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Homélie de la messe de Requiem pour Xavier Leturcq

Messe de Requiem pour Xavier Leturcq
Basilique du Sacré-Cœur, 16 octobre 2020

« Ne craignez pas ceux qui tuent le corps. […] [Et même si cinq moineaux ne valent pas plus que deux sous] pas un seul [de ces moineaux] n’est oublié au regard de Dieu. […] Soyez sans crainte : vous valez plus qu’une multitude de moineaux. »
Tout le chapitre XII de l’Évangile selon saint Luc, dont nous venons d’entendre les premiers versets, est consacré à la question du salut. Et tout au long de ce chapitre, Jésus multiplie pour ses disciples et pour la foule les encouragements à ne pas avoir peur. Les difficultés viendront, les persécutions aussi, dès lors qu’ils proclameront sur les toits la Bonne Nouvelle du salut. Qu’ils sachent alors mettre toute leur confiance en Dieu : c’est lui seul qu’il faut craindre, et non pas ceux qui ont du pouvoir sur les corps mais ne peuvent nous voler ni la liberté intérieure, ni l’espérance du salut. «  Quand on vous traînera devant les synagogues, les autorités et les magistrats, ne cherchez pas avec inquiétude comment vous défendre : le Saint-Esprit lui-même vous l’enseignera à l’heure même où vous en aurez besoin. » Et encore un peu plus loin, toujours dans le même chapitre, il dit : « Ne soyez pas inquiets pour votre vie, sur ce que vous mangerez, ni pour votre corps, sur ce que vous revêtirez. Car la vie est plus que la nourriture et le corps que le vêtement. Regardez les oiseaux du ciel : Dieu les nourrit ! Et vous valez bien plus que des oiseaux ; […] Regardez les lis des champs : Dieu les habille somptueusement. Si Dieu revêt ainsi dans les champs de l’herbe qui est aujourd’hui et qui demain sera jetée au feu, à combien plus forte raison vous, hommes de peu de foi ! Ne soyez pas anxieux ! Votre Père sait ce dont vous avez besoin.  » Et toujours dans ce chapitre : «  Ne crains pas, petit troupeau ; car il a plu à votre Père de vous donner le Royaume. Vendez ce que vous avez ; faites-vous un trésor inépuisable au ciel ; car là où est ton trésor, là aussi sera ton cœur. »
En relisant tout ce chapitre hier soir, je ne pouvais m’empêcher de penser à la façon dont Xavier, humblement et tout simplement, avait cherché à le mettre en pratique tout au long de sa vie et spécialement au cours de ces derniers mois. Les témoignages que nous avons entendus au début de notre célébration, tous ceux qui sont parvenus à la Direction diocésaine de l’enseignement catholique ces derniers jours, et tous ceux, plus nombreux encore, dont nous n’avons pas connaissance, montrent à quel point il nous a marqués, à quel point son comportement quotidien puis sa façon d’affronter la maladie ont révélé à nos yeux quelque chose de ce Dieu en qui il avait placé toute sa confiance. Je me souviens d’une phrase que Charles de Foucauld avait cueillie sur la bouche de son accompagnateur spirituel, l’abbé Huvelin, et qu’il voulait s’appliquer à lui-même : «  Je voudrais être assez bon pour que vous disiez : si tel est le serviteur, comment donc est le maître ?  »
Merci Xavier d’avoir été tellement bon avec nous que nous soyons nombreux ce matin à nous interroger : comment donc est ce Jésus en qui tu avais foi ? Et quand je repense à ces moments de prière avec toi, sans ostentation hypocrite, mais dans la simplicité de l’affection des tiens, autour de ton lit, je recueille en mon cœur la force inouïe de la prière et la profonde dignité de l’humain, que ce soit dans le tourment de la solitude de chacun ou dans la beauté des liens qui nous unissent, nous qui sommes Fratelli tutti depuis que le Verbe s’est fait frère !
