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Le grand orgue de l’église Saint-Cannat-Les Prêcheurs

Orgue de l’église Saint Cannat-Les Précheurs : photo A.Ravix

Intégralement conservé, le majestueux buffet édifié en 1747 par le frère Jean-Esprit Isnard, dominicain, demeure l’un des plus beaux de France.

Etablis à Marseille dès le XIIIe siècle, les pères dominicains, ou frères prêcheurs, reconstruisirent un couvent à l’intérieur de la ville, après que leur premier couvent, près de la porte de Rome, ait été entièrement rasé par le connétable de Bourbon, au moment du siège de Marseille en 1524. La première pierre fut posée en 1526. Toutefois, il faudra attendre 1619 pour que l’église soit totalement achevée et consacrée. Elle demeure un témoignage tardif du style gothique provençal. La façade actuelle fut édifiée au XVIIIe siècle. Transformée en temple de la Raison en 1794, elle verra son décor intérieur détruit, à l’exception de son grand orgue.

Vestige du couvent dominicain du XVIe siècle
Elle fut réouverte au culte en 1802, devenant désormais paroisse sous le vocable de Saint-Cannat. A l’intérieur, elle renferme un grand nombre de chefs-d’œuvre, classés monuments historiques, provenant pour la plupart d’autres églises ou chapelles, tels l’imposant maître-autel, dû au sculpteur Dominique Fossaty (vers 1750 et anciennement aux Bernardines), une chaire richement sculptée par François Bernard (1694 et provenant du couvent des Minimes), ainsi qu’une série de tableaux d’époque baroque, notamment de Michel Serre, Pierre Parrocel, Pierre Bernard ou encore Jean-Baptiste Faudran.

La commande d’un grand orgue
L’église conventuelle possédait déjà un orgue depuis 1696. Mais la construction d’un grand orgue fut décidée par le chapitre le 26 juillet 1746 et confiée au frère Jean-Esprit Isnard, du couvent dominicain de Tarascon. Celui-ci avait déjà livré deux grands instruments pour la ville d’Aix-en-Provence (cathédrale et couvent des dominicains, actuelle Madeleine). Le nouvel instrument sera placé sur une tribune édifiée par l’architecte Joseph-Ignace Gérard (1711-1748) et rehaussée d’une élégante balustrade en fer forgé. Ainsi, à partir de 1747, le grand orgue domine majestueusement tout le fond de la nef, avec son magnifique buffet à dix tourelles. Les claviers sont encastrés dans le soubassement du grand corps tandis que le petit buffet, dit « de positif », se trouve dans le dos de l’organiste : on remarquera la corniche « en casquette » de sa tourelle centrale, disposition que l’on retrouvera sur l’ensemble des tourelles du célèbre instrument qu’Isnard livrera en 1774 à Saint-Maximin.

Des travaux de restauration
En 1787, des modifications sur la partie instrumentale sont réalisées par
Thomas-Laurent Borme, mais l’esprit novateur du frère Isnard est conservé, notamment la présence d’un clavier dit de « résonance », jouable tant au manuel qu’au pédalier, de même que les trompettes horizontales « en chamade ».
Ayant traversé la Révolution sans trop de dommages, l’orgue bénéficiera d’une restauration partielle en 1807 par le facteur Jacques Génoyer. Puis, en 1840, c’est à Léonard Blondeau que l’on confie des travaux de restauration.
Toutefois, en 1854, le facteur Théodore Sauer proposera une reconstruction totale qu’il réalisera en fait en 1861, en installant l’instrument dans le chœur de l’église.

Le nouvel orgue de François Mader
En 1885, à l’occasion de travaux à effectuer dans le chœur, il est décidé de replacer la partie instrumentale de l’orgue dans le grand buffet qui est resté sur la tribune à l’entrée de l’église.
C’est à François Mader, facteur d’orgues installé à Marseille, que l’on va s’adresser : ce dernier propose une reconstruction totale, réutilisant une partie de l’ancienne tuyauterie.
Ainsi, le 18 février 1886, eurent lieu l’inauguration et la bénédiction du nouvel orgue conservant le buffet d’Isnard mais comportant désormais 37 jeux répartis sur 3 claviers/pédalier, dans l’esthétique romantique de l’époque (prédominance des jeux de 8 pieds et absence de jeux de mutations : Quintes et Tierces par exemple).
En 1935, la maison Michel-Merklin et Kuhn intervient, modifiant la composition de l’instrument dans une orientation néo-classique.
Régulièrement entretenu successivement par les facteurs Dunand, Mulheisen et Chéron jusque dans les années 1980, le grand orgue de Saint-Cannat, dont le buffet est classé monument historique, se trouve aujourd’hui quasiment injouable et irréparable.
Sa reconstruction est envisagée… mais seulement lorsque l’église sera elle-même entièrement restaurée.

Jean-Robert Cain
Chargé de mission orgues –Ville de Marseille

  • Orgue de l'église Saint Cannat-Les Précheurs : photo A.Ravix
Dernière mise à jour : Mercredi 7 novembre 2012