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La Chandeleur, la tradition, par Christophe Ferrero

FETE DE LA PURIFICATION DE LA VIERGE ET DE LA PRESENTATION DU SEIGNEUR

Depuis Moïse, il est une obligation légale de racheter tout premier-né à Dieu, en versant cinq siècles d’argent aux prêtres du Temple et en remettant un agneau ou, pour les plus humbles, deux tourterelles, au 40ème jour suivant la naissance. Un rituel lustral concernait par ailleurs la jeune mère 7 jours après la naissance.

Après la Nativité, Marie sacrifie pour obéir à la Loi. Elle amène son enfant au Temple où il est reconnu par Siméon et la prophétesse Anne comme le Messie annoncé. L’Eglise a rapproché les deux en associant présentation au Temple et purification de Marie à une même date, insistant sur la divinité de l’enfant comme sur la divine maternité de la Vierge . Le double événement est commémoré dès le IVe s., dans une fête inscrite au calendrier sous le nom d’hypapantè. En 381-384, une procession en glorifie le souvenir à Jérusalem. L’affluence signalée par Egérie aurait influencé les esprits de l’époque, et parmi eux, le jeune roumain Jean Cassien, moine depuis peu à Bethléem.

Dès le Ve siècle, dévotion à Marie, Mère de Dieu toujours vierge
Les écrits composés au soir de sa vie à Marseille en rapportent des réminiscences. Son Traité sur l’incarnation du Christ proclame que Marie, mère de Jésus, est aussi Mère de Dieu et il choisit de consacrer à la Vierge « Theotokos » la basilique que l’évêque lui a confiée. Néanmoins, à cette époque, aucune célébration en l’honneur de la Vierge n’est recensée au 2 février à Marseille ; seul un vocable symptomatique de Mère de Dieu toujours vierge marque la rive sud du Lacydon. Le concile d’Ephèse, les sermons du pape Léon Ier et, au VIIe s., l’inscription au calendrier de l’Eglise romaine de la fête de la Purification de Marie le 2 février, intronisent cette fête. La communauté monastique marseillaise est certainement influencée par cette synergie, puisque, malgré des siècles exsangues de références, les chartes des VIIIe-XIIe s. usent toujours du vocable sanctae Mariae Dei genitricis semperque virginis pour désigner le monastère de Victor. Un autel lui est dédié dans l’abbatiale restaurée et les dons lui sont faits jusque fort tard.

Après le XIIe siècle, célébration de la chandeleur
Par bulle pontificale du 13 juillet 1195, Célestin III crée une confrérie de Notre-Dame de Confession. De grande notoriété, ses membres bénéficie de pouvoir assister aux offices même en cas d’interdit. Aumône et assistance président à leurs charges. Le produit des quêtes qu’ils organisent début janvier ou au lendemain de la clôture de l’octave de la Chandeleur va aux croyants indigents. A la Chandeleur, depuis le 1er mars 1583, les confrères remettent aussi des cierges de cire verte aux pèlerins. Ces chandelles symboliseraient le Christ (la cire son corps pur, la mèche son âme illuminant les ténèbres, la flamme sa divinité). Elles évoqueraient aussi, à l’instar des flambeaux qui brûlaient à Jérusalem au Ve s., cette « lumière [destinée à] éclairer les nations » que personnifie le Sauveur (« Cantique de Siméon »). Leur couleur insigne, depuis le Moyen-Age, confirmerait ce privilège accordé à Marie d’avoir pu concevoir et enfanter sans perdre sa virginité. Brûlant devant une statue dont la facture remonterait au tournant des XIIIe-XIVe s., ces cierges reconnaissent l’actuelle vierge de Confession comme trône du Roi de gloire qui porte en majesté le Christ sur ses genoux. Le bois de noyer lui a donné, au fil du temps, une teinte sombre, malgré sa polychromie sophistiquée.

Légendes et folklore marseillais
Les calendriers liturgiques de Saint-Victor recensent une célébration de la Chandeleur depuis au moins le XIVe s. Mais une tradition populaire s’est emparée de la fête. Les cierges verts, par capacité mystique, écarteraient les forces du mal au moment du trépas. Ils auraient une vertu protectrice lors d’événements climatiques exceptionnels, tels les orages, au même titre que la Vierge de Confession était renommée pour contrarier sécheresse ou pluies diluviennes. Les deniers, petites monnaies à l’origine, sont remplacés par des jetons de cuivre frappés des lettres A et M entrelacées, initiales des premiers mots de la prière « Ave Maria ». Pour les pèlerins qui venaient de loin, ces jetons étaient des sauf-conduits leur permettant d’être secourus sur leur chemin. Il n’en fallut pas plus pour les concevoir comme d’authentiques porte-bonheur. Enfin, des petits pains bénits et navettes étaient fabriqués pour soutenir les pèlerins à jeun. Seule la tradition des navettes a survécu, devenant un apanage gastronomique. Elle remonte à la fondation du Four qui les produit, depuis 1781, sur le modèle de la barque sans rame qui conduisit en Provence la famille de Béthanie. On leur prête des vertus protectrices, peut-être liées à leur conservation prolongée...

Christophe FERRERO, historien associé CIHAM, Lyon 2-Lumière.

Dernière mise à jour : Mercredi 25 janvier 2017