La journée du malade

Le P. Jean-Luc Ragonneau s,j présente la journée du malade dans l’Eglise à Marseille de février

La Journée mondiale du malade

« La communauté chrétienne a toujours manifesté une attention particulière aux malades et au monde de la souffrance dans ses nombreuses manifestations. En fidélité à cette longue tradition, l’Église universelle se prépare à célébrer, dans un esprit de service renouvelé, la première Journée mondiale du malade, occasion toute particulière pour susciter en nous une attitude d’écoute, de réflexion et d’engagement effectif, face au mystère profond de la douleur et de la maladie. Cette Journée, qui se célébrera chaque année, à partir de février prochain, en la fête de Notre-Dame de Lourdes, se propose d’être pour tous les croyants un temps fort de prière, de partage, d’offrande de la souffrance pour le bien de l’Église, et une invitation à tous à reconnaître dans le visage du frère souffrant le visage du Christ qui, par sa souffrance, sa mort et sa résurrection, a opéré le salut de l’humanité. »
Message de Jean-Paul II le 21 octobre 1992 pour la première Journée mondiale du malade

Le choix de la date, le 11 février, fête de Notre-Dame-de-Lourdes, dit un des buts : que la personne malade ou handicapée occupe « sa » place dans la société et dans l’Église et que, pour les croyants, ce soit « un appel à lire cette situation nouvelle et douloureuse [la maladie] dans une optique qui est propre à la foi » (ibidem, 3), car « ce n’est que dans le Christ, Verbe incarné, Rédempteur de l’homme et vainqueur de la mort, qu’il est possible de trouver la réponse satisfaisante à des questions aussi fondamentales ». Un autre but est de mobiliser tous les hommes de bonne volonté.

C’est pourquoi, chaque année, Jean-Paul II et ses successeurs, Benoît XVI et François, les ont interpellés pour que les malades, qui « se sentent très rapidement mis à part de la vie des bien-portants », expérimentent des liens de solidarité et se sentent des personnes écoutées et reconnues, non pas du fait de ce qu’ils portent (leur maladie), mais avec ce qu’ils sont (des personnes riches de différences), d’où l’insistance dans les messages : « Bien que cette Journée ait un sens tout particulier pour les chrétiens, il n’est pas nécessaire d’avoir des convictions religieuses pour apporter son aide et sa compassion à des personnes souffrantes, un petit geste suffit ! »

Un Dieu avec l’homme

Benoît XVI, pour la Journée de 2011, invitait à faire de « cette circonstance une occasion propice pour réfléchir sur le mystère de la souffrance », car, poursuivait-il, en citant Jean-Paul II, « la mesure de l’humanité se détermine essentiellement dans son rapport à la souffrance et à celui qui souffre. Cela vaut pour chacun comme pour la société. Une société qui ne réussit pas à accepter les souffrants et qui n’est pas capable de contribuer, par la compassion, à faire en sorte que la souffrance soit partagée et portée aussi intérieurement est une société cruelle et inhumaine » (Lettre encycl. Spe salvi 38).

La souffrance est une réalité que nous côtoyons et dont les visages sont multiples. Sur la Croix, le Christ souffre, Dieu épouse notre souffrance, mais ce n’est pas elle qui nous sauve : « Ce qui nous a sauvés, ce n’est pas la souffrance du Christ, mais la foi, l’espérance et l’amour que le Christ a gardés au cœur de ses souffrances » (Xavier Thévenot, La Croix, 19 octobre 1996). La Croix se révèle comme « l’unique et absolue réponse chrétienne à la souffrance ». Dieu, parce qu’il aime « jusqu’au bout » (cf. Jean 13, 1) se fait homme jusque-là, et l’homme peut être visage de Dieu même là : manifester un Dieu qui n’est pas au-dessus de l’homme, au-delà de lui, loin de lui, mais avec l’homme. « À l’homme qui souffre, Dieu ne donne pas un raisonnement qui explique tout, mais il offre sa réponse sous la forme d’une présence qui accompagne, d’une histoire de bien qui s’unit à chaque histoire de souffrance pour ouvrir en elle une trouée de lumière. Dans le Christ, Dieu a voulu partager avec nous cette route et nous offrir son regard pour y voir la lumière. Le Christ est celui qui, ayant supporté la souffrance, "est l’origine de notre foi et la porte à sa perfection" [Hébreux 12, 2] (François, Lumen fidei 57). La souffrance n’est pas à rechercher pour devenir saint ; elle est le chemin qui survient dans une existence, où l’homme est appelé à partager l’impuissance et la faiblesse de Dieu, l’échec apparent de la Croix qui, traversé, manifeste la gloire promise.

