Homélie : 8 décembre 2018

Avec toute l’Église, nous rendons grâce à Dieu pour tout ce qu’Il a fait et fait pour notre humanité pourtant pécheresse. Il nous regarde avec bonté et miséricorde.

Basilique Notre-Dame de la Garde
Fête de l’Immaculée conception
Béatification des dix-neuf martyrs d’Algérie à Oran

Nous rendons grâce tout particulièrement pour Marie qu’Il a choisie pour qu’en elle, le Fils bien-aimé prenne chair et s’incarne en notre humanité. Le Seigneur l’a préservée et lui a donné un cœur et une âme tout obéissants à sa volonté de salut. Son « oui » a permis que se déploie l’Alliance entre Dieu et l’humanité.

Nous rendons grâce encore en ce jour pour Mgr Pierre Claverie et ses dix-huit compagnons, dont les moines de Tibhirine. Ils ont engagé leur vie dans un « oui » à la volonté d’amour de Dieu entre les hommes. Ils ont choisi de le suivre dans des vocations diverses, mais tous en cette terre d’Algérie, terre à l’histoire si riche et complexe, terre marquée par une décennie de terreur au cours de laquelle ils ont trouvé la mort. Leur mort s’est ajoutée à celle de tant et tant d’autres Algériens, et particulièrement à celle des cent quatorze imans exécutés pour leurs paroles sages et apaisantes. Ils auraient pu retourner en France. Ils avaient choisi la vie fraternelle au milieu de ce peuple. Leur force physique le leur permettait. Ils ont trouvé plus de sens à ne pas quitter leurs voisins et amis qu’à protéger leur propre vie.
Ils sont des témoins de la fraternité, des prophètes de l’amitié entre les peuples, des porteurs d’espérance, des bâtisseurs d’une humanité où on aime le frère qu’on voit au nom de l’amour qu’on porte au Dieu qu’on ne voit pas, mais dont on dit vouloir vivre.
L’Église en ce jour nous les propose comme modèles. Nous connaissons le testament spirituel du Père Christian de Chergé. Il y exprime le sens de sa vie. Je cite le début : « S’il m’arrivait un jour – et ça pourrait être aujourd’hui – d’être victime du terrorisme qui semble vouloir englober maintenant tous les étrangers vivant en Algérie, j’aimerais que ma communauté, mon Église, ma famille, se souviennent que ma vie était donnée à Dieu et à ce pays. » Leur vie était donnée à Dieu et aux Algériens, leur vie était donnée pour ouvrir des chemins d’amitié entre chrétiens et musulmans, leur vie était donnée en fidélité à Jésus-Christ, vainqueur de la haine, de la mort et de la vengeance, maître du pardon. Plus encore, ils ont partagé leur foi avec la foi de leurs voisins et amis musulmans. Ils ont pu vivre une expérience enrichissante de partage entre croyants humbles et convaincus.
« Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime. » À chaque eucharistie, nous célébrons ce mystère du Salut, celui de l’amour sans retour de Dieu pour la multitude, nous entendons l’appel à être des artisans de paix, de fraternité. Nous venons puiser à la source de toute vie et de tout amour.
Marie, au pied de la croix, porte l’espoir des hommes. Elle a porté le Prince de la paix en son sein. Elle a gardé dans son cœur ses paroles et ses actes. Elle a renouvelé son « oui » jusqu’au bout. Elle a accompagné la naissance de l’Église. Qu’elle nous accompagne dans nos vies de disciples du Christ, tout particulièrement dans la rencontre avec les croyants musulmans, nos compatriotes. Qu’ensemble nous trouvions les chemins de la paix.

+ Georges Pontier
Archevêque de Marseille

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Dernière mise à jour : Jeudi 13 décembre 2018