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Homélie de la messe d’installation de Mgr Jean-Marc Aveline:15 septembre 2019.

C’est avec beaucoup d’émotion, vous l’imaginez bien, que je prends la parole pour la première fois en cette cathédrale de Marseille pour méditer avec vous sur les textes de la Parole de Dieu que nous venons d’écouter !

Cher frères et sœurs,

C’est avec beaucoup d’émotion, vous l’imaginez bien, que je prends la parole pour la première fois en cette cathédrale de Marseille pour méditer avec vous sur les textes de la Parole de Dieu que nous venons d’écouter ! Je ne les ai pas choisis : ce sont ceux prévus par la liturgie pour ce dimanche. Mais vous l’aurez remarqué : ils éclairent particulièrement ce que notre Église diocésaine vit en ce jour, car ils nous parlent de la miséricorde de Dieu. Et quoi de plus important aujourd’hui que de nous laisser toucher, vous et moi, par l’infinie bonté du cœur de Dieu qui prend soin de son peuple ?

C’était déjà le cas dans ce récit du livre de l’Exode qui nous a été lu tout à l’heure, où Moïse s’emploie, dans une conversation des plus surréalistes, à essayer de faire changer d’avis Dieu lui-même. La colère de Dieu semble pourtant bien légitime envers ce peuple qu’il vient de libérer de l’esclavage et qui maintenant, à peine délivré, manque totalement de reconnaissance et se tourne vers des idoles, se fabriquant un veau d’or au gré de ses passions. Mais Moïse sait d’expérience que la colère, fût-elle justifiée, n’est jamais le dernier mot de Dieu. Ce qu’il y a de plus divin en Dieu n’est pas la colère, ni même la sainte colère, mais la miséricorde, c’est-à-dire la bonté de ses entrailles, la tendresse de sa paternité. Alors Moïse, comme Abraham avant lui, parlemente, et finalement, avons-nous entendu, Dieu se laisse convaincre « et le Seigneur renonça au mal qu’il avait voulu faire à son peuple ». À Marseille, qui fut le premier diocèse au monde à être consacré au Sacré-Cœur, le 1er novembre 1720 (il y aura bientôt trois cents ans et nous le fêterons dignement), nous savons, comme Moïse, qu’il ne faut jamais désespérer de l’inépuisable bonté du Cœur de Dieu ! Comme nous l’a souvent dit le Père Pontier, ce cœur est assez grand pour pouvoir aimer même nos ennemis et nous apprendre à les aimer ! Le combat le plus difficile, le « bon combat » dont parle saint Paul, c’est le combat que chacun doit mener en lui-même pour se convertir à la miséricorde et à la bonté de Dieu pour tous, sans exception, et pour lutter contre le vieil homme qui en chacun de nous résiste à la liberté et à la joie de l’Évangile ! Comme je voudrais que notre Église de Marseille ne se lasse jamais d’espérer pour tous et de redonner confiance à tous ceux que la vie a malmenés ! Peut-être faut-il, pour cela, que l’Église reconnaisse humblement ses faiblesses et son péché, et qu’elle accepte d’avoir elle aussi besoin de la miséricorde du Seigneur.

D’ailleurs, dans le passage de sa première lettre à Timothée que nous avons entendu tout à l’heure, saint Paul reconnaît que la miséricorde de Dieu n’est pas un simple thème parmi d’autres pour l’un de ses discours, mais bien plutôt une expérience fondatrice, une grâce dont il a été lui-même bénéficiaire et qui changea sa vie. Avant de parler aux autres de la miséricorde de Dieu, il l’a d’abord éprouvée lui-même, dans sa propre chair, jusqu’à ce que des écailles tombent de ses paupières et que ses yeux s’ouvrent enfin à la Parole de Dieu ! Par deux fois, il l’explique à Timothée : « Le Christ Jésus notre Seigneur […] m’a estimé digne de confiance lorsqu’il m’a chargé du ministère, moi qui étais autrefois blasphémateur, persécuteur, violent. Mais il m’a fait miséricorde, car j’avais agi par ignorance, n’ayant pas encore la foi. » Et un peu plus loin : « S’il m’a été fait miséricorde, c’est afin qu’en moi le premier, le Christ Jésus montre toute sa patience, pour donner un exemple à ceux qui devaient croire en lui en vue de la vie éternelle. » À Marseille, et tout spécialement à Notre-Dame de la Garde, à Saint-Ferréol, à Sainte-Rita ou dans d’autres sanctuaires, les prêtres et les laïcs qui accueillent à tous vents n’en finiraient pas de nous dire leur émerveillement devant les trésors d’ingéniosité par lesquels l’amour du Seigneur fait avec patience les premiers pas pour rejoindre chacun sur son chemin de vie, même les chemins les plus chaotiques et les plus tortueux. Nul n’est trop loin pour Dieu ! Église de Marseille, ne néglige jamais ceux qui se retrouvent seuls, inquiets et écrasés par la précarité ou les cycles sans fin de la violence. Par ta présence, ton amitié, ta charité, travaille sans te lasser à redonner à chacun sa dignité d’enfant de Dieu. Nous le savons tous : quand une personne se sent estimée, elle renaît à la vie. Ne négligeons donc aucune chance, fût-elle minime, de pouvoir offrir l’amitié du Christ et le pardon du Père. « C’est l’habitude de Dieu, écrivit un jour le Père Etchegaray, de faire de grandes choses avec des riens, et même avec rien. Dieu aime créer, il raffole encore plus de recréer en Jésus-Christ l’homme pécheur. »

