Accueil > Diocèse > L’évêque auxiliaire : Mgr Jean-Marc Aveline > Paroles de notre Evêque auxiliaire > La goutte d’eau et les vocations : Edito de décembre 2016

La goutte d’eau et les vocations : Edito de décembre 2016

Le mystère de la naissance du Christ éclaire celui de la vocation de l’Église et de toute vocation dans l’Église.

C’était vers la fin du mois d’août. Je descendais de Notre-Dame-des-Neiges, une belle abbaye cistercienne située sur les hauts plateaux ardéchois, aux confins de la Lozère. La route, fort sinueuse, atteint rapidement le village de Saint-Laurent-les-Bains. En contrebas coule la Borne, pressée de mêler ses eaux à celles de l’Ardèche qui les conduira jusqu’au Rhône. Mais il n’y a pas que la Borne qui coule dans ce village. Figurez-vous que sur la place, une fontaine offre aux passants une eau venue tout droit des entrailles de la terre et qui sort à la température de 53°C !

À côté de la fontaine, un panneau informe le visiteur que cette eau jaillit ici après un circuit souterrain de plus de dix-sept mille ans ! Dix-sept mille ans… Ce qui signifie, me disais-je, que cette goutte d’eau qui ruisselle encore sur mon bras est tombée d’un nuage sur un pâturage de Lozère avant même que les troupeaux d’Abraham n’aient quitté ceux de la Chaldée ! Et le bien que cette eau va faire à mon corps s’est préparé pendant des millénaires à travers un étonnant circuit de descentes et de remontées dans les entrailles de la Terre…

De retour à Marseille, j’eus tôt fait de passer des lenteurs de la nature aux urgences de la rentrée ! Mais l’étonnante histoire de cette eau millénaire ne m’a pas quitté. Et en ce début d’Avent, une méditation de Teilhard de Chardin sur la longue préparation du mystère de l’Incarnation m’est revenue en mémoire :

« Les prodigieuses durées qui précèdent le premier Noël ne sont pas vides de Lui, mais pénétrées de son influx puissant. […] Il ne fallait rien moins que les labeurs effrayants et anonymes de l’homme primitif, et la longue beauté égyptienne, et l’attente inquiète d’Israël, et le parfum lentement distillé des mystiques orientales, et la sagesse cent fois raffinée des Grecs pour que, sur la tige de Jessé et de l’Humanité, la Fleur pût éclore. Toutes ces préparations étaient cosmiquement, biologiquement, nécessaires pour que le Christ prît pied sur la scène humaine. »

Il fallait juste qu’une goutte d’eau, le « oui » de Marie, fît déborder le vase en surabondance de grâce. Il fallait juste que la Parole, longtemps enfouie dans l’humus de l’histoire, fît germer dans le vase d’argile d’une liberté humaine le désir de croire en la Promesse de Dieu. « Que tout se passe pour moi selon ta Parole ! »

Le mystère de la naissance du Christ éclaire celui de la vocation de l’Église et de toute vocation dans l’Église. Car même s’il s’agit toujours d’une réponse libre à un appel personnel, toute vocation est un événement ecclésial. La grâce qui, à un moment, permet à quelqu’un de dire « oui » est un peu comme la goutte d’eau des plateaux ardéchois : elle est le fruit d’une longue histoire d’alliance et de fidélité, filtrée par la foi de générations d’hommes et de femmes au travers desquels, mystérieusement, agit l’Esprit. Toute vocation a pour terreau la foi d’un peuple.

C’est la raison pour laquelle nous sommes tous concernés par le travail de l’Esprit Saint qui, aujourd’hui autant qu’autrefois, cherche à faire éclore des vocations dans notre diocèse. Ce travail de l’Esprit a besoin de notre accueil, de notre prière, de notre foi en la promesse. Laissons l’Esprit donner à l’Église les vocations dont le monde a ou aura besoin. Elles peuvent nous surprendre, mais lui seul connaît le long tempo de la grâce et le moment de sa fécondité. Il y a cent ans, le 1er décembre 1916, Charles de Foucauld, qui vécut à l’abbaye de Notre-Dame-des-Neiges, mourait assassiné au cœur du Sahara. Qui aurait dit alors que son sang, s’infiltrant à son tour dans l’épaisseur des sables, allait devenir une semence spirituelle pour notre temps ? « Mon Père, je m’abandonne à toi, fais de moi ce qu’il te plaira. »

Garde-nous tout petits devant ta face, Seigneur, et disponibles comme une eau…

Joyeux Noël à tous !

+ Jean-Marc Aveline
Évêque auxiliaire de Marseille

Dernière mise à jour : Mardi 17 janvier 2017