tout et en tous. ».

C’est souvent dans les épreuves de la vie que l’on découvre combien le Seigneur, même si on ne le perçoit pas toujours sur le moment, se tient à nos côtés et tient à nous. Et quand on relit notre histoire, on ne peut s’empêcher de rendre grâces. L’une d’entre vous m’écrit : « Comme ma vie a été, et est encore, une tempête vraiment violente sur tous les plans, je reste les yeux fixés sur notre Dieu fait homme, qui a souffert et souffre de voir nos manques de vertus. Mon mari, qui avait reçu une éducation catholique jusqu’à ses dix-sept ans, est aujourd’hui retourné à la maison du Père à soixante-cinq ans. Tous les faux-plis que nous avions pris durant nos trente années de vie commune sont petit à petit défroissés. Mais la tâche est rude ! » Une autre, plus jeune, m’écrit : « Lorsqu’on m’a diagnostiqué ma maladie, je me suis sentie terriblement seule. J’ai été hospitalisée à l’Hôpital Saint-Joseph, et là, j’ai eu envie de prier à nouveau. Puis j’ai déambulé dans les couloirs avec ma perfusion jusqu’à la petite chapelle qui se trouvait dans le bâtiment opposé. J’ai pu ressentir dès cet instant un apaisement et beaucoup d’amour. Je n’étais plus seule, Dieu était à mes côtés. Je commençais à penser au baptême. […] Mais quand, quelques années plus tard, j’ai été baptisée, ma fille est tombée malade deux jours après la célébration. Un cancer à seulement quatre ans ! Pourquoi elle ? Pourquoi nous ? Mais au lieu de me dire que Dieu n’existait pas, comme me l’avait dit mon conjoint accablé de tristesse, j’ai eu un grand besoin de prier encore et encore. La paroisse nous a accompagnés tout au long de ce combat si difficile. Dieu était là ! Je me souviens des fois où, sur son lit d’hôpital, ma fille me demandait que l’on prie ensemble Marie et le petit Jésus. Je pouvais sentir ma foi grandir au fond de mon cœur. Le Seigneur était avec nous. »

Oui, chers amis, en lisant vos lettres, j’ai été très touché par tous les exemples que vous donnez de la bonté de Dieu. Que vous soyez des ouvriers de la première ou de la dernière heure, vous aviez soif et, de façon souvent étonnante, vous avez entendu l’invitation de Jésus : « Si quelqu’un a soif, qu’il vienne à moi et qu’il boive ! » Alors ce soir, j’aimerais vous donner quelques conseils, pour continuer ce si beau chemin sur lequel vous vous êtes engagés. D’abord, laissez grandir en vous la joie ! L’Esprit que vous allez recevoir vous donnera cette joie profonde, intérieure, qui prend sa source dans le cœur même de Dieu. Offrez cette joie et cette espérance à tous ceux qui ont soif dans le monde aujourd’hui. Ne vous laissez pas anesthésier par la peur. Soyez des hommes et des femmes libres, à cause de Jésus-Christ. C’est lui qui a voulu que sa joie soit en nous et que notre joie soit parfaite !

Le deuxième conseil, c’est de ne pas rester seuls. Vous êtes confirmés pendant une année qui a été difficile, car les rassemblements ont été limités et même vos réunions de catéchuménat ont été rendues plus difficiles. Raison de plus pour établir très vite, avec vos accompagnateurs et vos paroisses, la manière très concrète dont vous allez pouvoir continuer à cheminer, à vous enraciner dans l’Église, à ne pas rester seuls. Je compte sur les prêtres et tous les laïcs qui vous accompagnent, et que je remercie vivement, pour qu’ils veillent tout particulièrement, en cette période délicate, sur le soutien que la communauté chrétienne doit continuer à vous apporter, vous qui en êtes maintenant des membres à part entière.

Enfin, je voudrais vous inviter à prendre soin de votre lien personnel avec le Seigneur Jésus-Christ. Ne lâchez pas la main qu’il vous a tendue ! Accrochez-vous au Christ ! Recevez-le dans le sacrement de l’eucharistie. Recevez-le dans le sacrement du pardon. Accueillez-le dans le sacrement du frère, au rendez-vous de toutes les rencontres de vos vies. Accueillez-le dans la foi de vos enfants. Accueillez-le dans l’humanité de ceux qui ne le connaissent pas mais que son Esprit travaille déjà. Ne perdez pas une occasion de témoigner de lui, avec joie et simplicité, avec respect et humilité. Il vous a proposé son amitié : accordez-lui la vôtre !

Ce soir, comme jadis au bord du lac de Tibériade, Jésus nous demande, comme à Pierre : « Toi, qui vas être confirmé, m’aimes-tu ? » C’est, en définitive, la seule question qui compte ! Dans le silence de nos cœurs, malgré tous les méandres de nos vies, malgré nos égarements et tous nos reniements, avec l’aide de l’Esprit Saint et le soutien de nos frères, répondons simplement : « Oui Seigneur, tu sais tout ; tu sais bien que je t’aime ! »
Amen !

+ Jean-Marc Aveline

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Dernière mise à jour : Jeudi 10 juin 2021