Homélie de l’Annonciation

Homélie pour la fête de l’Annonciation Mercredi 25 mars 2020
Homélie de l’Annonciation - format PDF

Chers frères et sœurs,

Suivons Marie, si vous le voulez bien dans ce beau récit qu’a composé saint Luc. Elle est chez elle, à la maison, comme beaucoup d’entre nous aujourd’hui. On l’imagine à ses affaires, à ses projets, à sa prière. Son cœur de jeune fille vibre d’amour pour son Joseph à qui elle est promise en mariage. Et dans ce cœur léger et pétri de foi, l’action de grâces pour les choses ordinaires prépare déjà le chemin pour une grâce extraordinaire, un événement sans précédent, dans lequel va se concentrer toute l’histoire du salut. Car en Marie, à partir de ce jour-là et pendant neuf mois de confinement en son sein, le Verbe lentement va prendre chair, Dieu patiemment va se faire homme !

Te souviens-tu Marie ? C’était pourtant un jour ordinaire ! Et puis, d’un coup d’aile, un ange était entré dans ta maison. C’était Gabriel, celui qui, six mois plus tôt, était allé trouver Zacharie au Temple de Jérusalem, à droite de l’autel de l’encens. Cette fois-ci, c’est moins grandiose : une humble demeure dans la lointaine région de Galilée, et toi, dont on ne sait rien et que personne, jusque-là, n’avait remarquée. Rien de prestigieux ! Et pourtant, l’ange te salue avec beaucoup d’égards : « Réjouis-toi, comblée de grâces, le Seigneur est avec toi ! » Mais ces mots qu’il prononce, même s’ils sont grâcieux, te troublent et t’intriguent. L’ange s’en aperçoit et pour te rassurer, il détaille le futur qu’il t’annonce : « Tu concevras, tu enfanteras un fils que tu appelleras Jésus. Il sera grand. Il recevra le trône de David et régnera sur la maison de Jacob pour l’éternité ».

Te souviens-tu Marie ? Abasourdie par un tel message mais mise en confiance par la grâce de l’ange, tu avais osé poser une question. Une question de bon sens, au fond : « comment cela va-t-il se faire, puisque je ne connais pas d’homme ? » Et l’ange, de bonne grâce, t’avait expliqué l’inexplicable : « l’Esprit Saint viendra sur toi et la puissance du Très-haut te couvrira de son ombre ». Plus terre à terre, il t’avait glissé à l’oreille une information à propos d’Élisabeth ta cousine, comme un indice pour que tu saches ce que tu aurais à faire tout de suite après : partir en hâte pour aller l’aider et pour recevoir d’elle ce que seule une Visitation peut ajouter à une Annonciation : le partage de foi entre croyants, lorsque deux expériences se confortent, deux vocations se consolident mutuellement, deux messages entendus s’éclairent à la lumière fraternelle de ce que l’autre a reçu pour moi et moi pour lui.

Te souviens-tu, Marie ? En cet instant d’éternité, tu aurais voulu arrêter le temps, retenir l’ange par les ailes… Avant de te quitter, il t’a confié le secret de la foi : « rien n’est impossible à Dieu ». Et toi, tu lui as offert le secret de ta joie : « je suis la servante du Seigneur : que tout se passe pour moi selon ta parole ». Et sans que tu t’en aperçoives, la Parole en toi a commencé à prendre chair. Dieu, qui est tout-puissant, avait voulu attendre ton consentement, ton « oui », ton « fiat », avant de commencer son œuvre. Quand tu l’eus prononcé, la mission de l’ange fut terminée. Alors, il te quitta. Désormais, ce serait à toi de veiller sur la Parole qui devenait chair, sur cet enfant qui allait naître, sur ce jeune qui allait grandir, sur ce fils arpentant tous les chemins du pays, pour passer en faisant le bien, relevant, guérissant, instruisant, puis sur cet homme traqué, renié, condamné, mis à mort, cet homme que jamais, jusqu’aux pieds de la Croix, tu n’abandonneras, même si ton cœur de mère, transpercé d’un glaive, devra cruellement souffrir avec lui.

