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Homélie vingtième anniversaire de l’élévation de l’église du Sacré-Coeur au rang de basilique

"Notre basilique du Sacré-Cœur, toute centrée sur la tendresse de Dieu, nous indique la voie « royale » que doivent emprunter les disciples du Christ "

Chers frères et sœurs,

Le mot français « basilique » vient du grec, le plus souvent utilisé au point de départ comme un adjectif, « basilikos », qui vient de « basileus », qui signifie « roi », pour désigner une construction dont l’importance était telle que le peuple la disait « royale », un peu comme on dit en langage courant que quelque chose est « royale » quand on veut dire que c’est vraiment très bien. Si, après la messe, par exemple, vous allez au restaurant et que vous commandez une « pizza basilicale », on devrait vous servir une « pizza royale ». Mais méfiez-vous quand même, car vous pourriez vous retrouver avec une pizza au basilic ! Dans l’Antiquité romaine, les basiliques sont donc des lieux publics aux vastes proportions, dans lesquels on entrait pour flâner, ou bien quand il pleuvait ou que la chaleur était trop forte. Et comme il n’y avait ni bourse ni palais de justice, les basiliques étaient l’endroit familier des commerçants et des plaideurs. Il semble que le premier édifice qui porta ce nom fut celui qu’éleva Caton à Rome en 185 avant Jésus-Christ. La construction des basiliques se développa ensuite dans les premiers siècles de notre ère dans toutes les grandes villes de l’Empire romain.

Les premiers chrétiens ne semblent pas avoir eu besoin d’édifices réservés au culte. Ils se réunissaient le plus souvent chez l’un d’entre eux ou dans ce qui s’appelait, dès le début du troisième siècle au plus tard, une « domus ecclesiæ », une maisons d’église. Ces maisons de l’assemblée n’étaient pas des « Béthel », des maisons de Dieu, des Temples, mais plutôt des maisons ordinaires, adaptées aux différents besoins du culte et des réunions de prière. Ce n’est que plus tard, et surtout après la conversion de l’empereur Constantin, dans la première moitié du quatrième siècle, que l’on commença à construire des édifices dédiés spécifiquement au culte chrétien et que l’on reprit, pour certains d’entre eux que l’on voulait plus imposants, le plan et les proportions des basiliques « civiles ». Byzance, Jérusalem et bien sûr Rome en furent très vite ornées. C’est ainsi que l’on construisit à Rome les quatre basiliques majeures, appelées aussi patriarcales, car elles étaient attribuées aux quatre patriarches : Saint-Jean de Latran, attribué au pape comme patriarche d’Occident ; Saint-Pierre du Vatican, attribuée au patriarche de Constantinople (qui à l’époque n’était pas séparé de l’Église romaine) ; Saint-Paul-hors-les-murs, au patriarche d’Alexandrie ; et Sainte-Marie-Majeure au patriarche d’Antioche. Et quand le patriarcat de Jérusalem fut reconnu, la basilique de Saint-Laurent-hors-les-murs lui fut attribuée. On ajouta ensuite dans la ville de Rome deux autres basiliques, Sainte-Croix-de-Jérusalem et Saint Sébastien, et l’on avait ainsi sept basiliques que bien plus tard, saint Philippe Néri eut l’idée de réunir dans le fameux pèlerinage du « Giro », afin que tous les pèlerins venant à Rome puissent s’imprégner de ce glorieux passé.

À Marseille, nous n’en avons pas sept, mais quatre : La Major, Saint-Victor, Notre-Dame-de-la-Garde et la petite dernière, la Basilique du Sacré-Cœur, érigée il y a tout juste vingt ans, le 17 septembre 1997, à l’époque où Mgr Bernard Panafieu était notre archevêque. Outre son architecture et ses proportions qui se prêtaient à une telle fonction basilicale, il y a deux raisons pour lesquelles cette église, dont nous avons fêté hier le soixante-dixième anniversaire de la consécration par Mgr Delay le lundi 5 mai 1947, pouvait être élevée au rang de basilique et, de ce fait, dépasser les frontières du territoire paroissial. La première raison, c’est l’importance dans notre diocèse du culte du Sacré-Cœur, depuis que Mgr de Belsunce, à l’instigation d’une humble religieuse visitandine, la vénérable Anne-Madeleine Rémuzat, avait consacré la ville et le diocèse au Sacré-Cœur de Jésus, au moment de la grande peste de 1720 ; la seconde raison, c’est la volonté du peuple de Marseille de disposer d’un mémorial pour tous les défunts des deux guerres mondiales du XXe siècle.
Cette basilique rappelle ainsi à l’Église qui est à Marseille son devoir de solidarité avec ceux qui souffrent dans leur chair, que ce soit à cause de la maladie ou à cause de la violence. Tout au long de son histoire, l’Église de Marseille a cherché à répondre à ces défis de la charité. Je pense à l’abbé Fouque, dont nous espérons célébrer bientôt la béatification. Je pense au travail de tant et tant de petites communautés chrétiennes dans les quartiers les plus défavorisés. Dans une domus ecclesiæ comme celle-ci, rien n’est trop beau pour magnifier Dieu, ni les imposantes colonnes de granit rose, ni la belle mosaïque de l’abside, ni même les nouveaux vitraux de l’oratoire, bénis hier par notre archevêque Mgr Pontier. Rien n’est trop beau pour exprimer la gloire de Dieu, mais puisque cette gloire de Dieu, comme disait saint Irénée, c’est l’homme debout, il faut aussi que la domus ecclesiæ soit un lieu d’où jaillissent de multiples initiatives de solidarité envers les pauvres, de fraternité envers les exclus, d’inventivité inépuisable au service de la charité. C’est là ta mission, paroisse du Sacré-Cœur ! Le saint pape Jean Paul II l’affirmait dans son exhortation sur la vocation et la mission des laïcs (Christi fideles) :