Et c’est bien, me semble-t-il, ce que Jésus, à travers les trois paraboles que nous avons entendues, veut faire comprendre à ceux qui, enfermés dans l’orgueil de leur suffisance, s’indignent de le voir fréquenter les pécheurs et les exclus. La bonté de Dieu, explique Jésus, ce n’est pas seulement d’accueillir le pécheur qui se repentit, c’est d’aller « chercher la brebis perdue jusqu’à ce qu’il la retrouve ». Et le père des deux fils n’attend pas à la maison, les bras croisés, que le fils perdu fasse tout le chemin. Dès qu’il l’aperçoit, il court à sa rencontre et se jette à son cou. Église de Marseille, tu sais bien qu’il est toujours plus facile de condamner que d’accueillir, plus simple de fermer les yeux que d’ouvrir les bras. Mais tu sais aussi que ton Seigneur est venu « chercher et sauver ce qui était perdu ». Alors, de grâce, sois humble, attentive et compréhensive. Apprécie ce qu’il y a d’unique et d’estimable en chacun, même s’il ne partage pas ta foi ni ta culture. Ne reproche pas aux hommes leurs fragilités et encore moins leurs blessures. Accueille-les, soigne-les et relève-les en puisant sans compter dans le trésor inépuisable de la miséricorde du Père.

Cela ne t’empêchera pas d’être libre, de savoir dire « oui » à certaines choses et « non » à d’autres. Ne te laisse pas balloter par les dernières idées à la mode, ni par le relativisme méprisant ni par l’exclusivisme arrogant. Suis résolument la boussole de l’Évangile : elle t’indique un chemin de Croix, qui sera, pour toi, aussi exigeant que libérateur. Dans ta prière, contemple le visage de Dieu en Jésus-Christ, et en Jésus-Christ crucifié. Tu sauras alors regarder avec amour tout visage humain, même ceux qui sont les plus défigurés. Car le Christ, unique sauveur du monde, a tout transfiguré dans la lumière de sa Résurrection !

Charles de Foucauld, né un 15 septembre, comme aujourd’hui, en 1858, a écrit : « Ce dont le Christ nous délivre absolument, c’est de la peur. » Il nous en délivre parce qu’en lui, dans son Mystère pascal, tout est déjà accompli. L’espérance, chers amis, n’est pas un simple espoir des choses futures, elle est une façon de regarder, de recevoir et de vivre le temps présent. Christ est ressuscité : tel est le fin mot de l’histoire. Et déjà, malgré les souffrances et les tribulations, la puissance de sa Résurrection est à l’œuvre dans notre monde. Chrétiens, nous avons reçu mission d’en être les témoins, avec la force de l’Esprit Saint. N’ayons donc pas peur, frères et sœurs : le Seigneur lui-même veille sur la barque de notre Église, surtout quand il y a de la tempête ou que les vents sont contraires ! Soyons-en sûrs : rien ne pourra nous séparer de l’amour du Christ ! Méditons donc sans relâche la Parole de Dieu, gardons les yeux fixés sur la Croix du Christ, le cœur tendu vers le Mystère pascal, l’oreille attentive aux appels des plus pauvres, les mains ouvertes pour engager avec tous, au nom de Dieu, un dialogue de salut et d’amitié.

Et puis, ne craignons pas que l’Église soit minoritaire : elle le sera toujours, comme le sel qui donne du goût, le levain qui fait gonfler la pâte, ou la lampe placée sur le lampadaire. Ce que nous devons craindre, en revanche, c’est que l’Église devienne fade ou triste, éteinte ou repliée sur elle-même, tour à tour fiévreuse, peureuse ou frileuse. Ce que nous devons craindre, c’est qu’elle ne sache plus coopérer avec l’Esprit Saint, qui est présent partout et qui souffle où il veut. Je compte sur vous, jeunes de Marseille, je compte sur votre flair évangélique pour défricher de nouveaux chemins pour la mission et faire rayonner la joie de l’Évangile.

Et que du haut de nos collines, à Marseille, à La Ciotat, à Allauch, à La Galline et ailleurs, la Vierge Marie, si étroitement liée à la joie, à la douleur et à la gloire de son Fils, veille chaque jour sur nous et sur tous les habitants de notre diocèse.

Amen !

+ Jean-Marc Aveline
Archevêque de Marseille

Dernière mise à jour : Mardi 29 octobre 2019