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Homélie de Mgr Aveline : 2 février 2017

Chers frères et sœurs,

Aujourd’hui, avec toute l’Eglise, nous fêtons la Présentation de Jésus au Temple. Mais pour nous, à Marseille, cette fête liturgique est l’occasion d’un rendez-vous matinal avec les racines de notre foi. Année après année, jeunes et adultes, nous venons ici des quatre coins du diocèse, comme pour ajouter un nouveau maillon à la chaîne qui remonte à la foi des Apôtres et des martyrs. Et de ce berceau de notre Église de Marseille que sont les cryptes de cette basilique, chacun repart ira tout à l’heure avec un peu de lumière pour éclairer sa vie et orienter ses pas.

En Orient, on appelle cette fête : « Fête de la Rencontre », car il s’agit bien, sous la plume de l’évangéliste saint Luc, de signifier la rencontre entre le Seigneur qui vient et le peuple des croyants qui l’attendent, peuple représenté ici par Syméon et Anne. Jésus, pour la première fois dans le récit évangélique, va à la rencontre de son peuple, porté dans les bras de ses parents. Et l’Église ne s’y est pas trompée qui, en nous invitant à prier, chaque soir, à l’office des Complies avec les paroles du vieillard Syméon, nous invite à penser qu’il y a dans cette fête comme le fil rouge de toute notre vie. Car au fond, qu’est-ce qu’une vie, quand on y réfléchit bien, sinon le temps que Dieu nous donne pour nous préparer à sa rencontre ? Une vie, c’est du temps qu’on a devant soi et qui s’écoule jour après jour. Nul ne sait quelle sera la durée de ce temps, mais ce que l’on sait, c’est qu’au soir de notre vie, c’est sur l’amour, et seulement sur l’amour, que nous serons jugés. La densité d’une vie, c’est son poids d’amour. Quand Dieu vient à la rencontre de son peuple, quand Il vient faire avec lui l’expérience de la vie, c’est uniquement par amour et pour se révéler à lui comme un Dieu qui est amour, et cela, Il a voulu le faire non par des décrets ou par des livres sacrés, mais en venant partager notre vie, dans la simplicité de Nazareth, où Il a grandi en taille et en sagesse. « Puisque les hommes ont tous une nature de chair et de sang, Jésus a voulu partager cette condition humaine », écrit l’auteur de l’épître aux Hébreux dans le passage qui nous a été lu tout à l’heure.

Alors ce matin, demandons à l’Esprit Saint de nous faire entrer dans cette dynamique de la rencontre avec le Christ. Pour un chrétien, c’est cela le plus important. Tu veux savoir comment faire ? Je vais essayer de t’indiquer quelques balises. D’abord, observe que le climat de cette rencontre au Temple de Jérusalem, c’est la joie. Marie et Joseph sont tout jeunes, ils doivent avoir une vingtaine d’années. C’est leur premier enfant et ils sont tout à la joie de cette naissance, dont les circonstances ont été si étonnantes. « Réjouis-toi », avait dit l’ange à Marie. « Sois sans crainte », avait-il dit à Joseph. Et cette joie ne les a pas quittés. Certes, ils observent la Loi (Luc le répète à quatre reprises), mais on sent bien que s’ils sont là, ce n’est pas d’abord par souci d’être en règle, mais plutôt dans l’élan joyeux de pouvoir accomplir ces rites de la naissance. C’est comme tous ces jeunes parents marseillais qui montent à la Bonne Mère pour présenter leur petit qui vient de naître. C’est un élan joyeux, un élan de vie. « Ta Loi fait mes délices », avait dit le psalmiste, et c’est bien vrai pour Marie et Joseph venant au Temple de Jérusalem. La première balise sur le chemin de la rencontre du Christ, c’est la joie.

Si l’on regarde bien, on peut en trouver une autre. Au Temple de Jérusalem, il s’agit bien d’observances des prescriptions de la Loi, mais, vous l’avez sans doute remarqué, il n’y a pas de prêtres qui nous soient signalés dans ce Temple, mais plutôt des prophètes, un homme et une femme, des laïcs qui prophétisent. Ils sont vieux, mais remplis d’Esprit Saint. Luc insiste pour qu’on comprenne bien. Ces deux personnes âgées sont aussi dans la joie, mais ce qui les caractérise surtout, c’est l’espérance. Tous deux attendaient, et depuis longtemps, la consolation d’Israël. L’Esprit Saint, qu’on appellera d’ailleurs « le Consolateur », les a poussés à être là ce jour-là, à ce moment précis. Toute leur vie, ils se sont préparés à cette rencontre. Ils sont vieux, mais dans leur cœur, ils ont l’âge de leur espérance, et l’espérance renouvelle sans cesse la disponibilité à la rencontre. Voilà une deuxième balise ! Car pour nous aussi, c’est toujours l’Esprit Saint qui organise nos rencontres avec Jésus, qui nous prépare à Le rencontrer, à Le reconnaître, à L’accueillir dans les événements et dans toutes les rencontres de notre vie. Animées par l’Esprit, Syméon et Anne symbolisent tout le peuple d’Israël, dans ce qui va devenir sa nouvelle mission, sa nouvelle jeunesse. Car la gloire d’Israël, ce sera désormais d’avoir porté la Lumière des nations, comme le dit Syméon dans son cantique : « Maintenant, mes yeux ont vu le salut que tu préparais à la face des peuples. Lumière pour éclairer les nations et gloire d’Israël ton peuple. » L’espérance, chers amis, voilà ce qu’il importe d’entretenir dans nos vies pour accueillir le Christ qui vient à notre rencontre. Espérance pour tous. Espérance engagée en faveur de tous ceux qui en sont exclus. Espérance qui peut être subversive lorsqu’il s’agit de ne laisser personne sur le bord du chemin. Ne nous laissons pas voler notre espérance, comme le répète souvent le pape François !

