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Fête de la vie consacrée

Au soir de la fête de la Chandeleur, qui était aussi la Journée mondiale de la vie consacrée, les religieux, religieuses et laïcs consacrés du diocèse se sont retrouvés à la basilique Saint-Victor pour renouveler leur vœux.

La célébration était présidée par Mgr Pontier.
C’est le Père Benjamin Goirand, prédicateur de l’Octave de la Chandeleur, qui a prononcé l’homélie.

Je voudrais tout d’abord vous raconter une petite histoire : celle de grenouilles au fond d’un puits. Cette histoire, c’est le Père Jean Arnaud, prêtre du diocèse de Marseille, décédé à l’aube du IIIe millénaire, qui nous la raconte. Le Père Jean Arnaud a accompagné spirituellement de nombreux chrétiens à Marseille par la rédaction de petits opuscules donnant accès à la Tradition de l’Église, et plus spécialement aux Pères de l’Eglise. Ces opuscules ont été rassemblés dans cet ouvrage : « Jean Arnaud, un théologien de quartier ». C’est là qu’on y trouve l’histoire des grenouilles à la page 153.

« Deux grenouilles vivaient au fond d’un puits désaffecté. Elles étaient heureuses, elles avaient de l’humidité, des végétaux, et une grande tranquillité. Un beau matin, l’une d’elles arrive à sauter hors du puits et se retrouve, tout d’un coup, dans la campagne ensoleillée. Elle est émerveillée par tant de splendeur. Elle descend raconter à l’autre grenouille tout ce qu’elle a vu : le soleil, les fleurs, les papillons... Mais l’autre ne veut pas la croire. Elle ne peut comprendre ni imaginer cet univers enchanteur, elle qui n’est jamais sortie de son puits. Nous sommes cette grenouille qui a toujours vécu dans la nuit. Nous n’arrivons pas à imaginer le monde futur, le monde qui approche, le monde de la résurrection… »

Chers frères et sœurs consacrés, qui renouvelez ce soir vos vœux religieux, vous êtes appelés à être pour notre monde la grenouille qui sort du puits, la grenouille qui aime la lumière divine pour entraîner sa sœur grenouille, qui préfère encore les ténèbres, à rencontrer le Christ, Lumière des nations, Lumière du monde.

En cette belle fête de la Présentation de Jésus au temple, vous êtes, pourrait-on dire « coachés » par les grands personnages biblique que sont Syméon et Anne, afin de renouveler vos engagements et de continuer à vivre votre mission auprès des hommes et femmes de notre ville, de notre monde.

Syméon, cet homme juste et religieux, était un veilleur en attente du Salut. Saint Luc nous dit que cet homme pétri de l’Esprit Saint attendait pour rencontrer le Messie, le Christ qui « qui se révèle aux nations », le Christ qui illumine de sa bonté et de son amour la vie de chaque homme.

Comme consacrés au Seigneur et grands amis de Jésus, nous attendons que toute votre vie témoigne de l’amour miséricordieux du Christ, c’est-à-dire de cet amour chaleureux de Dieu, de cet amour qui fait sortir des ténèbres pour nous conduire dans la lumière. Alors, c’est vrai, vous avez besoin d’être constamment habités par l’Esprit Saint pour être témoins de la proximité de Dieu avec ses créatures, témoins que le Salut de Dieu arrive jusque dans notre maison. C’est votre job que de nous enseigner par les actes concrets de votre vie quotidienne que tous les hommes sont frères de Jésus Christ, que tous les hommes sont sauvés.

L’auteur de la Lettre aux Hébreux nous rappelle que si nous sommes sauvés, c’est que Jésus a partagé notre condition : nous avons en commun avec Lui « le sang et la chair ». Si nous sommes sauvés, c’est que Jésus a partagé nos souffrances ainsi que notre vie marquée par la mortalité.

Par votre attention bienveillante, par votre intimité avec Dieu, par votre vie qui annonce le Royaume à venir, vous nous dites que Jésus est notre frère. Avoir Jésus comme frère, c’est accepter de Le laisser me sauver. Il est le premier de cordée dans l’aventure du Salut de tous les hommes. Sérieusement encordés avec le Christ, vous permettez à d’autres hommes de rejoindre la cordée, pour vivre déjà maintenant de la vie éternelle : réconciliés avec Dieu, décentrés d’eux-mêmes et servant leur prochain.

Contemplant le Jésus petit enfant, Syméon conduit Marie jusqu’au Vendredi saint : jour où Jésus prend définitivement sur Lui toute la souffrance humaine et son péché. Syméon vous conduit, vous consacrés au Seigneur, à prendre avec Lui la souffrance de ceux que vous rencontrez. Et nous le savons bien, vous êtes des hommes et des femmes de compassion. C’est ce dont notre monde a besoin.

La prophétesse Anne est aussi pour vous un modèle, afin que vous vous abîmiez dans la prière pour entretenir une belle amitié avec Jésus, pour Le louer et Le servir, mais aussi pour présenter au Seigneur toutes les intentions des hommes et des femmes que vous rencontrez afin de soutenir la mission de l’Église. À la manière d’Anne, conduisez, par votre humble service, par vos relations, tout homme pour accueillir la délivrance promise par l’Enfant Dieu. Les hommes et les femmes de notre temps ont besoin d’entendre qu’ils peuvent être pardonnés, et qu’eux aussi sont en mesure d’offrir le pardon, de se réconcilier.

Que votre vie se calque sur celles de Marie et de Joseph, qui avaent en charge la croissance du Sauveur. Veillez sur notre croissance spirituelle, aidez-nous à accueillir la grâce que Dieu veut nous donner aujourd’hui, apprenez-nous à mieux aimer Dieu et notre prochain.

Vos vœux de pauvreté, de chasteté et d’obéissance, votre vie consacrée à Dieu dans le célibat, interpellent les hommes que vous rencontrez : vous êtes l’Église au cœur du monde.

Pour mieux comprendre quelle est votre mission, voici la parabole des camions citernes.
Je cite à nouveau Jean Arnaud à la page 70 :

« Une ville n’a plus d’eau pour ses habitants. Le conseil municipal se réunit : les uns veulent affréter des camions citernes qui distribueront de l’eau dans les quartiers, mais l’eau sera tiède et les gens seront rationnés. Les autres proposent de payer un puisatier qui creusera un puits d’eau vive ; les gens s’y presseront et boiront de l’eau à volonté. Ainsi [vous consacrés devez] fournir aux hommes de la ville des puits d’eau vive. »

Vous le savez, les puisatiers se font un peu rare en ce moment, alors que tant d’hommes et de femmes ont soif d’amour, soif de Dieu. Que le témoignage de votre vie donne envie de se consacrer à Dieu et à servir les hommes. Que de nombreux jeunes entendent l’appel à la vie consacrée.

Père Benjamin Goirand

Dernière mise à jour : Lundi 12 février 2018