Le santon et le cardinal

Mgr Aveline à partir du santon qui trônait sur le bureau du cardinal, rend hommage au cardinal Panafieu et nous dit ce qu’il évoque pour lui. Un beau message de Noël

Sur le bureau du cardinal Panafieu trônait un santon de taille moyenne, représentant un berger pris dans une bourrasque de vent. Le corps penché vers l’avant, l’homme semble poursuivre sa marche, protégeant d’une main son chapeau alors que le vent fait flotter sa cape en arrière. La situation paraît éprouvante, mais si l’on regarde le visage donné par le santonnier à cette figurine, on découvre un regard paisible et déterminé, grave et joyeux à la fois.

Ce santon évoque à mes yeux la riche et discrète personnalité du cardinal Panafieu. En avril 2005, au retour du conclave qui venait d’élire le pape Benoît XVI, il livrait aux jeunes du diocèse ce qu’avait été pour lui cette expérience inédite : « Ce conclave fut une retraite spirituelle. Nous avons essayé d’entrer dans "le grand silence du dedans", selon les mots d’Élisabeth de la Trinité. Peu à peu est née une communion. Je n’ai jamais vécu une expérience spirituelle et ecclésiale comme celle que j’ai vécue ces jours-ci. C’est inoubliable ! »

« Le grand silence du dedans » : voilà finalement ce que révèle le regard du santon ! Et voilà sans doute ce que le cardinal Panafieu a sans cesse recherché au cours des longues années de son ministère épiscopal, d’Annecy à Marseille en passant par Aix et Arles, sans oublier les années de Venasque, où il exerça autrement, dans un dépouillement de plus en plus exigeant, le service de la mission de l’Église pour lequel il avait été ordonné. Interrogé en février 2013 sur le rôle futur du pape Benoît XVI après que celui-ci eut annoncé sa décision de renoncer à sa charge, le cardinal avait répondu : « Connaissant Benoît XVI, je pense qu’il va s’enfouir, faire en sorte qu’on ne parle plus de lui pour laisser toute la place à son successeur. Par conviction spirituelle, pour se préparer à la rencontre avec le Seigneur. Et aussi pour vivre son épiscopat autrement et porter cette Église dans la prière, la solitude et le retrait, dans une attitude fondamentale de serviteur, totalement donné. »
Déjà retiré depuis plusieurs années, le vieux cardinal s’appuyait à l’évidence sur sa propre expérience pour décrire le ministère du futur pape émérite ! Car Dieu seul connaît l’étonnante fécondité de ces années de retrait, puis d’apparente inaction, lorsqu’il fut aux prises avec d’autres bourrasques, plus intérieures, plus solitaires, sans jamais perdre de vue l’objectif du berger qui avait trôné sur son bureau : préserver le silence du dedans pour « préparer les chemins du Seigneur », selon le beau et exigeant programme de sa devise épiscopale.
Maintenant qu’il contemple ce Dieu trinitaire qu’il avait appris à découvrir en marchant à la suite du Christ Jésus et en se laissant aimer par Lui jusque dans la fragilité de son humanité, le cardinal Panafieu va pouvoir poursuivre le programme de sa devise : préparer les chemins du Seigneur !
Dans la foi, nous savons qu’il veille déjà auprès du potier sur les vases d’argile des santons que nous sommes.
Qu’il soutienne aussi nos marches vers la crèche, surtout lorsque les vents se font contraires, et qu’il nous apprenne à élargir ce « grand silence du dedans » qui seul peut accueillir la joie profonde de Noël, quand le Verbe se fait chair pour ouvrir à tout homme le chemin de la vie.
Joyeux Noël à tous, dans l’action de grâces et dans l’espérance !

+ Jean-Marc Aveline
Evêque auxiliaire de Marseille

Dernière mise à jour : Samedi 2 décembre 2017