« En mai, fais ce qu’il te plaît ! »

On se souvient de cet adage d’avant les dérèglements climatiques, au temps où l’on pouvait faire confiance aux premiers beaux jours après avoir évité, en avril, de se découvrir d’un fil !

Mais derrière cette aspiration à la liberté qu’ont souvent scandée, dans l’histoire des peuples, les mois de mai et les printemps, il est possible de lire une profonde vérité du mystère de la foi.

Saint Augustin disait : « Aime, et fais ce que tu veux ! ».
Pour le grand docteur d’Hippone, c’était une invitation à comprendre ce qu’est vraiment la liberté de l’homme : non pas seulement une liberté finie, réduite au simple pouvoir de choix, ce qu’il appelait le libre arbitre, mais aussi une liberté créée (libertas) dont la vocation est d’entrer en coopération avec la grâce pour permettre à l’homme de déployer toutes les potentialités de son être.

On pourrait donc traduire : « En mai, deviens ce que tu es ! »
Retrouve ton penchant originel de créature tournée vers Dieu aussi sûrement qu’un tournesol vers le soleil. Ta liberté la plus profonde, c’est ce qui en toi t’oriente par amour vers Dieu, et par là, vers les frères qu’Il te donne à aimer. L’amour : voilà l’essence de ce qui te rend libre, car tu viens de l’amour et tu es fait pour aimer. Au soir de ta vie, prévenait saint Jean de la Croix, c’est sur l’amour que tu seras jugé. En aimant,deviens de ce que tu es ! En te laissant aimer, reçois ce que tu es appelé à devenir !

C’est peut-être pour cela que la foi de l’Église a fait du mois de mai le mois de Marie, « le mois le plus beau », comme on le chantait autrefois !
En Marie, l’humanité découvre sa vocation la plus profonde, celle d’être accordée au Verbe qui, au commencement, bien avant que ne fussent les tournesols, était déjà « tourné vers Dieu » !
En Marie, la tournure de l’humanité vers Dieu rencontre le penchant de Dieu vers tout homme, surtout vers le pauvre et l’humilié, et vers « son humble servante ».
En Marie, la rencontre d’une libertas humaine avec la grâce divine scelle dans un fiat humain le début d’une nouvelle alliance. Quelle puissance donnée à notre liberté ! « La liberté humaine a ceci d’étonnant que Dieu Lui-même s’arrête devant elle », disait Édith Stein.

En mai, nous célébrons aussi le Bon Pasteur et nous prions pour les vocations. Beaucoup parmi les jeunes d’aujourd’hui cherchent un sens à leur vie. Mais qui entendra l’appel particulier du Seigneur (« Suis-moi ! ») et trouvera le courage de répondre « oui », non seulement « en toute liberté », mais « de toute sa liberté » ?
Pourquoi est-il apparemment devenu si difficile de répondre à cet appel ? Peut-être est-ce à cause de notre tiédeur, nous qui trouvons notre confort à rester entre nous, même si c’est pour gémir de n’être pas plus nombreux…
Peut-être est-ce à cause de notre manque d’imagination pour inventer de nouvelles façons de vivre en Église les divers ministères et de nouvelles manières de s’y préparer…
Peut-être est-ce à cause de notre peu de foi ou de notre manque de véritable liberté, préférant conserver des structures parfois obsolètes, alors qu’il faudrait reprendre avec fraîcheur le chemin du premier amour : « Maître, où demeures-tu ? », « Pierre, m’aimes-tu ? »…

En mai, tournons-nous vers Dieu de toute notre liberté,car Lui, par sa grâce, peut faire des merveilles avec notre peu de foi !

+ Jean-Marc Aveline
Évêque auxiliaire de Marseille

Dernière mise à jour : Lundi 24 août 2015