Le secret de La Major

Dans l’édito du mois de juin 2015, Mgr Aveline dévoile les secrets de notre cathédrale.

Le 28 juin, en convergeant vers La Major pour la grande célébration des ordinations, les chrétiens de Marseille seront une fois de plus saisis par la majesté de ce grand édifice qu’Elzéard Rougier évoquait en ces termes : « Il faut la voir comme je l’ai vue, le matin dans la buée blonde de l’aurore, tout au bord des eaux de Phocée, l’auguste cathédrale dont les deux clochers byzantins montent avec une grâce austère dans l’un des plus beaux ciels du monde… À mesure que nous avancions dans une lenteur d’extase, [elle] émergeait de l’onde,évoquant les gloires de Sainte-Sophie. »

Le poète savait bien qu’à Marseille l’emphase ne sert souvent qu’à masquer la pudeur et convier le visiteur à voir plus loin que le réel ! Car cette ville aime bien se cacher derrière son image et sait ne pas se livrer à qui l’arpente sans l’aimer.
Porte de l’Orient d’où s’élancèrent, à l’assaut de toutes les mers du globe,navires de commerce et embarcations missionnaires,elle est aussi devenue Porte de l’Occident pour d’incessantes vagues de migrants en quête de travail et d’avenir. Et la voici maintenant livrée à des milliers de croisiéristes, fourmillant çà et là par rondes
d’autobus, du Vieux-Port à Notre-Dame de la Garde et du Mucem à la cathédrale.

Prenant acte de ce nouvel afflux de visiteurs une petite commission a commencé à travailler cette année pour chercher les moyens de favoriser l’accueil culturel et pastoral à La Major.
Dès cet été, des jeunes de l’association CASA (Communautés d’Accueil
dans les Sites Artistiques) assureront ce service pendant une période donnée. D’autres initiatives suivront, afin de mettre en valeur l’originalité architecturale et la signification spirituelle de ce lieu,sans oublier la Vieille Major, témoin des siècles passés.
Mgr Eugène de Mazenod avait d’abord songé à implanter la nouvelle cathédrale en haut de La Canebière, là où se développaient de nouveaux quartiers. Mais les autorités civiles préféraient l’emplacement de l’ancien groupe épiscopal, quitte
à devoir détruire une partie de la Vieille Major.
L’évêque acquiesça et, le 26 septembre 1852, Louis Napoléon Bonaparte vint poser la première pierre.

La Nouvelle Major s’inscrit ainsi profondément dans l’histoire de la cité : c’est en effet sur cet emplacement que l’on situe le temple d’Artémis, protectrice de Massalia et de Phocée. C’est là surtout que les chrétiens du Ve siècle avaient édifié un grand
baptistère, plus vaste que celui d’Ambroise à Milan, dont le chantier de La Major a permis de retrouver quelques traces.
La piscine de ce baptistère se trouvait à l’angle de l’actuelle nef et du transept droit, sous la statue de saint Jean. Ainsi, quand chaque année, au soir de la Vigile de Pentecôte, les adultes qui vont recevoir le sacrement de confirmation se lèvent à l’appel de leur nom, l’Église de Marseille sent son coeur battre au rythme de multiples cultures et s’exprimer en de nombreuses langues !
Alors, elle rend grâce et se joint au grand chant d’espérance qui monte du vieux baptistère et traverse les siècles pour inonder de joie la cathédrale toute renouvelée d’Évangile.
Comme si saint Lazare, ami de Jésus et patron du diocèse, redisait aux Marseillais d’aujourd’hui et à tous les visiteurs de La Major le secret de toute vie chrétienne : accepter de devenir ami du Christ et, en son nom, vivre avec tous les peuples la belle
et exigeante aventure de la fraternité.
Rendez-vous le 28 juin !

+ Jean-Marc Aveline
Évêque auxiliaire de Marseille

Dernière mise à jour : Lundi 24 août 2015