Nous devons tous redécouvrir dans la foi le vrai visage de la paroisse, c’est-à-dire le mystère même de l’Église présente et agissante en elle. Si parfois elle n’est pas riche de personnes et de moyens, si même elle est parfois dispersée sur des territoires immenses ou indiscernable au milieu de quartiers modernes populeux et confus, la paroisse n’est pas en premier lieu une structure, un territoire, un édifice. C’est avant tout « la famille de Dieu, fraternité qui n’a qu’une âme ». C’est une maison de famille, fraternelle et accueillante ; c’est la communauté des fidèles… C’est une communauté eucharistique.

Rappelez-vous le début de l’Évangile de Jean. C’était au bord du Jourdain. Il y avait là Jean-Baptiste et deux de ses disciples, André et un autre. Jésus vient vers Jean et celui-ci le désigne comme l’Agneau de Dieu. Alors, les deux disciples de Jean se mettent à suivre Jésus, espérant peut-être, comme leur père Jacob, trouver le « Béthel » de sa demeure. Celui-ci se retourne et leur dit : « que cherchez-vous ? » Ils lui répondent : « Maître, où demeures-tu ? » « Venez et vous verrez », leur dit-il. Et voilà comment tout a commencé, car dès le lendemain, André est allé chercher Simon son frère et Philippe. Puis celui-ci est allé chercher Nathanaël, et ainsi de suite : le feu de l’Évangile était désormais allumé pour ne plus jamais s’éteindre. Et peu à peu, en le suivant de village en village, ceux qui avaient au début demandé à Jésus : « où demeures-tu ? », ont compris qu’il n’avait pas de maison à lui, ni même de pierre où reposer sa tête, et qu’on ne pourrait d’ailleurs jamais l’enfermer dans une maison, car sa demeure à lui, son « Béthel », c’était une relation, celle qu’il entretient dans la prière avec son Père.
Et voici qu’aujourd’hui, au chapitre sixième de ce même Évangile de Jean, Jésus invite ses disciples à entrer encore plus profondément dans ce grand mystère de la foi. « Qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi et moi en lui », leur dit-il. « Tout comme le Père, qui est vivant, m’a envoyé, et que moi je vis par le Père, ainsi celui qui me mange vivra lui aussi par moi. » Devant ses interlocuteurs interloqués, voire indignés (« comment cet homme-là peut-il donner sa chair à manger ? », un peu comme Nicodème avait demandé : « comment serait-il possible à l’homme, pour renaître, de retourner dans le sein maternel ? »), Jésus est en train de révéler ce qui est l’originalité la plus fondamentale du christianisme. Jusque-là, on avait compris que sa demeure, c’est-à-dire le lieu de sa vie, le lieu d’où procède sa vie, c’était la relation qu’il entretient avec son Père (le Père et moi, nous sommes uns. Le Père est en moi et je suis dans le Père [10, 38]) et l’on désignera plus tard cette relation comme une relation trinitaire, car c’est dans l’Esprit que le Père et le Fils sont un. Mais là, Jésus ajoute que lui, le Fils, est envoyé dans le monde pour instituer entre lui et nous les croyants une relation analogue. Sa demeure, il veut aussi la faire chez nous. « Je me tiens à la porte et je frappe. Si tu m’ouvres ton cœur, je ferai chez toi ma demeure » (Ap 3, 20). « Comme je vis par le Père, le croyant, lui aussi, vivra par moi. » Voilà pourquoi nous confessons que le Christ Jésus est le médiateur d’une alliance nouvelle, qui ne renie pas la première alliance, célébrée par Jacob à Béthel, mais la déploie et la renouvelle. Voilà pourquoi nous confessons que Dieu, en son Fils, a pris chair de notre chair afin que nous, par son Fils et dans l’Esprit, ayons part à sa divinité. Nous le redirons tout à l’heure : « comme cette eau se mêle au vin pour le sacrement de l’alliance, puissions-nous avoir part à la divinité de celui qui a pris notre humanité. » Voilà pourquoi l’Église, à chaque fois qu’elle célèbre l’eucharistie, est appelée à devenir la demeure de Dieu parmi les hommes. Et voilà pourquoi notre basilique du Sacré-Cœur, toute centrée sur la tendresse de Dieu, nous indique la voie « royale » que doivent emprunter les disciples du Christ et que nous a rappelée la lettre de saint Pierre entendue tout à l’heure :

En obéissant à la vérité, vous avez purifié vos âmes pour vous aimer sincèrement comme des frères ; aussi, d’un cœur pur, aimez-vous intensément les uns les autres, car Dieu vous a fait renaître, non pas d’une semence périssable, mais d’une semence impérissable : sa parole vivante qui demeure.
Demandons au Seigneur, frères et sœurs, de nous aider à mettre en pratique cette exhortation de l’Apôtre, afin que cette basilique ne soit pas seulement un beau bâtiment, mais qu’elle soit de jour en jour habitée et embellie par la prière de ceux et celles qui viennent y écouter la Parole et partager le corps et le sang du Seigneur, afin que, ouverte à tous et au service de tous, elle soit le signe de la tendresse du cœur de Dieu, « la fontaine du village à laquelle tout le monde vient étancher sa soif », comme aimait à le dire le saint pape Jean XXIII.
Amen !

+ Jean-Marc Aveline
Evêque auxiliaire

Dernière mise à jour : Lundi 18 septembre 2017