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Homélie de la messe de Pentecôte à Notre Dame de la Garde

C’était il y a cent-cinquante ans, le samedi 4 juin 1864. Ce jour-là, le nouveau sanctuaire de Notre-Dame de la Garde était consacré par le cardinal Villecourt, entouré de quarante-et-un évêques et d’une foule immense.

Le lendemain, une grande procession était organisée dans toute la ville, avec le faste et l’ampleur qu’on imagine ! Quinze ans s’étaient écoulés depuis qu’en 1849, les Administrateurs de Notre-Dame de la Garde, poussés par le P. Bernard, Oblat de Marie Immaculée et aumônier de la chapelle de la Garde, avaient commencé à élaborer le projet d’un sanctuaire plus grand que la petite chapelle jusque-là incluse dans le fort. Quinze années difficiles, parsemées de multiples embûches dont on ne vint à bout que grâce à la générosité immense des Marseillais, attachés depuis des siècles à ce haut-lieu de prière sur la colline, grâce aussi au soutien constant de Mgr Eugène de Mazenod, le grand évêque bâtisseur de notre diocèse, et grâce aussi, il faut bien le reconnaître, à la visite à Notre-Dame de la Garde, le 9 septembre 1860, de l’Empereur Napoléon III et de l’Impératrice, ce qui devait ensuite faciliter un peu les choses !
Mgr de Mazenod étant décédé le 21 mai 1861, c’est son successeur, Mgr Cruice, qui organisa toutes les festivités de la consécration, même si sa santé, déjà précaire, ne lui permit pas de tout présider. Et il restait encore beaucoup à faire : le clocher n’était pas terminé, le pont-levis et les escaliers extérieurs n’étaient pas construits, le maître-autel était provisoire, les dallages et les mosaïques n’étaient pas posés… Mais les pèlerins affluaient et le sanctuaire, à partir de là, ne cessa de s’embellir et de se développer jusqu’à prendre l’allure que nous lui connaissons aujourd’hui.

Cinquante ans plus tard, le jeudi 4 juin 1914, l’anniversaire de la consécration fut marqué par une messe célébrée par l’évêque à 7h30 du matin dans la basilique. Certes, il fallait rendre grâces pour le rayonnement de Notre-Dame de la Garde et pour l’achèvement, en cinquante ans, d’un grand nombre de travaux. Mais la loi de 1905 était passée par là et les tensions entre l’Église et l’État, de plus en plus exacerbées, donnèrent à cet anniversaire un goût de nostalgie et de regret, la laïcité anticléricale ayant beaucoup réduit l’ampleur des grandes processions d’antan ! Et ces querelles d’influence et de pouvoir entre l’Église catholique et l’État français prenaient d’autant plus d’importance que l’on ne savait pas, en ce début juin 1914, que la France et l’Europe allaient bientôt basculer dans la folie meurtrière de la Grande Guerre et que Notre-Dame de la Garde allait une fois de plus devenir le refuge et l’espérance du peuple de Marseille, toutes opinions confondues.

Cinquante ans plus tard, le dimanche 7 juin 1964, on fêta les cent ans de la consécration du sanctuaire. L’évêque, Mgr Lallier, avait pour la circonstance invité le Nonce apostolique, Mgr Bertoli, grand ami de Jean XXIII, le bon Pape Jean décédé un an plus tôt. On se trouvait alors en plein concile Vatican II, dont la constitution sur la liturgie venait d’entrer en application. « Il m’est agréable aujourd’hui, déclara le Nonce, après tant de personnages illustres, après vos rois et vos évêques, de venir moi-même une fois de plus, en modeste pèlerin, aux pieds de Notre-Dame, pour la prier pour la France et pour Marseille, et lui demander de nous aider à comprendre et à mettre en pratique la leçon qu’elle semble donner ici à ses enfants. »

Une double leçon, expliquait le Nonce, dans un passage qui n’a, à mes yeux, rien perdu de son actualité. D’abord une leçon d’intériorité : « Les agitations de notre époque, les multiples tâches toujours plus absorbantes, la complexité de l’existence nous font trop souvent perdre de vue, malgré nous, la primauté du spirituel. » Puis une leçon de confiance : « Quand sur cette colline, disait-il, je contemple la basilique élevée par la foi et la piété de vos ancêtres, à côté d’un fortin, d’une citadelle destinée à la protection de la ville, je vois Notre-Dame de la Garde, chargée d’abord par ses fils de les protéger dans leurs expéditions maritimes ; tous ces ex-votos, ces tableaux, ces offrandes naïves, sont bien la preuve de la confiance que l’on a placée en Marie. »
Oui chers amis, cinquante ans plus tard, en ce 8 juin 2014 qui, heureuse coïncidence, est aussi la fête de Pentecôte, la double leçon évoquée par le Nonce est toujours d’actualité. Nous savons bien que ce lieu, propice au recueillement et au silence, ce lieu où nous montons chaque fois que quelque chose d’important se passe dans nos vies, ce lieu nous invite à l’intériorité et à la prière, à l’école de Marie qui « méditait en son cœur » les événements de sa vie depuis que l’Esprit Saint l’avait prise sous son ombre. Et nous savons aussi que, élevée sur la colline et dominant les flots, cette basilique inspire à chacun la confiance dont il a besoin pour bâtir sa vie sur le roc qu’est le Christ, ce Christ que Marie présente sans cesse aux regards des citadins et des marins, pour qu’en eux l’Esprit Saint les tourne vers le Père.

Vous le savez comme moi : l’attachement des Marseillais à la Vierge de la Garde ne s’est jamais démenti et leur générosité, comme au temps des premières souscriptions, est demeurée intacte lorsqu’il s’est agi de réparer les usures du temps et d’adpater, comme on est en train de le faire, les structures d’accueil aux besoins d’aujourd’hui. Ce matin, c’est donc une grande action de grâces qui monte de nos cœurs en cette eucharistie. Héritiers d’une longue histoire où la foi de nos pères a devancé la nôtre, nous avons un devoir de mémoire et il est bon qu’aujourd’hui, nous célébrions cet anniversaire avec grande joie et reconnaissance. Mais nous ne sommes pas qu’héritiers : appelés à témoigner de notre foi dans le monde d’aujourd’hui, nous sommes comme ces disciples auxquels Jésus a dit en leur donnant l’Esprit : « comme le Père m’a envoyé, moi aussi, je vous envoie ! » Et il nous suffit de monter de temps en temps sur cette colline pour nous rendre compte que malgré des différences de cultures et de langages, l’Esprit de Pentecôte donne à chacun de pouvoir proclamer dans sa langue les merveilles de Dieu.
Prions donc l’Esprit Saint pour que grandissent, chez tous ceux qui passent dans ce sanctuaire, l’intériorité et la confiance.

Qu’en tournant nos regards vers la Vierge Marie, nous apprenions tous la force intérieure de la prière et la confiance inébranlable en la bonté de Dieu.
Notre-Dame de la Garde, priez pour nous et pour tous vos enfants !
Amen !

Dernière mise à jour : Mercredi 11 juin 2014