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Homélie:messe du Voeu des Echevins 23 juin 2017

Le 1er novembre 1720, en consacrant la ville de Marseille au Sacré-Cœur de Jésus au plus fort de la peste qui se répandait, décimait et tuait, Mgr de Belsunce voulait rendre l’espoir et lutter contre les idées jansénistes qui offraient une vision de l’homme très négative et celle d’un Dieu qui sanctionne, triomphe et use de sa puissance destructrice.

Le 1er novembre 1720, en consacrant la ville de Marseille au Sacré-Cœur de Jésus au plus fort de la peste qui se répandait, décimait et tuait, Mgr de Belsunce voulait rendre l’espoir et lutter contre les idées jansénistes qui offraient une vision de l’homme très négative et celle d’un Dieu qui sanctionne, triomphe et use de sa puissance destructrice. Derrière la peste, Dieu serait présent. Il sanctionnerait la désobéissance des hommes, pensait-on trop facilement.
Il aura fallu l’incarnation du Fils bien-aimé pour que la révélation de Dieu s’affine. Le Sacré-Cœur de Jésus renvoie à l’image du Dieu qui se fait proche. Se faisant homme, Il manifeste sa compassion, sa miséricorde, sa fidélité, sa proximité. Il est Celui qui souffre avec. S’il faut Le reconnaître, ce sera sous les traits de Celui qui donne sa vie, et non pas derrière ceux de Celui qui l’enlève et fait souffrir. Mgr de Belsunce rassemblera les Marseillais pour prier à l’endroit appelé aujourd’hui cours Belsunce. Il consacrera la ville au Sacré-Cœur et les invitera à une solidarité et à une fraternité avec les victimes de la peste et la population éprouvée et apeurée.
Les racines de l’espérance chrétienne sont là : Dieu est fidèle, Il est Amour et compassion. Il fait miséricorde. Il est le Dieu de la vie. L’espérance chrétienne s’exprime encore dans la solidarité, la fraternité et des vies risquées pour les autres.
L’Apôtre Jean, dans sa première lettre, relit ce qu’il a vécu dans sa foi au Christ qu’il a côtoyé, qui l’a aimé. Il L’a vu dans sa passion, sa mort sur la croix. Puis il a approfondi sa foi en la résurrection et écrit ceci : « Puisque Dieu nous a tellement aimés, nous devons, nous aussi, nous aimer les uns les autres. Dieu, personne ne l’a jamais vu. Mais si nous nous aimons les uns les autres, Dieu demeure en nous et en nous, son amour atteint la perfection. »
La société française, et bien d’autres en Europe et ailleurs, sont en mal d’espérance, d’espoirs, en recherche de confiance. Cette longue période électorale nous a permis d’entendre cette soif de justice, de paix, de confiance et de fraternité, cette fatigue aussi dont l’abstention record peut trouver là une part de son explication. Beaucoup se sont exprimés pour proposer des chemins d’évolutions, de réformes, et souvent ils ont ajouté : c’est « au nom des valeurs qui sont les nôtres » ou bien « au nom des valeurs de la République ».
Chacun sent bien le besoin d’en appeler à plus loin qu’aux intérêts individuels ou nationaux. Chacun s’efforce de réveiller dans le cœur de ses contemporains le sens profond de la vie, celui de la conception de l’homme, celui de la valeur de la vie de l’homme, celui de l’avenir de « la maison commune », comme dit le pape François. On en appelle finalement à un sursaut des consciences, de définition du bien commun, de volonté commune de le viser et de le servir.

La lecture de l’Évangile nous rapportait une prière de Jésus adressée à son Père. Elle se terminait ainsi : « Venez à moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau, et moi, je vous procurerai le repos. Prenez sur vous mon joug, devenez mes disciples, car je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez le repos pour votre âme. Oui, mon joug est facile à porter et mon fardeau léger. » Ce joug dont parle Jésus, c’est étonnament le double commandement de l’amour, celui pour Dieu, en réponse à celui qu’Il nous porte, qui garde de la désespérance, et celui pour les hommes, qui préserve de l’enfer sur la terre, de ces pestes qui répandent la mort, l’indifférence au sort des autres, qui finalement construit une société inhumaine.
En perpétuant le souvenir de l’initiative de Mgr de Belsunce, en répétant cet acte de consécration de notre ville au Sacré-Cœur, nous redisons ensemble, dans la diversité de nos responsabilités et de nos sensibilités, notre conviction qu’on ne peut demeurer dans l’espérance et la confiance sans humblement emprunter le chemin de Celui qui a fait de sa vie un don d’amour pour ses frères. Il nous montrait le chemin de la vie et du bonheur. Il nous montrait le chemin du repos de notre âme, qui ne peut se trouver qu’en Lui et dans une vraie fraternité.

+ Georges Pontier
Archevêque de Marseille

Dernière mise à jour : Lundi 17 juillet 2017