Permettez-moi de noter encore une chose dans ce si riche chapitre XII de saint Luc. C’est que le Christ, qui multiplie les encouragements pour que ses disciples n’aient pas peur, avoue lui-même sa propre inquiétude, au verset 50 : « je dois recevoir un baptême, et combien je suis angoissé jusqu’à ce qu’il soit accompli ! » Jésus ne donne pas des leçons du haut d’une chaire, sans traverser lui-même le chemin parfois pierreux et escarpé de la vie, sans s’exposer à l’incompréhension, à l’hypocrisie, à la malveillance, sans connaître lui aussi les larmes et les angoisses qui marquent inévitablement toute vie humaine. Xavier savait bien que son Seigneur, pour nous révéler la plénitude de la divinité, avait choisi de venir faire avec nous l’expérience concrète de la vie. Xavier savait bien que ce Jésus n’avait cessé de se faire des amis avec la miséricorde du Père, lui qui était venu appeler « non pas les justes mais les pécheurs, non pas les bien-portants, mais les malades  ». Et cela inspirait son comportement : l’amour de la vérité, le respect de la parole donnée, la prise au sérieux de chacun, quelle que soit sa fonction, le désir de faire partager à tout l’équipage la responsabilité qui était la sienne, tout en tenant le gouvernail et en fixant le cap, avec droiture mais sans raideur, avec fermeté mais non pas sans douceur, avec sérieux mais non pas sans humour ! On comprend que ce matin nous nous interrogions : si tel fut le serviteur, comment donc est le maître ?
Chers amis de l’enseignement catholique, il faudrait que toutes les familles qui entrent en lien avec nous, qui nous font confiance en nous confiant leurs enfants, puissent elles aussi s’interroger : si telle est leur pédagogie, si tel est leur respect des différences, si telle est leur capacité à croire en chaque enfant, si tel est le sérieux avec lequel ils prennent soin de chaque situation, si telles sont leur bonté, leur patience et leur bienveillance à l’égard de tous, qui donc est leur Dieu ? Quelle est donc leur foi ? Où est le trésor dans lequel ils puisent tant d’espérance et tant de doigté pédagogique ? Ce que nous montrons de l’Évangile par la vérité de notre vie vaut souvent mieux que ce que nous en disons par des paroles en l’air, toujours menacées d’inattention, voire d’hypocrisie. Paul Simon, à propos de The Sound of Silence, cette chanson magnifique sur les difficultés que nous avons tous à communiquer entre nous, disait que les chansons ne sont pas seulement ce que disent les mots, mais ce que dit la mélodie : « je pense que si vous n’avez pas la bonne mélodie, peu importe ce que vous avez à dire, les gens ne l’entendent pas. Ils ne sont capables d’entendre que lorsque le son entre et fait en sorte que l’on s’ouvre à la pensée.  » Comme il importe, dès lors, que l’enseignement catholique sache inscrire la beauté de son message dans la mélodie de son témoignage ! Et vous savez comme moi que ce témoignage ne se limite pas au comportement personnel de chacun : il vaut aussi pour nos structures, pour la façon dont nous organisons nos établissements, pour le soin que nous prenons à la vie d’une communauté éducative et à la solidarité entre établissements, par le désir profond de fraternité, par les rêves que nous pouvons construire ensemble et qui sont si importants pour que l’humanité de demain ne se laisse pas aujourd’hui voler son espérance.
Merci Xavier de nous avoir montré ce chemin ! Merci Laurence ! Merci François, Pierre, Flora et Adam ! Je n’oublierai jamais ce temps de prière avec vous tous, ni la force de votre amour, ni le sourire de votre foi. Ce matin, comme lundi à Douai, notre affection et notre reconnaissance vous entourent. Et toi, cher Xavier, que le Christ ressuscité, en qui nous croyons avec toi, t’accueille en sa demeure et te donne de passer ton ciel à faire du bien sur la terre, plus encore que celui que tu as déjà fait et pour lequel, du fond du cœur, nous te disons un immense merci.
Amen !

+ Jean-Marc Aveline

Dernière mise à jour : Vendredi 23 octobre 2020