On peut faire encore un pas de plus, en quête d’une troisième balise. Il suffit d’observer que, dans cette scène de la Présentation de Jésus au Temple, il y a beaucoup de tendresse. Un détail du texte le laisse deviner : c’est le geste de Syméon, qui prend l’enfant non seulement dans ses bras, mais, selon le mot grec que Luc utilise ici, dans « le creux de ses bras » (eis tas agkalas). On voit déjà en filigrane cette autre scène propre à saint Luc et que nous connaissons par cœur, lorsque le père du Fils prodigue sort à sa rencontre et le prend dans ses bras. Tu veux te préparer à la rencontre du Christ ? Apprends l’Évangile de la miséricorde, de la tendresse de Dieu. « Sa miséricorde s’étend d’âge en âge », avait chanté Marie dans son Magnificat. La première rencontre de Jésus avec son peuple, avec les pauvres de son peuple, s’effectue sous le signe de la tendresse. Voilà une troisième balise. Et elle est importante aujourd’hui. Vous les jeunes, vous savez bien l’importance de la tendresse. Et je suis en admiration quand je vous vois manifester votre tendresse auprès des plus pauvres. Auprès des malades à Lourdes lors du pèlerinage diocésain, ou encore auprès des personnes sans domicile fixe quand vous allez chercher les Amis de la Gare. Ou auprès de tous ceux que la vie malmène. Continuez ainsi. Vous êtes sur le bon chemin. Tous les grands saints sont passés par là. C’est souvent en servant les pauvres qu’on rencontre le Christ. C’est en acceptant d’être aimé par les pauvres qu’on se prépare à accueillir l’amour du Christ. Comme il est grand le mystère de ce Dieu qui accepte de se laisser prendre par un pauvre vieillard dans le creux de ses bras ! Comme il est grand le mystère de ce Dieu tout puissant qui accepte de prendre du temps pour grandir en taille et en sagesse sous le regard attendri d’un jeune couple !

Permettez-moi de remarquer encore une dernière chose. C’est que cette rencontre au Temple, une rencontre pleine de joie, d’espérance et de tendresse, est aussi une rencontre qui appelle au courage. C’est la dernière balise que je vous propose. Syméon est très clair avec Marie au sujet de son enfant. Il sera un signe de contradiction. L’épreuve sera au rendez-vous. « Un glaive transpercera ton âme. » Nous aussi, nous l’éprouvons de plus en plus, nous avons à être des signes de contradiction dans la société d’aujourd’hui. Surtout quand il est porté atteinte à la dignité des personnes humaines, spécialement des enfants, et je pense en particulier aux mineurs migrants livrés sans défense à toutes sortes de trafics, ici même à Marseille. Ou quand on ne respecte pas la vie, du début à la fin, ou encore quand on essaye de diviser la famille humaine en distillant des messages de haine et de repli sur soi. Ne rêvons pas d’un christianisme bisounours et tranquille, qui n’aurait qu’à faire de belles liturgies comme celle de ce matin, mais qui ne comporterait aucun engagement dans la société. Souvenons-nous que nous avons suivi en procession Notre-Dame de Confession des Martyrs. L’épreuve fait partie de la vie. Mais traverser l’épreuve en essayant de garder l’espérance, avec humilité, voilà le chemin qu’ouvre la foi. Nous savons tous cependant que c’est plus facile d’en parler que de le vivre...

Chers jeunes, vous avez marché dans la nuit. Mais trouver le Vieux-Port ou l’abbaye Saint-Victor, même de nuit, ce n’est pas trop compliqué ! En revanche, s’orienter dans la vie est souvent plus difficile. Emportez donc, si vous le voulez bien, cette petite boussole évangélique qui vous permettra de retrouver les balises d’un chemin de foi : la joie, l’espérance, la tendresse et le courage. Et permettez que je vous donne un dernier conseil : si vous le pouvez, revenez dans la semaine, quand vous aurez bien dormi. Revenez et regardez le peuple de Marseille qui va défiler dans cette basilique à la rencontre de son Seigneur. Emboîtez le pas de l’Église. Venez en pèlerin : le Christ vous attend ! Prenez-Le, comme Syméon, dans le creux de vos bras et laissez-Le vous guider au chemin de l’amour.
Amen !

+ Jean-Marc Aveline
Evêque auxiliaire de Marseille

Dernière mise à jour : Dimanche 5 février 2017