Frères et sœurs, dans ce dialogue initial de Nazareth entre un ange et une jeune fille, dans ce dialogue aussi surréaliste que profondément réel, s’est noué tout ce que l’histoire sainte portait en germe depuis longtemps, depuis qu’Abraham et Sara, eux aussi, saisis au chêne de Mambré par une Annonciation aussi féconde qu’inattendue, s’étaient entendu dire la Promesse de Dieu qu’un jour, à travers leur fécondité insespérée, seraient bénies toutes les nations de la terre. Et depuis ce jour-là, lentement, la Parole de Dieu, aussi discrète que le murmure d’une brise légère, mais aussi efficace que la pluie et la neige, avait germé dans l’humus des vies ordinaires de tant d’hommes et de femmes de la Première Alliance, humblement soumis à la Loi et joyeusement confiants en l’accomplissement de la Promesse. Par vocation, le peuple de la Première Alliance, et quel que fût le prix qu’il eût à en payer, porte dans sa prière l’attente diffuse de tout l’humanité en quête d’un Sauveur !

Fille de ce peuple, c’est toi, Marie, qui fut choisie entre toutes les femmes pour préfigurer l’Église de ton Fils, appelée elle aussi à dire « oui », à répondre à son appel, à choisir d’accepter d’avoir été choisie pour donner corps à sa Parole et l’annoncer au monde entier. O Marie, qu’il est grand ce mystère de la foi qui nous relie à toi, à travers les âges, comme des fils à leur mère, comme des enfants à leur Bonne Mère. Regarde-nous, Marie ! En ces jours difficiles que nous traversons, l’humanité confinée sent confusément monter en elle l’attente d’un salut. D’abord, et c’est normal, elle cherche un remède au mal qui la frappe. Mais plus profondément, même si elle ose à peine se l’avouer, elle cherche un sens, une espérance, une nouvelle naissance. Regarde-nous Marie et dis, nous, comme une mère, les mots qui font grandir. Redis-nous, Marie, comme une Bonne Mère qui ne se lasse pas de devoir répéter ses conseils, redis-nous le message de ton Fils, la Bonne Nouvelle du salut, pour que nous apprenions à faire ce qu’il nous dira, comme tu le suggérais jadis aux serviteurs de la noce à Cana. Et ce qu’il nous dit tient en peu de mots : « Je ne suis pas venu appeler les justes, mais les pécheurs, afin qu’ils se convertissent » (Lc 5, 31-32) ; « ce que vous voulez que les autres fassent pour vous, faites-le de-même pour eux » (6, 31) ; « soyez miséricordieux, comme votre père est miséricordieux » (6, 36) ; « pourquoi m’appelez-vous “Seigneur, Seigneur !” si vous ne faites pas ce que je dis ? » (6, 46) : « si quelqu’un veut venir derrière moi, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive » (9, 23) ; « Je suis au milieu de vous comme celui qui sert » (22, 27).

Frères et sœurs, ce soir, avec Marie, laissons la Parole de Dieu faire son œuvre en nous. Tout à l’heure, à 19h30, toutes les cloches des églises vont sonner dans notre diocèse et dans tous les diocèses de France. Alors nous prierons ensemble, comme nous avons déjà prié à midi en communion avec le Pape François. Dès demain, une chaîne de prière, intitulée « les intentions de l’Archevêque » sera mise en place dans le diocèse, à l’initiative des étudiants afin de rendre concrète une communion des saints pour nous aider mutuellement en ces jours difficiles. Demain matin, j’enverrai, en votre nom à tous, un message aux soignants et à tous ceux qui travaillent dans les hôpitaux pour leur dire, comme chaque soir à 20h, notre soutien et notre reconnaissance. Et dans quelques jours, lorsque les masques et le matériel de protection seront arrivés, j’appellerai des volontaires pour venir en aide aux sans-abris, aux personnes les plus pauvres et les plus isolées, en lien avec les pouvoirs publics et les grandes organisations caritatives. Je sais que les chrétiens de Marseille, nourris de l’exemple de Mgr de Belsunce et du Bienheureux Jean-Baptiste Fouque, ne manqueront pas à l’appel lorsque les bonnes volontés seront sollicitées.
Un jour, il y a bien longtemps, une jeune fille de Nazareth reçut la visite d’un ange qui lui annonça l’impossible. Elle crut à sa Parole et l’impossible se réalisa : en elle, Dieu devint homme. Croyons-le aujourd’hui de toute notre force : « rien n’est impossible à Dieu ». Confions-lui nos prières. Ouvrons-lui notre cœur. Disons-lui humblement : « que tout se passe pour nous selon ta Parole »  ! O Marie, mère de Dieu, sois avec nous et prie pour nous, pauvres pécheurs, maintenant, chaque jour, et à l’heure de notre mort. Amen !

+ Jean-Marc Aveline
Archevêque de Marseille

Dernière mise à jour : Samedi 28 mars 2020