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Homélie lors de la messe pour le brigadier Franck Brinsolaro

Le vendredi 23 janvier, Mgr Georges Pontier a célébré, à la cathédrale, une messe pour le brigadier Franck Brinsolaro, le policier chargé de la protection du dessinateur Charb, assassiné le 7 janvier lors de l’attentat contre Charlie Hebdo.

Plus de 2500 personnes entouraient sa famille. Ses collègues policiers lui ont rendu hommage et son frère, le capitaine Philippe Brinsolaro, en poste à Marseille, a dit sa fierté d’être son frère.

Dans son homélie, Mgr Pontier a souligné que Franck Brinsolaro avait vécu cet idéal : « Trouver le sens de sa vie dans la défense de l’autre, dans le service du bonheur des autres, dans le service de la nation. »

Hommage rendu à Franck Brinsolaro à la cathédrale de la Major : Homélie de Mgr Pontier

Quand l’épreuve nous frappe, nous sommes désarçonnés et nous le sommes d’autant plus lorsque l’épreuve est subite, inattendue et qu’en plus elle est cruelle, violente, révoltante. Cela est si vrai pour vous, la famille de Franck, ses parents, son frère, son fils, son épouse, ses tout proches. Sa place dans votre vie quotidienne demeure vide. C’est vrai aussi pour vous, ses collègues policiers qui formez un corps, une famille, soudée et solidaire. Cela bouscule, cela interroge profondément.

Et voilà que nous y répondons avec nos ressources humaines et spirituelles. Nous ne voulons pas être vaincus une seconde fois. Nous voulons même opposer à la victoire fugace et illusoire de la violence, celle plus forte, plus solide de l’amitié, de la solidarité, du courage, de l’espérance. Autant de réalités que rien ni personne ne peuvent nous arracher.

Ainsi, en ce moment, ici à Marseille, en cette ville que connaissait bien Franck, où vit et travaille son frère Philippe, dont ses parents sont proches, vous avez voulu vivre ce moment de solidarité, de fraternité, de soutien, de prière, ce moment d’amitié si nécessaire pour se porter les uns les autres et redire ce qui est essentiel : « Aimez-vous les uns les autres, comme je vous ai aimés. »

Dans le corps de la police, vous savez ce qu’est le commandement. Il structure vos missions, il permet votre cohésion et assure la justesse de vos interventions. Or, le Christ emploie ce même mot quand il s’adresse à ses amis : « Voici mon commandement : aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés. Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime. » Le lieu de combat que désigne le Christ est celui de notre cœur, celui de nos relations, celui du sens de notre vie. Il nous indique la condition de la réussite : faire de sa vie un don pour les autres. Trouver le sens de sa vie dans la défense de l’autre, dans le service du bonheur des autres, dans le service de la nation pour ce qui concerne tout particulièrement votre vie professionnelle de policiers. Franck a vécu de cet idéal. Le grand rassemblement de ce fameux dimanche était de cet ordre : après l’horreur et la déstabilisation, la fraternité et la solidarité. Tout cela durera le temps où chacun voudra bien vivre de ce commandement de la fraternité. Cette devise de notre République a révélé sa profonde nécessité. Notre foi chrétienne nous en fait un commandement : vivre fièrement, réalistement et durablement comme citoyens d’une même nation qui résiste aux démons de la division, de la haine, du rejet des uns ou des autres.

Mais le Christ ne nous a pas laissé que ce commandement. Dans sa mort et sa résurrection, dans sa vie donnée pour la multitude, Il nous a révélé la fécondité d’une telle vie. Il est ressuscité, premier-né d’une multitude de frères. Si notre peine est grande, notre espérance est plus grande encore. Comme l’écrivait Paul à ses amis de Corinthe : « Si nous avons mis notre espoir dans le Christ pour cette vie seulement, nous sommes les plus à plaindre de tous les hommes. Mais non ! Le Christ est ressuscité d’entre les morts, pour être parmi les morts le premier ressuscité. » Voilà notre espérance. Nous la proclamons dans cette eucharistie, nous la proclamons en pensant à notre frère et ami Franck, nous la proclamons en pensant à chacun, à vous sa famille : oui, en Dieu, au-delà de cette vie, nous nous retrouverons. Il n’est pas le Dieu des morts, Il est le Dieu des vivants. Celui qui aime ne meurt pas. Ce qu’il a vécu demeure pour toujours. En Dieu, il trouve sa plénitude.
Que cette espérance vous anime, que le commandement de l’amour vous anime !

+ Georges Pontier
Archevêque de Marseille

Dernière mise à jour : Lundi 24 août 2015