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La crèche et les santons

LES SANTONS

Les petits personnages de terre appartiennent à l’histoire des hommes de ce pays, à celle de leurs familles. Et chaque génération, à son tour, réécrit son histoire qui, du XIIIe siècle à nos jours, associe la Provence à la légende. Pour les uns, le santon est témoin de la chrétienté. Pour d’autres, il raconte la résistance populaire aux interdictions des messes de minuit sous la révolution de 1789.

Il y a aussi ceux pour qui les santons ont permis de proposer au plus grand nombre la réplique des crèches luxueuses réservées jusqu’alors aux seigneurs. Il y a encore les historiens de la culture provençale décrivant les santons comme fidèle reproduction des personnages des pastorales du XIXe siècle. Mais pour tous, le santon est d’abord marseillais. Il doit tout à ses créateurs et à la ferveur populaire. Son histoire se prolongera tant que les hommes nourriront cette passion de mettre en scène des personnages intemporels et mythiques (symbole du rêve et du mystère), mais aussi des personnages ancrés dans la réalité (symbole de la vie quotidienne).

Quelques repères

XIIIe siècle : Première mise en scène d’une crèche vivante par Saint François d’Assise au cours d’une messe dans la forêt des Abruzzes (Italie - 1224).
XVIIe siècle : Un capucin de Marseille, bon sculpteur, copie les personnages de la crèche de son couvent en petite dimension à l’usage du peuple.
XIXe siècle : Apparition des premiers maîtres santonniers de Provence. Ils empruntent leurs personnages à la vie quotidienne.
1803 : A Marseille, capitale santonnière, la 1ère Foire aux Santons & aux Crèches a lieu sur le Cours Belsunce
1808 : 1ère vente de santons sur le cours Saint-Louis
1853 : Foire aux santons boulevard du Muy
1883 : La foire s’installe aux allées Meilhan
Depuis 1897 : La foire est annuelle. De nos jours elle se tient toujours en décembre, sur la Canebière.
XXIe siècle : 2003 : 200ème édition de la Foire

L’origine des santons
Comme le dit Claude Carbonnel :
"Cela ne peut se faire qu’en Provence, il y a de la magie ici...
Tout d’abord il faut se lever de bon matin, mettre 1/4 de talent (ou plus si vous le voulez de qualité).
Prendre ensuite un petit 3/4 de terre de Provence à préférer à tutes autres qui n’ont pas le bon goût.
Rajouter si l’on veut quelques cailoux hachés menu.
Et habiller le tout avec un bon 1/4 de tisus et diverses petites choses dont j’ai le secret.
Laisser mijoter longuement chez nous, en Provence, avec beaucoup d’amour et de savoir-faire...
Ainsi vous aurez vous aussi, peut-être, créé un véritable Santon habillé provençal.
Mais si vous avez la flemme, ce qui est naturel....
Laissez moi le faire. C’est mon métier."

Et plus particulièrement "Le Ravi"
Après Jésus, Marie et Joseph, le santon le plus important de la crèche c’est le ravi..

Explication du "Ravi" par le Père Pierre Gérard

Chaque année, au moment de Noël, la plupart des églises de notre diocèse exposent des crèches. Des crèches sont également installées dans les foyers. La foire aux santons se tient au cœur de Marseille depuis 1803. L’on reprend aussi les représentations de la pastorale, ce théâtre de Noël qui est de tradition en Provence, mais a son équivalent ailleurs, en Pologne ou au Brésil par exemple.

La plus ancienne crèche connue a été sculptée en 1289 par Arnolfo di Cambio pour la basilique Sainte-Marie Majeure de Rome, qui possède les reliques de la « vraie crèche ». Mais il s’agit d’une « crèche stable », établie en permanence dans une église.

La crèche, faite d’une réunion de petites figurines mobiles exposées pour le temps de Noël, est apparue vers 1560 dans des cours princières d’Italie et des églises d’Europe centrale. Elle a constitué initialement le support d’une dévotion très exigeante, réservée à une élite sociale et dévote.

La spiritualité de l’Incarnation et de l’Enfance du Christ avait été développée au Moyen Âge par saint Bernard de Clairvaux, par saint François d’Assise et les ordres mendiants, et par les moniales mystiques de la Rhénanie et des Flandres. Elle atteint un rayonnement exceptionnel après le concile de Trente (1545-1563), grâce en particulier à la Compagnie de Jésus, au Carmel réformé de sainte Thérèse d’Avila et saint Jean de la Croix et à l’Oratoire de France du cardinal de Bérulle. A Marseille, elle apparaît vers 1653 chez les Oratoriens, dans la chapelle aujourd’hui disparue de la Famille du Saint Enfant Jésus. Cette association de laïcs sous direction oratorienne était inspirée du modèle proposé par une carmélite de Beaune, Marguerite du Saint-Sacrement. Les Provençaux lui doivent la « quarantaine de Noël », qui était le temps fort de ses exercices pieux. Ce long temps festif entre Noël et la Chandeleur a permis l’élaboration de vastes crèches et rendu rentable la mise en scène de la pastorale, alors que la plupart des autres régions de France ne connaissent que le « cycle des douze jours », entre Noël et les Rois. Les Oratoriens ont aussi composé Les litanies du Saint Enfant Jésus, qui sont restées, en Provence, la prière spécifique récitée dans les églises et les maisons devant la crèche jusqu’au second Empire.

La crèche s’est diffusée aux XVIIe-XVIIIe siècles à travers la Provence grâce à des confréries paroissiales qui achetaient et entretenaient les figurines. Des religieuses cloîtrées, en particulier des carmélites, ont confectionné de petites crèches dans des boîtes vitrées, oeuvres de patience qu’elles offraient à leurs bienfaiteurs ou leurs familiers.

