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Déces du Père Bernard Chabert : homélie de Mgr Aveline

« Heureux les serviteurs que le maître, à son arrivée, trouvera en train de veiller. Amen, je vous le dis, il prendra la tenue de service, les fera passer à table et les servira chacun à son tour. […] Vous aussi, tenez-vous prêts : c’est à l’heure où vous n’y penserez pas que le Fils de l’homme viendra. »

Homélie pour les obsèques de Bernard Chabert

Saint-Barnabé, vendredi 19 juillet 2019

« Heureux les serviteurs que le maître, à son arrivée, trouvera en train de veiller. Amen, je vous le dis, il prendra la tenue de service, les fera passer à table et les servira chacun à son tour. […] Vous aussi, tenez-vous prêts : c’est à l’heure où vous n’y penserez pas que le Fils de l’homme viendra. »
Cette heure, cher Bernard, tu y as pensé souvent tout au long de ces derniers mois ! Jusqu’au bout et de toutes les forces qui te restaient, courageusement et consciencieusement, tu t’es préparé, de ton mieux, à cette grande rencontre avec le Seigneur, une rencontre vers laquelle toute ta vie avait été attirée : « Mon âme a soif du Dieu vivant ; quand pourrai-je m’avancer, paraître face à lui ? » Avec ton cœur de prêtre imprégné du mystère pascal, tu t’es fait proche d’une foule de gens, de jeunes et de moins jeunes, pour les entraîner joyeusement vers le Christ, pour « conduire vers la maison de Dieu la multitude en fête ». Et cette foule, Bernard, te dit aujourd’hui sa reconnaissance et fait monter vers le Seigneur son action de grâce. Dans ta prière quotidienne et à chaque eucharistie, nous le savons, tu as présenté au Seigneur chacun de ceux qu’il t’avait donnés, pour que lui-même nous invite au festin sur la montagne, selon la prophétie d’Isaïe que tu as voulu offrir ce matin à notre méditation :
« Le jour viendra où le Seigneur, Dieu de l’univers, préparera pour tous les peuples un festin sur la montagne. […] Il essuiera les larmes de tous les visages et par toute la terre, il effacera l’humiliation de son peuple. »
Frères et sœurs, c’est Dieu lui-même, « amour qui nous attend au terme de l’histoire », qui prend soin de son peuple et veut le consoler de toutes ses misères, lui donner un avenir et une espérance ! Lors de la dernière conversation que j’ai eue avec Bernard il y a une quinzaine de jours, il m’avait récité l’hymne des Complies du samedi soir, qui habitait de plus en plus sa prière et qui peut rejoindre la nôtre ce matin : « Ferme mes yeux pour revoir tes merveilles, en ce moment que le jour fuit ! Allume dans la nuit une clarté nouvelle ! Que le silence alentour me console de la faiblesse de ma foi, puisque j’écoute en moi résonner ta Parole ! » Et puis, plus lentement, il avait récité le dernier couplet : « Jusqu’à demain, si se lève l’aurore, je t’abandonne mon esprit ! Ta grâce me suffit, c’est elle que j’implore ».
Oui Bernard, n’aie plus peur désormais ! Sous ton aspect jovial et entraînant, tu avais discrètement traversé bien des épreuves, enduré la souffrance, lutté contre l’angoisse. Mais le maître, qui t’avait donné sa grâce, a toujours veillé à ce qu’elle te suffise. Et lorsqu’il est venu te chercher, il t’a trouvé, serviteur disponible, occupé à recueillir dans ta mémoire tous ceux qu’il t’avait confiés, tous ceux que tu as accompagnés sur les routes de la vie, parfois bien plus tortueuses et ravinées que des chemins de montagne ou les sentiers des Calanques. Toi, tu savais d’expérience, depuis les camps avec l’École de la Viste ou avec l’Œuvre Allemand, puis ton service militaire chez les chasseurs alpins, que la randonnée est toujours un lieu propice aux partages et aux confidences, et que l’émerveillement devant la beauté de la création fournit souvent, à ceux qui n’en ont pas d’autres, les premiers mots d’une prière.
À nous qui sommes ici ce matin, frères et sœurs, le Seigneur nous redit de ne pas avoir peur des épreuves de la vie ni des fragilités de nos existences. Il nous invite à nous tenir prêts pour pouvoir l’accueillir, même à l’improviste, lui qui vient non pour nous condamner, mais pour nous servir, dans un inouï renversement des rôles, où le maître se fait serviteur. Et comment se tenir prêt en vue d’une telle promesse sans accepter d’apprendre, tout au long de sa vie, à servir ses frères, à mettre au service des autres les dons que chacun a reçus ?
Des dons, cher Bernard, tu en avais reçu beaucoup ! Mais le Seigneur, sans doute soucieux de ton humilité, semblait avoir voulu équilibrer en toi les dons et les fragilités. Homme libre parce qu’abandonné au Seigneur, tu ne cachais ni tes combats ni tes angoisses, et tu avais une façon de mettre en scène même tes défauts qui faisait qu’au bout du compte, on finissait par les aimer parce qu’ils nous permettaient de trouver nous aussi du courage pour supporter nos propres faiblesses ! Je me souviens qu’il n’y a pas si longtemps, alors que tu n’avais déjà plus beaucoup de souffle et que j’étais allé te voir au service de soins intensifs de l’hôpital Saint-Joseph, j’étais resté une quarantaine de minutes mais je n’avais pas réussi à dire grand-chose tant tu avais parlé ! D’ailleurs, Auguste m’a confié que tu lui avais dit un jour, sur un ton solennel : « Parler, ça me fatigue, mais me taire, ça me tue ! »
Dans la longue cordée des prêtres de Marseille, Bernard Chabert avait pour parrain Jean Arnaud, lui-même filleul d’Albert Devictor. Il les admirait tous les deux, surtout Jean, natif comme lui des Chartreux, et qui lui avait transmis l’amour du quatrième Évangile, qu’il avait, comme lui, recopié en grec sur un petit cahier, le sien étant cependant orné, comme à son habitude, d’une multitude de dessins ! C’est aussi Jean Arnaud qui lui avait donné le goût de « la connaissance savoureuse des choses de Dieu », par la lecture assidue des Pères de l’Église et l’observation attentive de l’œuvre de l’Esprit en chaque vie humaine. C’est sans doute cela, frères et sœurs, l’essentiel du ministère des prêtres : partager le souci du Christ pour ceux que le Père leur a donnés. Tout faire pour que ceux qui leur sont confiés s’attachent à la personne du Christ, l’unique Sauveur du monde, en y étant eux-mêmes, les premiers, solidement arrimés.
Maintenant Bernard, veille sur notre presbyterium ! Fraternel et délicat, attentif à chacun et disponible pour tous, tu as tenu une belle place parmi nous, grâce à l’appui indéfectible de Louis Magnan que le Seigneur t’avait donné comme un tuteur pour que tu puisses déployer tes ailes et surmonter tes peurs, et dont tu disais malicieusement que, contrairement à toi, il ne parlait que pour dire des choses et ne savait pas parler pour ne rien dire !
Chers amis, ce matin, avec la famille de Bernard que nous entourons de notre affection, spécialement ses frères et sœur, Paul, Maurice et Odette, rendons grâce à Dieu pour les merveilles qu’il accomplit dans chacune de nos vies, pour peu que nous le laissions humblement travailler en nous. « Il y a une musicalité propre à chaque âme dans l’immense symphonie de l’univers », avait un jour écrit Jean Arnaud. Avec son oreille aiguisée et plus encore avec son cœur brûlant de foi, Bernard a cherché à entendre et à déchiffrer la musique de l’appel de Dieu sur les trames parfois désaccordées de nos existences humaines. Qu’il nous aide maintenant à chanter à pleins poumons, avec la Vierge de la Garde, les louanges du Seigneur, lui qui « comble de biens les affamés, renverse les puissants et élève les humbles », lui dont « la miséricorde s’étend d’âge en âge sur ceux qui le craignent » !
Magnificat ! Amen !

