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La vie chrétienne, un pèlerinage !

« La mission de l’Église est animée par une spiritualité d’exode continuel. Il s’agit de "sortir de son propre confort et avoir le courage de rejoindre toutes les périphéries qui ont besoin de la lumière de l’Évangile" (Evangelii gaudium, n. 20)

La mission de l’Église stimule une attitude de pèlerinage continuel à travers les différents déserts de la vie, à travers les diverses expériences de faim et de soif de vérité et de justice. La mission de l’Église inspire une expérience d’exil continuel, pour faire percevoir à l’homme assoiffé d’infini sa condition d’exilé en chemin vers la patrie définitive, tendu entre le déjà et le pas encore du Royaume des Cieux » (François, Message pour la 91e Journée missionnaire mondiale).

Nous reconnaissons, là, un thème cher au pape François : une Église en sortie, une Église en pèlerinage vers le « lieu sacré » qu’est le frère, vers Dieu qui, en Lui, nous appelle et nous attend. Si « l’Église est missionnaire par nature » (ibidem) et donc pèlerine, la vie chrétienne de chacun est aussi « pèlerinage ».

La révélation se fait en marchant

Si nous ouvrons la Bible, nous rencontrons le croyant comme un pèlerin sur la route de l’existence. L’homme de la Bible, homme particulier comme Abraham, Moïse, Isaïe, Ezéchiel, ou « homme collectif » quand il nous est parlé du peuple, est toujours en devenir. Tout commence par un appel, Dieu s’invite dans une existence, c’est le récit des vocations. Mis en cette présence qui surgit, l’homme est invité à répondre, c’est-à-dire à choisir et donc à quitter son pays ou ses mœurs, son troupeau ou son passé, pour aller sur une route nouvelle dont le terme n’est jamais indiqué, car justement, c’est en marchant que la révélation se fait : « Quitte ton pays et pars vers la terre que je te montrerai » (Genèse 12, 1). A cet appel, la réponse - la mise en route - se dira dans l’espoir (qui deviendra espérance), la confiance, la fidélité… Le pèlerin qu’est le croyant s’aventure avec Celui qui l’appelle parce qu’il croit en Lui (et que la marche avec Lui lui fait expérimenter qu’il croît), mais aussi parce qu’il croit que Celui-là veut son bonheur, qu’Il ne le conduit pas vers un précipice mais vers un vert pâturage, une Terre promise où coulent le lait et le miel. Pour avancer ainsi, le croyant est habité par un désir : être avec ce Dieu dont il perçoit qu’Il lui donne la vie, de commencement en commencement. Le pèlerin-croyant est celui qui désire Dieu, non pas le Dieu qu’il définirait, qu’il emprisonnerait dans ses notions ou ses concepts, qu’il réduirait à son bon vouloir et à son maigre savoir, à son usage et à ses peurs, mais le Dieu inattendu, qui surprend par ce qu’Il est, par ce qu’Il demande, par les ouvertures qu’Il creuse.

Le Christ, vrai Chemin qui conduit à Dieu

Pour le chrétien, cet inattendu inouï de Dieu qui oblige à un déplacement imprévisible, c’est l’Incarnation. Dieu ne se borne pas à être la divinité extérieure à l’humanité, qu’on honore par des prières et des sacrifices multipliés, dont on attend l’aide et le soutien à coups d’offrandes et d’oblations répétées. Il se fait l’un de nous. Il invite à reconnaître, sous les traits d’un de notre humanité, « un de la Trinité », en qui le croyant peut connaître les deux autres, en qui le croyant peut découvrir la multitude humaine transfigurée. Les disciples, à la suite du maître qui les a choisis, sont appelés à modifier les images de Dieu qu’ils se fabriquaient et aussi les images des hommes : ils doivent, par exemple, apprendre à découvrir Zachée non comme un collecteur d’impôts, un véreux, un collaborateur, un homme dont il faut se méfier, mais comme « un fils d’Abraham » pour qui aussi le salut s’opère aujourd’hui. Ce déplacement, ce ne sera pas celui d’un savoir nouveau qui succéderait à un ancien et prendrait sa place, mais ce déplacement sera celui de toute une vie, et même quand le maître ressuscité, sommet du bouleversement, disparaîtra à leurs yeux, ils seront encore en chemin vers leur être de disciple, ils reliront tout ce qu’ils ont vécu avec Lui pour en faire le pain de leur quotidien et ils devront se mettre en chemin pour aller à la rencontre de tous ceux à qui le maître veut être conduit. « Jésus s’approcha d’eux et leur dit : "Allez donc, de toutes les nations faites des disciples"… » (Matthieu 28, 19). Le pèlerin croyant chrétien découvre alors que la route sur laquelle il est invité à avancer n’est autre que le Christ : « Je suis le chemin, la vérité et la vie » (Jean 14, 6). Impossible de prétendre être disciple sans être en chemin avec le Christ. Le chrétien est un cheminant qui n’a jamais fini de découvrir le chemin qu’est le Christ, et l’horizon vers lequel Il conduit. Cela fut vrai hier au commencement de l’Église, au cours de l’histoire de l’Église (cf. tous les soubresauts qui la ponctuent), et c’est vrai encore aujourd’hui. Le croyant est en chemin vers son humanisation qui l’introduit dans sa divinisation. « Le christianisme, avant d’être une morale ou une éthique, est l’évènement de l’amour, il est l’accueil de la personne de Jésus. Pour ceci, le chrétien et les communautés chrétiennes doivent avant tout regarder et faire regarder vers le Christ, vrai Chemin qui conduit à Dieu » (Benoît XVI, Catéchèse, 14 novembre 2012).