Le "santon" a été mis au point à Marseille à la fin de la Révolution, vers 1797, par Jean-Louis Lagnel (1764-1822), un Marseillais obscur, qui se dit "sculpteur" dans les actes d’état civil et était sans doute mouleur de statuettes. Il a amorcé une importante production de "santons" en argile moulée et peinte, très nettement destinée, à partir du Concordat de 1801, à des crèches. Ces figurines semblent avoir remporté un rapide succès dans le retour au calendrier religieux qui marque le Consulat et l’Empire, au point que la foire de Noël marseillaise est progressivement devenue la "foire aux santons".

A la différence de la crèche napolitaine, qui appartient à la culture de l’élite aristocratique, la provençale est dite parfois "populaire" parce qu’elle ne relève pas d’un art académique, celui de la sculpture sur bois.

Le santon est fondé sur le principe de la multiplication à l’identique d’une figurine par moulage. La baisse du prix de revient qui en découle a permis à la fois une assez large diffusion sociale, qui est nette dès le second Empire, et la constitution par des particuliers d’amples crèches.

Vers 1916, un prêtre marseillais, l’abbé César Sumien (1858-1934), a réalisé la synthèse des santons d’argile et des grandes figurines habillées des crèches d’église. Il a créé le "santon habillé", mannequin à la tête et aux extrémités des membres moulées en argile cuite, auquel une armature en fil de fer permet de donner des attitudes expressives. Les santons ont connu une large diffusion dans la seconde moitié du XXe siècle ; leur fabrication est devenue un métier à plein temps, celui de santonnier.

Deux grands types de crèches existent

La plupart des régions catholiques n’ont longtemps connu que celle qui s’en tient au récit évangélique et donc à quelques personnages en costume "antique". La crèche a pu parfois prendre un aspect caractéristique, aisément reconnaissable, comme celles de Pologne en forme de hautes églises, ou celles du Pérou en mastic (mie de pain modelée). La crèche a aussi autorisé la représentation, à travers la foule des porteurs de présents, de divers états sociaux, voire d’un paysage et d’une société en un lieu et un temps donnés. C’est le cas de celles de quelques centres urbains importants, qui ont permis la mise au point des modèles et leur diffusion : Innsbruck, Munich, Naples, Gênes, Rome, Marseille, Barcelone, Mexico. Par le pouvoir d’évocation des costumes "traditionnels" de leurs figurines, par leurs décors, de telles crèches revêtent alors un aspect identitaire pour les populations des régions où elles sont créées. C’est le cas de la Provence, où les santons ont été mis en scène par Antoine Maurel, (1815-1897), pionnier de la mutualité marseillaise, dans sa célèbre pastorale, jouée pour la première fois pour la Noël 1842-1843, toujours reprise depuis, qui a fait naître un véritable genre littéraire en provençal.

Aucun autre passage de l’Évangile n’a bénéficié d’un imaginaire aussi obstinément enraciné dans un lieu et un temps que celui de la Nativité. Par l’intermédiaire des crèches, le Christ renaît chaque année dans des foyers qui ne sont pas tous ceux de fidèles fervents. La crèche est l’un des objets religieux les plus largement répandus chez les non-pratiquants. La construction et l’exposition momentanée de la crèche marquent de façon particulière les intérieurs - depuis longtemps l’on se visite entre voisins en Provence pour voir celle réalisée par chacun. Au XIXe siècle, la crèche a tendu à glisser du monde des adultes à celui des enfants, parce que ces derniers devenaient alors les rois des fêtes de fin d’année et surtout parce que la crèche domestique est un élément important de l’initiation chrétienne en famille. Initiation à la prière, à la sagesse aussi, dont les progrès incertains sont matérialisés par l’avancée ou le recul de figurines auxquelles l’enfant s’identifie. La crèche provençale est enfin le symbole de la persistance des traditions familiales à travers les générations, un lien entre les vivants et les ancêtres - dont les santons et la pastorale font fugitivement revivre le costume et la langue. Il est des familles dont la crèche incorpore des santons et des éléments de décor provenant de parents disparus, commémorés par des inscriptions sous les socles.

La crèche constitue enfin un des aspects les plus intéressants du renouvellement actuel de l’art sacré. Assez timides en France où elles restent cantonnées au travail des cloîtres, les recherches plasticiennes inspirées par les formes de l’art contemporain ont produit des oeuvres remarquables en Italie. Ailleurs dans le monde, des artistes-artisans ont su adapter l’image de la Nativité à leurs traditions locales en des réalisations de belle venue.

Les crèches des églises du diocèse constituent un des éléments les plus rares et les plus précieux de notre patrimoine. Nombre de responsables paroissiaux en sont convaincus, qui avec l’aide de fidèles composent chaque année avec amour leur crèche, ont su la protéger du vol et de la malveillance et l’intègrent pleinement dans leur liturgie de Noël et leur pastorale. D’autres semblent plus réservés à l’égard du mélange du sacré et du profane constitutif de la crèche provençale. Ce décor éphémère, où revit chaque année la "grando nouvelo" et où redeviennent présentes des silhouettes familières du passé, est pourtant à sa manière chargé de sens, d’espoir et de foi.

Régis Bertrand Professeur à l’Université de Provence

Neuf artisans santonniers d’Aubagne, pour les mille ans d’Aubagne ont créé en 2005 "La crèche du Millénaire". Une crèche en argile cuite, d’un stye actuel, composée de 11 sujets bibliques, assortis d’un décor symbolisant le Garlaban.

En 2011 un nouveau santon de Provence est né :
Saint Ignace de Loyola … ou la naissance d’un santon de Provence
Messe des santonniers 17 novembre 2013

Dernière mise à jour : Mardi 26 novembre 2013