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Homélie Père Jordi Llambrich dimanche 17 février 2019

Relation entre l’évangile du jour et les récents événements en France avec la résurgence de l’antisémitisme

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C’est sur un terrain plat, un terrain où l’on peut dire les choses, où l’on met tout à plat, parce que parfois il le faut, et c’est cela que Jésus fait avec tous ceux qui l’écoutent.
Ses nombreux disciples et ces nombreuses foules qui viennent de plus largement encore que la Galilée, du pays de Tyr et de Sidon, de Jérusalem et de la Judée.
Et lorsqu’il lève les yeux sur ses disciples et prononce ces bénédictions et ces « malheur à vous », ils l’interpellent, tous ceux qui sont devant lui. Rassurez-vous ce ne sont pas eux qui sont directement concernés, mais ils sont là pour écouter cette parole, cette parole qui tranche et qui doit absolument passer comme un glaive pour faire justice.
Tel Jérémie qui lui aussi déjà, en 609 avant Jésus Christ, fait de même. Bénédiction et malheur et vous pouvez le constater, ceux qui reçoivent la bénédiction chez Jérémie ressemblent à ces arbres du Jardin d’Eden, du jardin des délices.
Et voilà que ces bénédictions et ces malédictions viennent rejoindre notre actualité brûlante.
Qui sommes-nous vraiment ?
Que se passe t’il au milieu de nous vraiment en ces jours où vient ressurgir la bête ?
Tapie dans l’ombre et qui vient encore une fois provoquer, perturber. Intolérable bête immonde qui vient au travers de discours sinueux, outranciers ou parfois à peine audibles, parfois en second degré mais qui viennent dire la haine de l’autre et particulièrement de nos frères aînés dans la foi : les juifs.
Malheur à nous lorsque nous prononçons des phrases qui viennent dire le contraire de ce que nous sommes.
Faudra-t-il encore quelqu’un pour dire « nous sommes spirituellement des sémites »
Faudra-t-il vraiment que ce qu’avait dit Pinsker au 19e siècle « la judéophobie est une maladie contagieuse, héréditaire, incurable »
Faudra-t-il encore que cela se poursuive de nos jours ?
Ces petites phrases assassines du style « oh de toute façon on ne négocie pas avec les juifs  » ou concernant le mur mitoyen avec la communauté voisine « vous êtes sûrs qu’ils n’ont pas grignoté un peu de terrain ? » ou «  Ça, ça est venu chez moi  » « comment ça peut-il entrer chez moi ? » ça pour les juifs !
Ces phrases que j’ai entendues ici même, au sein de notre communauté, font le malheur de tout un peuple. Et même mieux, quand j’entends dire « oui on parle beaucoup des synagogues qui sont détruites ou profanées mais on ne parle pas des églises  »
Ce n’est pas la même chose !
Lorsque l’on touche à une église pour la profaner, on vient toucher une institution, et pas un peuple. Lorsque l’on vient profaner un portrait ou une synagogue, on touche à un peuple et on connait notre histoire, on sait que ce peuple a failli être exterminé.
Pourtant de ce peuple est né Jésus le Christ. Il a vécu au milieu d’eux. Il n’est jamais devenu chrétien. Il est resté juif jusqu’au bout. Et son dernier repas était bien un repas de Pessah.
Accuser les juifs à tort de la mort de Jésus revient à prononcer un crime. Parce que les juifs étaient présents dans tout le bassin méditerranéen à la même époque et je me demande comment les juifs de Marseille, alors qu’ils n’étaient pas au courant de ce qui se passait en terre sainte, comment pouvaient-ils être coupables, condamnables de la mort d’un homme ?
Comment pouvons-nous dire encore que les juifs dominent le monde ?
Vous savez cette rumeur qui traîne inlassablement dans nos têtes depuis le 16e ou 17e siècle ? Le complot des sages de Sion. Comment cela peut-il persister encore aujourd’hui ?
Oui nous sommes spirituellement des sémites et lorsque l’on essaye d’arracher le judaïsme de notre foi c’est comme si nous enfoncions un peu plus les clous dans les mains et les pieds de Jésus le christ sur la croix.
A chaque fois que nous voulons en paroles, en pensées ou par action faire quelque chose à l’encontre de ce peuple, c’est au christ que nous le faisons.
N’est-il pas mort, lui, encore une fois dans les camps d’extermination ?
Nous avons à réinventer notre histoire de manière saine, à plat. Nous avons à réinventer nos relations les uns avec les autres, pour que jamais plus des phrases sortent de bouches haineuses et se propagent, que jamais plus nous ne restions insensibles ou passifs à l’égard de tels propos, quelle que soit la personne qui les reçoit.
Nous avons à prendre part à ce combat contre l’antijudaïsme, contre l’antisémitisme parce que nous-mêmes, nous sommes spirituellement des sémites, parce que nous-mêmes nous portons ces promesses faites à Abraham et à tout son peuple et que nous ne pouvons nous séparer de notre frère aîné dans la foi qui porte l’élection.
Nous avons à dire et redire autour de nous que tout cela est inadmissible, que ces petites phrases insidieuses, même avec un peu d’humour, ne font qu’aggraver cette haine, que l’entretenir, que la provoquer.
Nous sommes chrétiens, nous avons à défendre ce qui est le cœur même de notre foi. Nous avons à soulever des masses de colères, d’injustices, parce que nous avons à défendre ce qui est important pour nos vies. Que chacun de nous puisse au fond de lui-même se redire comment utiliser le bon langage, comment avoir les bons mots, pour faire face à ceux qui au-delà de ces phrases disent quelque chose qui n’est pas juste, qui n’est pas saint.
Nous avons à être liés à ce peuple d’Israël pour dire ensemble les bénédictions de Dieu pour toutes les nations.
AMEN

Dernière mise à jour : Dimanche 17 février 2019