La vocation maternelle de l’Église

En novembre 2017, François a publié le Message pour la prochaine Journée mondiale du malade. Il a retenu comme thème les paroles que Jésus sur la Croix adresse à sa Mère et au disciple qui se tient près d’elle (chacun d’entre nous ?) : « Voici ton fils … Voici ta mère. Dès cette heure-là, le disciple l’accueillit chez lui » (Jean 19, 26-27). Il commente : « Ces paroles du Seigneur éclairent profondément le mystère de la Croix. Celle-ci ne représente pas une tragédie sans espérance, mais elle est le lieu où Jésus manifeste sa gloire et laisse ses dernières volontés d’amour, qui deviennent les règles constitutives de la communauté chrétienne et de la vie de chaque disciple » (n. 1).

François désigne ainsi la vocation maternelle de Marie pour mieux souligner que cette vocation à prendre soin de ses enfants est celle de toute l’Église : « Toute la communauté des disciples est impliquée dans la vocation maternelle de Marie. » S’inspirant de ce dont il est le témoin, le disciple est invité à continuer la mission du Fils : manifester la miséricorde et le pardon, et faire connaître « la vie abondante du Royaume » dont les guérisons physiques relatées dans les évangiles sont des signes. Bonne nouvelle qui est adressée à tous : « L’Évangile du Royaume doit être annoncé à tous, et la charité des chrétiens doit s’adresser à tous ceux qui sont dans le besoin, simplement parce que ces personnes sont des enfants de Dieu. » Le Pape rappelle comment l’Église a assumé au cours des siècles cette « vocation maternelle », parfois au prix de la vie de ceux qui intervenaient (récemment, des frères de Saint-Jean-de-Dieu lors de l’épidémie du virus Ebola, en Sierra Leone).

Respecter la personne du malade

Cet héritage, dans lequel la charité a été créative pour le service des malades, l’Église est aujourd’hui incitée à le faire fructifier : « Cet héritage du passé aide à bien projeter l’avenir. Par exemple, à préserver les hôpitaux catholiques du risque de l’entreprenariat qui, dans le monde entier, cherche à faire entrer la protection de la santé dans le contexte du marché, finissant ainsi par écarter les pauvres. L’intelligence d’organisation et la charité exigent plutôt que la personne du malade soit respectée dans sa dignité et toujours maintenue au centre du processus de soin. » S’engager auprès des personnes malades ou des handicapées, et de leurs familles, c’est participer à la mission ecclésiale. Il termine en confiant « tous les malades dans leur corps et leur esprit » à Marie et en lui demandant d’intercéder pour obtenir pour l’Église (donc chacun d’entre nous) « une grâce spéciale pour pouvoir être à la hauteur de son service évangélique du soin des malades ».
A chacun de trouver comment, non seulement le 11 février, mais aussi les autres jours, vivre cette « vocation maternelle » pour prendre soin de tous, mais en premier lieu de ceux qui en ont le plus besoin.

Jean-Luc Ragonneau, sj

Commentaires

▪ « La maladie est un apprentissage de la pauvreté. On se retrouve démuni et paradoxalement, cela peut ouvrir un chemin de croissance qui a le goût des Béatitudes. Car le malade est un pauvre qui, dans sa simplicité, va pouvoir accueillir avec beaucoup de gratitude ce qui lui est offert. C’est là que se joue l’expérience spirituelle, tellement forte et existentielle, qui éprouve la foi du croyant parce qu’elle l’accule à la vérité : seul, je suis perdu, mais je suis sauvé si j’accepte l’amour que les autres et que Dieu me témoignent. Beaucoup de personnes malades, croyantes ou non, vivent cette transformation intérieure, ce que j’appelle une opération de vérité. La maladie décape, dénude. Les chrétiens qui vont vivre cela avec le Christ peuvent approfondir le mystère. Mais il faut conserver une certaine délicatesse, car il n’y a pas d’automatisme, certains vont demeurer dans la révolte ou une foi un peu magique. »
P. Bruno Cazin

▪ « La dimension spirituelle y est-elle pour quelque chose ?
Anne-Dauphine Julliand : "Dieu aime tout le monde à l’identique. Moi, je mets un nom sur cet amour. Mais ce qui compte, c’est que l’aide qu’il apporte n’est pas donnée une fois pour toutes. C’est une proposition de chaque jour, un accompagnement pas à pas, dans les ténèbres, comme une lampe frontale pour illuminer un chemin sombre. Quand j’ai perdu ma fille, c’est la conscience de la force de l’amour au cœur même de la fragilité qui m’a menée à un bonheur infaillible." »

Interview dans La Croix du 6 janvier 2017

▪ Pour lire les messages
De Jean-Paul IIhttp://w2.vatican.va/content/john-p...

de Benoît XVI :http://w2.vatican.va/content/benedi...

Le message du pape pour la journée du malade

Dernière mise à jour : Lundi 5 février 2018