Couleurs d’automne

Église de Marseille, laisse le Seigneur te conduire sur les chemins de la sainteté. La mission qu’il te confie sollicite sans cesse ta conversion à son Évangile. Médite la charte des Béatitudes : elle nous indique le chemin du bonheur, même dans les persécutions. Rends grâces à Dieu pour la palette infinie des couleurs que l’Esprit fait jaillir dans le monde. C’est dans cette contemplation que commence ta mission.

Profitant d’une belle journée ensoleillée, j’avais décidé de monter à la Sainte-Baume. Arrivé sur la crête, les Alpes d’un côté, la mer de l’autre, je me disais que le plus beau, en cette saison, n’était ni la majesté des sommets légèrement saupoudrés de neige, ni l’étendue infinie de la mer, mais bien plutôt la multitude des arbres et des buissons, tous en parures d’automne.
C’était à qui donnerait les couleurs les plus vives, le jaune pour les uns, le rouge ou l’orange pour les autres, dans un spectacle tout feu tout flamme, gratuitement offert aux yeux éblouis des randonneurs !
C’est un peu comme la Toussaint, me disais-je en redescendant !
Ces arbres, ces arbustes, ces petits buissons de rien du tout, personne ne les remarquait tout au long de l’été. Ils arboraient discrètement leur ton de vert, passant inaperçus le long des GR de la vie. Mais la grâce de Dieu, qui souvent garde le meilleur pour la fin, est capable de révéler par une lueur d’automne la splendeur longtemps cachée des existences apparemment les plus banales, celles qui ont,
discrètement, traversé « la grande épreuve » et affronté les sécheresses de la vie.

Le plus important est d’apprendre à regarder. « Voyez comme il est grand l’amour dont le Père nous a comblés ! »
Par la force de cet amour, qui donne toute sa puissance dans notre faiblesse, il nous est demandé de devenir saints comme lui, Dieu, est saint. Un saint, c’est quelqu’un comme vous et moi, qui fait du mieux qu’il peut l’expérience de la vie, et se laisse humblement transformer par la divine douceur de l’amour. Certes, pour se laisser transformer, il faut à un moment le décider, en faire le choix. Mais la grâce nous y aide avant même qu’on l’implore. Ce choix est ce qu’on appelle la conversion, qui est le premier pas vers la sainteté et vers la mission. À la fin du mois missionnaire extraordinaire, la fête de la Toussaint nous montre ainsi la voie pour la suite de notre année pastorale. Il s’agit de décider de se rendre disponible à ce que la lumière d’automne fera resplendir en nous. Choisir d’accepter d’avoir été appelés, « baptisés et envoyés ».
Choisir, c’est dépasser ses hésitations, ses atermoiements, ses remises à plus tard, à demain, à l’année prochaine, à une autre fois… Parfois, ça prend du temps, même dans la vie d’un saint, de parvenir à un choix et de s’y tenir. Regardez Charles de Foucauld, saint Augustin, Mère Teresa… Le plus difficile, c’est d’accepter humblement d’avoir été choisi par Dieu pour prendre part à son oeuvre de salut. Telle est la mission de l’Église. Elle ne passe pas par un décret de mobilisation générale, mais par un chemin personnel de conversion à la divine douceur, par laquelle Dieu, patiemment, apprend à chacun son chemin de sainteté.
Parfois, dans les forêts d’automne, ce sont les tout petits buissons qui donnent le rouge ou le jaune le plus éclatant.
« Ce qu’il y a de plus faible, de plus méprisable aux yeux des hommes, voilà ce que Dieu a choisi », écrit saint Paul.
Pour devenir saint, il ne faut donc pas commencer par se regarder soi-même pour voir si on a les aptitudes requises. Car Dieu ne nous demande jamais plus que ce que nous pouvons faire.
« Le Seigneur n’ordonne pas de voler aux animaux qu’il n’a pas pourvus d’ailes », faisait déjà malicieusement remarquer saint Grégoire de Nysse, au IVe siècle !
Toi qui célèbres la fête de tous les saints, cherche donc la voie de ta sainteté ! N’envie pas le chemin des autres : approfondis le tien, car il est unique et Dieu ne l’a confié qu’à toi ! C’est là que tu trouveras la clé de ta vocation, c’est-à-dire de ta façon à toi de prendre part à la mission de l’Église.
Des chemins, il y en a de toutes sortes. Une gamme de couleurs aussi variée
que la gamme des Béatitudes ! Il y a ceux dont la voie est celle de la pauvreté du coeur. Heureux sont-ils, le Royaume des cieux est à eux. Ceux dont la voie est celle de la douceur : ils obtiendront la Terre promise. Ceux dont la voie est le combat pour la justice, ceux qui pratiquent la miséricorde, ceux qui traversent la vie dans les pleurs, ceux qui ne se lassent pas d’être des artisans de paix. Heureux sont-ils,
tous ceux-là, quelle que soit leur voie. Car en chacun d’eux, comme pour les buissons d’automne, devient flamboyante la joie de l’Évangile !

Église de Marseille, laisse le Seigneur te conduire sur les chemins de la sainteté. La mission qu’il te confie sollicite sans cesse ta conversion à son Évangile. Médite la charte des Béatitudes : elle nous indique le chemin du bonheur, même dans les persécutions. Rends grâces à Dieu pour la palette infinie des couleurs que l’Esprit fait jaillir dans le monde.
C’est dans cette contemplation que commence ta mission.

+ Jean-Marc Aveline
Archevêque de Marseille

  • Mgr Aveline célébrera le vendredi 1er novembre la messe de la Toussaint à La Ciotat, et le samedi 2 novembre, la messe pour les prêtres et évêques défunts avec le Chapitre cathédral à La Major.
  • Temps de recueillement au Carré des prêtres du cimetière Saint-Pierre
Dernière mise à jour : Mercredi 13 novembre 2019