L’abbé Fouque, le téméraire de la charité

« Ce prêtre est un volcan ». Cette image du cardinal Panafieu résume bien la personnalité et la vie de l’abbé Fouque, le « saint Vincent de Paul marseillais », qui sera béatifié le 30 septembre prochain à la cathédrale.

Dans un contexte difficile, pour la société et pour l’Église, il fut attentif à toutes les détresses et fonda des œuvres d’assistance dont certaines existent encore aujourd’hui.

Né à Marseille en 1851, à l’actuel boulevard de la Libération, dans une famille de portefaix, Jean-Baptiste Fouque est formé par le Père Timon-David à l’École du Sacré-Cœur. Il gardera pour cet éducateur hors pair « un culte d’affectueuse vénération, car s’il y eut dans ma vie sacerdotale un peu d’élan et quelque bien, après Dieu, c’est à lui que je le dois. »
Jean-Baptiste décide de devenir prêtre, mais il lui faudra vaincre l’opposition de sa mère. Il sera ordonné par Mgr Place le 10 juin 1876. Le lendemain, il célèbre sa première messe dans la chapelle de l’Œuvre Timon-David, assisté par son « bien-aimé Père ».

Le début des fondations
Vicaire à Sainte-Marguerite pendant quinze mois, l’abbé Fouque s’occupe des enfants du patronage… ce qui trouble quelque peu la sérénité du presbytère et oblige le jeune prêtre à déménager pour s’installer dans la « maison des vicaires », sur la place de l’église, où il est à la disposition de toutes les personnes qui l’appellent.
En 1877, c’est le départ pour Auriol, où il restera huit ans. Confesseur, visiteur de malades, travailleur intrépide, formateur spirituel des jeunes qu’il oriente vers le culte de l’Eucharistie, éveilleur de vocations, on raconte qu’il préconisait pour les jeunes filles « ou le mariage, ou le couvent ». Trente-quatre d’entre elles prirent le voile durant son ministère à Auriol. Le jour où il quitta la paroisse, les jeunes gens, soulagés, s’écrièrent : « Aro, pourren si marida ! » (Maintenant, nous pourrons nous marier !)… À Auriol, l’abbé Fouque fonde un Cercle où l’on jouera musique et théâtre et un ouvroir pour les plus pauvres.
En juillet 1885, il est nommé vicaire à La Major. Dans le quartier pauvre du Panier, il poursuit sa mission auprès du « petit peuple », en particulier des pêcheurs à propos desquels il dit parfois : « Je crois que je le tiens, qu’il est dans la nasse »… A cette époque, il met en place une première maison d’accueil pour jeunes filles, rue de la République.
Nouvelle affectation en 1888 : il devient vicaire à la paroisse de la Palud. Il y restera trente-huit ans ! Dans ce quartier du centre de Marseille, l’abbé Fouque attire une foule de pénitents. Dans ses prédications, il invite ses auditeurs à ne pas se décourager face aux difficultés : « Dieu qui nous a créés sans nous, qui veut nous sauver, ne fera rien sans nous. » Lui-même, face aux épreuves qui ne manqueront pas, trouvera sa force dans l’Eucharistie : tous ceux qui l’ont approché en ont été frappés.
Le couloir de l’église de la Sainte-Trinité, où l’attendaient sur un banc ceux qui venaient solliciter une aide ou un conseil du vicaire, était surnommé « l’omnibus de la misère ».

Un bon Samaritain
L’œuvre d’assistance aux jeunes filles, commencée rue de la République, se développe. La Sainte-Famille est confiée, en 1896, à la congrégation des religieuses de la Présentation de Tours. Le but de cette œuvre est de « préserver les jeunes filles appartenant au monde du travail des dangers auxquels les expose l’isolement et de leur fournir à des prix modiques les moyens de subsistance. » A partir de cette fondation, l’abbé Fouque crée, dans différents quartiers, ouvroirs, patronages, garderies, crèches, dispensaire, maison de repos pour jeunes filles malades, maison pour orphelines…
L’Abbé se préoccupe du sort des enfants abandonnés : il crée l’œuvre de L’Enfance délaissée, qui emménagera, en 1894, dans la propriété des Saints-Anges-Gardiens à Sainte-Anne. L’Œuvre des Saints-Anges, prise en mains par les Filles de la Charité, grandit rapidement, malgré les difficultés, mais… « tout est possible à qui a la foi » !
Dans le prolongement des Saints-Anges, la « maison de relèvement » pour jeunes délinquants de Saint-Tronc, et, plus tard, l’œuvre de L’Enfance anormale de Montfavet verront le jour.
Sensible à toutes les détresses, l’abbé Fouque souhaite assurer une protection aux domestiques et aux jeunes filles de condition très modeste. Il y parviendra en 1901, avec l’ouverture d’une maison d’accueil de La Protection de la Jeune Fille. Pour la financer, il recueille des dons, organise des souscriptions. Entrepreneur infatigable, il crée un restaurant féminin, une école maternelle… En 1904, il confie aux religieuses de la Présentation de Tours cette « maison d’hospitalité temporaire qui procure à ses membres un moyen précieux de faire oublier un passé quelquefois orageux et de préparer l’avenir … »

