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Un autre regard sur la fête de Noël

Noël est un récit évangélique [Luc 2, 1-20]… Mais les évangiles ne sont pas une biographie. Chacun est porteur d’un discours sur Dieu, d’une théologie, liée à une culture, à un moment historique, à des convictions à transmettre…

Noël est un récit évangélique [Luc 2, 1-20]… Mais les évangiles ne sont pas une biographie. Chacun est porteur d’un discours sur Dieu, d’une théologie, liée à une culture, à un moment historique, à des convictions à transmettre… Le récit de la nativité ne cherche pas à raconter comment Jésus est né mais à transmettre un message théologique : Dieu s’est fait homme. Ce Dieu se fait homme s’il est inscrit dans un temps donné est à lire dans l’aujourd’hui de l’homme. Il nous faut donc accueillir ce récit comme une parole qui nous parle dans notre présent. Il est nécessaire de décrypter ce récit : ce qui allait de soi à l’époque demande aujourd’hui explication. Noël n’est pas simplement retour sur un hier [la naissance de Jésus], mais dans notre quotidien l’irruption de Dieu qui bouscule notre humanitude, nos a priori, nos certitudes,…

La fête de Noël a des implications :

Religieuses : Noël n’est pas la fête chrétienne centrale, c’est Pâques, c’est-à-dire la célébration de la mort et de la résurrec-tion de Jésus, qui ainsi est reconnu comme Christ. A Pâques, le sens de la vie de l’homme trouve son sens, son orientation. Noël n’a été célébré qu’a posteriori pour bien montrer que le Christ est lumière pour les hommes, d’où la fixation de la date au 25 décembre qui était une fête païenne au cours de laquelle on fêtait le rallongement des jours, le retour de la lumière [cf. les Saturnales]… La nuit de l’hiver n’avait pas englouti le soleil ! Jésus est-il né un 25 décembre ? On n’en sait rien. Les chrétiens pour affirmer qu’il est la vie, le renouveau de leur vie, ont récupéré cette fête en lui donnant un sens nouveau.

Economiques : sans faire de misérabilisme, Luc a eu le souci de placer cette fête dans un contexte de pauvreté, pour bien montrer que ce qui affecte l’homme meurtrit Dieu. Fêter Noël n’est pas participer à une enflure commerciale toujours plus grande, mais s’engager dans une fête de la solidarité. Dieu se fait solidaire des hommes en venant partager leur condition, pour que les hommes soient solidaires entre eux.

Politiques : Dieu participe à l’histoire des hommes, depuis toujours. Il suffirait de rappeler la libération d’Egypte, la conquête de Canaan, le retour d’Exil,… Dans la naissance de Jésus, c’est Dieu qui prend parti pour l’homme, pour l’aider à construire sa liberté, pour mener à bien le respect de sa dignité, pour ouvrir l’homme à son altérité, c’est-à-dire reconnaître l’autre comme autre et comme frère. Noël nous invite aujourd’hui, à la suite de Dieu fait homme, à nous engager pour le bien com-mun de l’homme, pour l’avènement d’un monde plus juste, plus fraternel, plus digne pour tout homme… où Dieu pourrait être reconnu comme le Père de tous.

Sociales : en naissant dans la fragilité d’un enfant, Dieu nous fait souvenir de l’extrême fragilité de tout homme, pour laquelle il importe que nous agissions pour transformer les rapports humains et sociaux et amener chacun à son excellence, à ce qui fait sa grandeur singulière. Un paradoxe se joue : la faiblesse lutte pour l’avènement de la grandeur. Nous ne pouvons pas fêter Noël, les yeux aveuglés par nos lumières, les oreilles sourdes aux appels des autres, les mains crispés sur nos biens. Noël nous veut en relation avec tous ceux qui ont besoin d’un autre ou qui sont dans le besoin.

Préparer Noël pour les chrétiens, ce n’est pas se mettre en condition pour retrouver un passé qui n’est plus [naissance de Jésus] et dont on ignore tout, mais c’est se laisser questionner par le présent pour y déceler comment Dieu aujourd’hui se fait homme dans la mesure où chacun travaille à son humanisation et se soucie de l’émergence de l’humanisation de l’autre.

Père Jean-Luc RAGONNEAU sj

Dernière mise à jour : Mardi 17 décembre 2013