Le flambeau de la joie

Il y a des sourires qui vous marquent pour la vie ! L’un d’eux fut pour moi celui de sœur Marie-Claire, du monastère des dominicaines à Saint-Maximin. J’étais désireux d’entrer au séminaire, mais je n’avais pas encore pris ma décision. La Providence, qui se lève chaque matin un quart d’heure avant nous, m’a fait pousser la porte de ce monastère un jour de juin 1977. Sœur Marie-Claire s’occupait de l’hôtellerie. Elle m’y accueillit et je me souviens encore de la bonté de ce sourire qui m’aida à entrer dans la joie simple et profonde que l’on ressent lorsqu’on choisit d’accepter de se laisser aimer par le Seigneur et de se lever pour marcher humblement à sa suite.

Il y a quelques semaines, à la fin du mois d’août, sœur Marie-Claire, entourée de la prière de ses sœurs, est entrée dans la joie de son Maître, au terme d’une longue vie tissée de prière et jalonnée d’innombrables rencontres. Car, par des dispositions providentielles dont le Seigneur a le secret, cette vie qu’elle voulait contemplative et qu’elle avait donnée à Dieu et seulement à lui, s’est trouvée, par son service à l’hôtellerie, grignotée jour après jour par toutes sortes de demandes, de confidences, de questionnements, qu’elle accueillait et confiait à la prière de sa communauté, avec fidélité et discrétion. On dit souvent qu’il y a des choses que ne savent voir que des yeux qui ont pleuré. Et comme sœur Marie-Claire savait voir beaucoup de choses, on peut deviner qu’elle aussi avait souvent pleuré… J’ai pu l’accompagner, avec sa communauté, pendant ses derniers jours. Gardant les yeux grands ouverts le plus longtemps possible, « tel un veilleur qui guette l’aurore », elle attendait patiemment que, dans sa miséricorde, le Seigneur vienne la chercher, et elle confiait aux plus jeunes, dans le silence de son cœur apaisé, le flambeau inusable de la joie de l’Évangile !

Quand vous lirez ces lignes, le Synode sur « les jeunes, la foi et le discernement vocationnel », convoqué à Rome par le pape François, viendra juste de commencer ses travaux. Dans la lettre qu’il avait envoyée aux jeunes, il y a quelques mois, pour leur annoncer la tenue de ce Synode, le Pape écrivait, citant saint Paul : « Mes frères évêques et moi-même, nous voulons devenir les "collaborateurs de votre joie" (II Co 1, 24) ». Cette joie n’est pas une exaltation passagère ni superficielle. Elle se reçoit silencieusement et grandit en nous au fur et à mesure qu’on accepte de se laisser simplifier. D’ailleurs, quand saint Paul écrivait cette Épître, la jeune Église traversait une crise très grave et l’Apôtre rappelait aux Corinthiens que le trésor de l’Évangile, nous le portons « en des vases d’argile, pour que cette extraordinaire puissance soit celle de Dieu et ne vienne pas de nous » (II Co 4, 7). C’est là le secret de la joie de l’Évangile, comme ce fut le secret du sourire de sœur Marie-Claire !

Ce Synode va durer tout le mois d’octobre et avec les jeunes du Conseil pastoral diocésain, nous avons fait le projet, que je confie à votre prière, de participer à la célébration de clôture à la basilique Saint-Pierre. Dans la tempête qui malmène aujourd’hui la barque de l’Église, gardons confiance en la puissance de l’Esprit Saint dont le feu éclaire, stimule et purifie, et qui n’appelle pas moins aujourd’hui qu’hier des ouvriers pour la moisson ! Dans la foulée du Synode, une récollection sera proposée début décembre à tous les jeunes du diocèse désireux d’avancer « sur les chemins de la sainteté », dans quelque forme de vie baptismale que ce soit. Restons attentifs au travail de l’Esprit et apprenons à coopérer avec lui. Parfois, un simple sourire buriné d’Évangile et habité de prière suffit à provoquer l’étincelle de la joie et permet à l’Esprit de faire entendre le murmure d’une voix intérieure : « Confiance ! Lève-toi ! Le Maître est là et il t’appelle » !

+ Jean-Marc Aveline
Évêque auxiliaire de Marseille

Dernière mise à jour : Jeudi 18 octobre 2018