L’inauguration de l’hôpital Saint-Joseph
En 1905, le foyer de La Protection de la Jeune Fille s’installe dans un ancien couvent au Prado. L’Abbé y ajoute un orphelinat et une maison de retraite pour dames âgées.
Les religieuses étant bannies des hôpitaux publics, il songe à fonder dans ces locaux un hôpital catholique. Mais il doit faire face à une double opposition : celle de l’État anticlérical… et celle de son évêque, Mgr Fabre, qui a son propre projet.
Pendant la guerre de 14-18, l’abbé Fouque ouvre les portes du Prado aux blessés et, en 1917, les Américains réquisitionnent l’ensemble des locaux pour y installer un hôpital destiné à leurs troupes. Les œuvres doivent déménager. Après bien des péripéties, et toujours avec l’aide de la Providence… et l’accord de l’évêque…, l’Abbé va réussir son entreprise. L’hôpital Saint-Joseph est inauguré en 1921. Dans ce lieu où l’on assure soins médicaux et aide spirituelle, les malades pauvres sont reçus gratuitement, et le financement est assuré par les « fondateurs de lits ».

La mort du « père des pauvres »
L’Abbé n’aimait pas les honneurs. Il deviendra pourtant chanoine honoraire de la cathédrale… et il vendra l’hermine de son camail pour financer ses œuvres ! Il sera fait chevalier de la Légion d’honneur pour « son activité au service de la charité ». Comme l’a dit un de ses paroissiens : « De capelan coum’aco, n’en foudrié touti lei dès mètre ! » (Des prêtres comme celui-là, il en faudrait tous les dix mètres !)…
Quand le « père des pauvres » meurt, le 5 décembre 1926, l’émotion est grande. Sa réputation dépassant les frontières marseillaises, Henry Bordeaux écrit, dans L’Echo de Paris : « Un saint vient de mourir. »
Une foule l’accompagne en procession de la chapelle de l’hôpital Saint-Joseph à l’église de la Palud, puis au cimetière. Il sera inhumé quelques jours plus tard dans la chapelle des Saints-Anges, en présence de tous les enfants chers à son cœur, « les petits Fouque ».
Le souvenir de ce prêtre si populaire ne s’est pas éteint. Son œuvre demeure grâce à toutes les personnes dont il avait sollicité la collaboration généreuse.

La fécondité d’une œuvre
Dans le centre-ville, proches de l’église de la Sainte-Trinité, l’Abbé Fouque a créé des écoles (Perrin-Sainte-Trinité et le Cours Saint-Thomas d’Aquin), des foyers pour recevoir étudiantes et jeunes travailleuses de tous milieux (Les Amies du Foyer et La Résidence Marengo).

L’Association Fouque (anciennement Jean-Baptiste Fouque pour l’Aide à l’Enfance) regroupe de nombreux établissements qui prennent en charge des enfants ayant des difficultés sociales ou présentant des troubles de caractère et de comportement. Ce sont notamment des Maisons d’enfants à caractère social : Les Saints-Anges, le Centre Jean-Baptiste Fouque, le Foyer Concorde et Le Centre de Rochefonds, deux établissements pour enfants souffrant de troubles associés - l’IMP Les Écureuils et l’IME Saint-Ange à Montfavet-, et un centre spécialisé pour enfants polyhandicapés, l’Espace Galatéa. Des établissements dont l’ensemble des intervenants maintient l’esprit du fondateur, partageant la conviction qu’aucune situation d’échec n’est irrémédiable.
À Auriol, où une statue de l’Abbé a été inaugurée en décembre 2011, le Cercle, la Musique et le Théâtre créés par lui se portent bien, tandis que la maison de retraite de La Salette-Montval s’est agrandie au fil des ans et a été rénovée récemment, disposant maintenant de 175 lits.

La Fondation Hôpital Saint-Joseph regroupe aujourd’hui le premier hôpital privé de France, et la Maison de soins de suite Fernande Berger, qui comptent près de 800 lits, la clinique psychiatrique pour femmes Sainte-Marthe-Saint-Joseph, Saint-Joseph-AFOR en vue de la réinsertion familiale, sociale et professionnelle de femmes seules ou avec des enfants en bas âge, l’IFSI Saint-Jacques pour la formation d’aides-soignantes et d’infirmières, et Saint-Joseph Seniors, qui regroupe six maisons de retraite-EHPAD .
« Saint-Jo » s’agrandit et, veut, comme toutes les œuvres de l’abbé Fouque, conserver vivant l’esprit de son fondateur. L’Abbé y a veillé jusqu’à aujourd’hui : depuis le 29 avril 1993, il repose au cœur de « son » hôpital, tout près de la chapelle Saint-Joseph. A l’occasion de sa béatification, sa dépouille va être transportée dans l’église de la Sainte Trinité où il fut vicaire les trente-huit dernières années de sa vie.

Dominique Paquier-Galliard

« Les difficultés ne doivent pas nous abattre, mais être abattues. »
Jean-Baptiste Fouque

À l’occasion de l’ouverture du procès de canonisation de l’abbé Fouque, en 2004, Mgr Bernard Ardura, aujourd’hui président du Comité pontifical des sciences historiques, lui a consacré une biographie passionnante. Il souligne que ce « téméraire de la charité », alliant dans son ministère bonté et énergie, était « avant tout et totalement prêtre ». La banque à laquelle cet entrepreneur recourait toujours était la Divine Providence… Et sa foi obtenait des miracles ! Le livre dresse un portrait vivant de ce bon Samaritain marseillais.

  • « L’abbé Fouque. Un téméraire de la charité » de Bernard Ardura. Éd. Jeanne Laffitte. 240 p.
    En vente à la Librairie Saint-Paul.

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Dernière mise à jour : Mardi 29 mai 2018