L’Esprit Saint et les micocouliers

La semaine dernière, par une de ces journées annonciatrices de l’été, je descendais le cours Pierre-Puget, à l’ombre bienvenue des grands micocouliers. J’allais rencontrer des jeunes se préparant à recevoir le sacrement de la confirmation.

Je venais de lire leurs lettres, parfois si touchantes de confiance et de sincérité ! Nombreux sont ceux qui font déjà l’expérience de la gravité de la vie, ballotés par des situations familiales chaotiques ou portant sur leurs frêles épaules des soucis qui ternissent trop tôt la joyeuse insouciance de l’enfance. Mais l’Esprit Saint, qui ne cesse d’embraser les nations, vient également sur cette génération !
Oui : « Viens Esprit Saint sur cette génération », fredonnais-je en descendant, car elle a hâte de coopérer avec toi pour préparer l’avènement du Royaume !

Et je repensais à la Jérusalem du matin de Pentecôte, lorsqu’à l’ombre des micocouliers de la montagne de Sion bruissaient tous les dialectes de la terre. Interrompant les conversations matinales, un bruit venu du ciel en coup de vent entra dans la maison où se trouvaient les disciples et se partagea en langues de feu. Jusque-là calfeutrés dans le silence du Cénacle, ils se mirent à raconter les merveilles de Dieu dans la langue maternelle de chaque auditeur. Et à partir de cette étincelle, malgré les embûches et les persécutions, le feu de l’Évangile se propagea aux quatre coins du monde, embrasant les nations ! Ainsi est née l’Église, au gré d’une coopération incessante entre le souffle imprévisible de l’Esprit et la créativité missionnaire des disciples du Christ, juifs et païens assemblés en Église par ce même Esprit.

Pour chaque génération, c’est la même aventure missionnaire qui continue, à condition que les envoyés laissent l’Esprit agir en eux et avec eux, au risque d’être surpris, devancés, réorientés par Lui, ainsi que nous l’a rappelé, tout au long du Temps pascal, la lecture du livre des Actes des apôtres. Ceux qui sont aujourd’hui étudiants, jeunes professionnels ou à la recherche d’un premier emploi ne manquent ni de créativité, ni de disponibilité à coopérer avec l’Esprit Saint, comme en témoignent les différents groupes qui, dans notre diocèse, préparent activement leurs réponses aux questionnaires proposés par le pape François en vue du Synode d’octobre 2018. Ils savent combien le monde a soif de sens et de vérité, de dialogue et de fraternité. Malgré leurs doutes et leurs fragilités, ils sont à l’affût d’une parole qui leur fasse confiance et les envoie, une parole proche et simple, exigeante et bienveillante à la fois, comme ce fut jadis le cas pour David.
À deux reprises en effet, la Bible raconte que David, tout juste sacré roi par les anciens d’Israël à Hébron, dut faire face à l’assaut de l’armée des Philistins. Dans la candeur confiante de sa jeunesse, il prit directement conseil auprès du Seigneur. Pour le premier assaut, celui-ci lui recommanda d’attaquer le premier et de face. Mais la seconde fois, il demanda à David d’aller se poster par derrière et d’attendre : « Quand tu entendras un bruit de pas dans les cimes des micocouliers, alors tu te dépêcheras, car le Seigneur sortira devant toi » (II Sa 5, 24 et I Ch 14, 15).

Alors, cet été, s’il vous arrive de flâner sous les micocouliers du boulevard Baille ou du cours Belsunce, du Prado, de l’Estaque ou d’ailleurs, n’oubliez pas de tendre l’oreille ! Débranchez les « écouteurs » qui vous coupent de la vie du monde ! Brisez les « chaînes » d’information continue qui tentent de vous asservir ! Apprenez à discerner l’ombre portée de l’invisible sur les contours des choses familières. Car le souffle de l’Esprit n’est jamais éloigné des préoccupations ordinaires de nos vies. Mais s’il appelle et envoie, c’est avec la discrétion d’un bruissement de pas à la cime des micocouliers !

+ Jean-Marc Aveline
Evêque auxiliaire de Marseille

Dernière mise à jour : Lundi 17 juillet 2017