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Les livres du mois, par Jean-Luc Ragonneau

 

IDA par Jacques Lefur

Une grande oeuvre, c’est la parfaite adéquation entre un récit, un univers et un style. C’est le cas de ce film.
Affiche IDA

Le style, c’est un noir et blanc intense, blanc de la neige, noir des forêts, gris de l’atmosphère générale.
Style qui convient pour évoquer les souvenirs de cette période terrible, l’immédiat après-guerre en Pologne. Comme dans les grandes oeuvres romanesques (de Guerre et Paix, de Tolstoï, aux Thibault, de Roger Martin du Gard), les destins singuliers des personnes sont insérés dans l’histoire universelle. Ici, nous sommes en 1962. Une orpheline, élevée dans un couvent, découvre, juste avant de prononcer ses voeux, qu’elle est de famille juive.
Aidée par une tante si différente d’elle, haut magistrat dans l’appareil stalinien de l’époque, elle part à la recherche de ses parents, tués comme juifs dans une forêt avant la fin de la guerre. Wanda, la tante, qui semble d’abord hautaine et enfermée en elle-même, a envoyé à la potence tant d’« ennemis du peuple » , a été en réalité brisée par un drame personnel plus bouleversant encore, la perte de son fils.

Admirable de sobriété et de retenue, laissant entrevoir par un cadrage très précis comment ses personnages sont ballottés par l’Histoire, le film offre donc une réflexion dans de multiples directions : quelle est l’âme de la Pologne, si souvent enfouie dans l’oubli ?

Comment trouver un sens à sa vie dans un monde si cruel, à quelles valeurs se raccrocher ? Ida, qui paraît pâlotte au début, va s’affronter à toutes ces questions, stimulée par sa tante. Elle prend le temps de découvrir le monde, de goûter un bref instant aux plaisirs de la musique, de la danse, de la séduction, de l’amour.

Mais, crânement, tout bien pesé, elle remet son voile de religieuse et reprend le chemin du couvent. Dans un univers si dur, il faut s’attacher aux valeurs les plus solides. Un grand message, que, depuis Bresson, on n’a pas si souvent entendu au cinéma.

Film polonais de Pawel Pawlikowski
avec Agata Trzebuchowska, Agata Kulesza,
Dawid Ogrodnik et Jerzy Trela (1 h 20).

Dernière mise à jour : Samedi 1 mars 2014