La foi invite à aller de l’avant

Ce cheminement, constitutif du chrétien, se fonde sur une promesse : le croyant se met en route parce qu’il croit en Celui qui l’appelle, mais aussi parce qu’il entend dans cet appel une promesse, celle d’être avec son maître dès à présent et donc pour toujours. « Père, je veux que là où je suis, ceux que tu m’as donnés soient eux aussi avec moi et qu’ils contemplent la gloire que tu m’as donnée » (Jean 17, 24, cf. 12, 26). La rencontre du Christ, l’accueil de sa parole, son intériorisation et sa fréquentation assidue et coutumière qui nous le font approcher, nous autorisent à mieux saisir qui nous sommes actuellement, mais aussi qui nous sommes appelés à devenir si nous mettons notre liberté, notre volonté au service du « mystère » de notre être, si nous nous engageons vraiment dans cette vie nouvelle qui s’offre à nous, même en ignorant ce qu’elle sera ! La foi se développe comme une promesse, c’est-à-dire qu’elle nous invite à aller de l’avant, à avancer toujours plus dans le don de nous-mêmes pour progresser dans la relation intime avec le Christ.

Le croyant pèlerin qui marche dans la suite du Christ traverse des zones de turbulences où le chemin se fait plus difficile, moins sûr, plus aventureux, plus pénible. C’est là que la foi comme promesse fait tenir debout et avancer - peut-être à un autre rythme, mais avancer tout de même : « La rencontre avec le Christ - le fait de se laisser saisir et guider par son amour - élargit l’horizon de l’existence et lui donne une espérance solide qui ne déçoit pas. La foi n’est pas un refuge pour ceux qui sont sans courage, mais un épanouissement de la vie. Elle fait découvrir un grand appel, la vocation à l’amour, et assure que cet amour est fiable, qu’il vaut la peine de se livrer à lui, parce que son fondement se trouve dans la fidélité de Dieu, plus forte que notre fragilité » (Lumen fidei, n. 53).

Jean-Luc Ragonneau, s.j.

Commentaires

▪ « Marcheur, il n’y a pas de chemin / le chemin se fait en marchant. / Marcheur, ce sont tes traces / le chemin, et rien de plus / […] / et en regardant en arrière / on voit la sente que jamais / on ne foulera à nouveau. » Antonio Machado

▪ « Rien ne caractérise autant notre vie religieuse que les images de Dieu fabriquées par nous. Je pense au théologien qui n’attend pas Dieu parce qu’il le possède enfermé dans une construction doctrinale […] Je pense à l’homme d’Église qui n’attend pas Dieu parce qu’il le possède enfermé dans une institution. Je pense au fidèle qui n’attend pas Dieu parce qu’il le possède enfermé dans sa propre expérience. Il n’est pas facile de supporter cette non-possession de Dieu, cette absence et cette attente […] Il n’est pas facile de prêcher Dieu à des enfants et à des païens, à des sceptiques et à des athées, et de leur expliquer en même temps que nous ne possédons pas Dieu, que nous l’attendons. Je suis convaincu que la résistance au christianisme vient pour une grande part de ce que les chrétiens, ouvertement ou non, élèvent la prétention de posséder Dieu et d’avoir perdu ainsi l’élément de l’attente… Nous sommes plus forts lorsque nous attendons que lorsque nous possédons la vérité dans la profondeur. » Paul Tillich

▪ « L’Église ne suppose jamais la foi comme un fait acquis, mais elle sait que ce don de Dieu doit être nourri et renforcé pour qu’il continue à conduire sa marche ». François, Lumen fidei, 6

Dernière mise à jour : Mercredi 20 juin 2018