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"Il y eut un jour, il y eut une nuit" : l’aveugle né

Dieu crée l’homme avec de la boue et l’homme n’a cesse de s’y replonger.
Le Christ vient récréer l’homme et l’humanité n’a de cesse de vouloir s’en défendre.

Avec de la boue tirée de sa salive, Jésus remet l’aveugle sur le chemin de la lumière.
A lui d’aller à la piscine et ses yeux verront…
Et il y va. Et il vit. Et il revit.

Il y eut un jour, il y eut une nuit. Dieu vit que cela était bon.

Mais les gardiens de la Loi ne s’arrêtent pas à ce détail.
L’aveugle voit… mais c’est un jour de Sabbat…
La vie a percé vers la Lumière mais la Loi n’a pas été respectée.
Alors on soupçonne, alors on murmure.
Ce n’est pas l’homme qu’il faut défendre, mais la règle, l’ordre.
D’ailleurs s’il était malade, s’il était dans une telle situation, c’est bien qu’il l’avait cherché.
Quelque part, dans son histoire, il avait dû fauter, faire quelque chose…
On le sait bien, il n’y pas de fumée sans feu…

Aujourd’hui, nous savons que le Sabbat est fait pour l’homme et non l’homme pour le sabbat.
Aujourd’hui, nous savons que ce qui importe c’est que le Christ redonne vie
et non l’observance d’un temps fixé par la Loi.

Nous le savons, mais, nous aussi, nous continuons à soupçonner, à murmurer.

Aujourd’hui, nous savons que ce n’est pas le péché qui a rendu cet homme aveugle.
Aujourd’hui, nous savons qu’un accident, qu’un décès soudain n’est pas
le signe d’une faute.

Nous le savons, mais nous continuons à soupçonner, à murmurer.
« C’est malheureux ce qui lui est arrivé, mais tout de même, rappelez-vous… »
« Quelle tristesse, mais quand on pense à la façon dont… »
« Il n’y pas de fumée sans feu… »

Notre salive, à nous, remet l’homme dans la boue.

Notre salive l’y traine à coup de petites remarques, de petites incises dans nos phrases où, décidément,on ne nous enlèvera pas l’idée que si c’est homme est aveugle…c’est qu’il avait péché.

Jusqu’à ce qu’un jour, ce soit à nous que le Christ propose d’aller à la piscine…
Salive contre salive…
Le chemin à parcourir, la plongée soudaine et là, la lumière…
Plus de murmure, plus de soupçon, mais le jour soudain là qui révèle ce
qu’était notre nuit.
Et notre salive ne sera plus que pour dire la merveille de la création ressuscitée.

Pascal Sevez s.j

Dernière mise à jour : Jeudi 23 mars 2017