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Le grand orgue de l’église Saint-Théodore

A la rue des Dominicaines, l’église Saint-Théodore, ancienne chapelle du couvent des Récollets (ordre franciscain), est un témoignage exceptionnel de l’art baroque à Marseille.

Consacrée le 21 octobre 1648 par Mgr de Puget, évêque de Marseille, sous le vocable de Saint-Louis, roi de France, et de Saint-Antoine-de-Padoue, ce n’est qu’après le Concordat, en 1802, qu’elle est devenue église paroissiale, prenant alors saint Théodore, l’un des premiers évêques de Marseille, pour patron. Sa façade comporte, au-dessus du portail d’entrée, une imposante statue de la Vierge, tandis que, de part et d’autre, se trouvent les statues de saint Louis et de saint Théodore. Réalisées en 1857, elles ont remplacé celles qui avaient été détruites à la Révolution.

Un décor élégant
En entrant, on est saisi par l’élégance du décor baroque avec, dominant le chœur, une immense toile de Jacques-Antoine Beaufort, représentant « L’embarquement de saint Louis pour la croisade ». Le maître-autel en marbre polychrome et sa gloire datent, cependant, du XIXe, tout comme les peintures de la voûte centrale réalisées par Sublet dans les années 1860-1863.
Dans les nefs latérales, plusieurs autels présentent des retables décorés de bas-reliefs originaux. Au pied de l’autel dit « de saint Théodore », se trouve la tombe du vénérable Jean-Baptiste Gault, évêque de Marseille (1643) dont le procès en béatification est en cours. On notera la présence de plusieurs tableaux de maîtres tels « Saint Jérôme au désert », attribué à Zurbaran, ou encore « Le Jugement et le martyre de sainte Barbe », deux toiles de François Puget.
De part et d’autre de l’entrée, on remarquera les bénitiers surmontés d’angelots encadrant un cartouche représentant l’emblème de l’ordre des Récollets, appelés « conformités » : le bras de saint François d’Assise croise celui du Christ.

Un somptueux buffet
C’est le Père Marc-Antoine Auber qui, en 1732, prit l’initiative d’installer un orgue. Le somptueux buffet (classé monument historique depuis le 22 mars 1976), placé au-dessus de l’entrée, demeure un témoignage exceptionnel de la facture du XVIIIe siècle, avec celui de Saint-Cannat-les-Prêcheurs. Le corps central présente les armoiries sculptées d’Andrault de Langeron, chef d’escadre des galères du roi, à qui fut confié, en 1720, le commandement de Marseille, et dont la conduite fut héroïque pendant la Grande Peste. Toutefois, les constitutions de l’ordre des Récollets prohibant les orgues dans les chapelles conventuelles, il fallut, sur la demande de l’évêque, que le pape Benoît XIV en autorise l’établissement par une bulle du 21 juillet 1742. L’instrument aurait été porté « à sa perfection » sous le supériorat du Père Roch Balestrier, de 1748 à 1750.
A la même époque, un religieux récollet du couvent de Marseille, le Père Lactance, est mentionné comme facteur d’orgues pour l’établissement d’un devis à Pernes-les-Fontaines, dans le Vaucluse, en 1750. Il pourrait être l’auteur des travaux sur l’instrument marseillais.

Un orgue moderne
L’orgue survécut à la tourmente révolutionnaire puisque, en 1804, le facteur Borme y effectue une réparation « pour 4 500 F ». Par la suite, il sera entretenu et réparé par les facteurs, Blondeau puis Imbert.

Il faudra attendre 1890 pour que le curé, l’abbé Scelle, décide de doter son église d’un orgue moderne. C’est le facteur marseillais François Mader (marié en cette paroisse le 2 juillet 1857) qui est chargé de construire un instrument neuf (26 jeux sur deux claviers/pédalier) conservant toutefois les anciennes boiseries - que l’on peut toujours admirer - celle du Positif de dos ne comportant plus de tuyauterie. Il sera inauguré le 22 décembre 1890, avec le concours de M. Burroto, organiste de la paroisse et le groupe vocal Caecilia sous la direction de Vincent Fosse, maître de chapelle de la cathédrale. En 1934, les Ets Michel-Merklin & Kuhn (Lyon) effectuent une restauration, inaugurée solennellement le 11 novembre lors d’un concert auquel participaient le chanoine Chabot, maître de chapelle de la cathédrale, l’abbé Rigaud, curé de la Croix-Rouge, l’abbé Jouve, vicaire organiste aux Chartreux et Mlle Gabriel, organiste de la paroisse, à laquelle succèdera le tout jeune Guy Morançon.

Un projet de reconstruction
Après un abandon de plusieurs années, un relevage est entrepris à partir de 1997, à l’initiative des chevaliers du Saint-Sépulcre et avec l’aide de la municipalité. Les travaux sont réalisés par Thierry Lestrez : le buffet retrouve son aspect d’origine.
L’inauguration eut lieu le 23 juin 2000 avec le concours du nouveau titulaire, Jean-Paul Serra, et la participation de l’ensemble Baroques Graffiti. Toutefois, l’importance des travaux restant à réaliser suscite un projet de reconstruction totale dans l’esthétique du XVIIIe siècle français, dont le principe sera voté par le conseil municipal dans sa séance du 19 mai 2003.

Jean-Robert Cain
Chargé de mission orgues – Ville de Marseille

« L’Orgue dans la ville », Jean-Robert Cain et Robert Marti

Dernière mise à jour : Vendredi 8 novembre 2013