Ses obsèques ont été célébrées

le vendredi 19 juillet à 9h30
en l’église de Saint-Barnabé,
5 place Caire (12e)


Né à Marseille le 12 février 1934, Bernard Chabert a fait ses études au Pensionnat de La Viste. Entré au Grand Séminaire de Marseille en 1953, il est ordonné prêtre le 2 janvier 1961.

Après son ordination, il étudie deux ans à l’Institut Grégorien de Paris, à la demande de Mgr Lallier, qui le nomme, à son retour, professeur au Petit Séminaire et chargé du chant religieux aux Petit et Grand Séminaires.

De 1971 à 1978, tout en continuant ses activités au Petit Séminaire, le Père Chabert est au service de la paroisse des Caillols et aumônier du Lycée Périer.

En 1978, il est nommé, avec le Père Louis Magnan, curé in solidum des paroisses Saint-Barnabé, Les Caillols et Saint-Augustin, et au service de l’aumônerie des collèges.

Il y restera jusqu’en 1996, année où il est nommé chapelain à Notre-Dame de la Garde. Il y organise, pendant des années, les « mini-pélés » du samedi.

Le Père Bernard Chabert était entré chez les Petites Sœurs des Pauvres des Chartreux en janvier 2018.

ITW du P. Bernard Chabert paru dans l’EAM de mai 2018

https://www.inmemori.com/bchabert-e82zc

Dernière mise à jour : Vendredi 19 juillet 2019