Les âmes qui prient

« Dans toute institution de l’Église, entre Dieu et les hommes, il faut chercher l’âme qui prie. »

Dans l’une des premières biographies du cardinal Lavigerie (1825-1892), écrite par Mgr Baunard et dont les deux volumes font partie des richesses inestimables du « fond ancien » de la bibliothèque diocésaine, on peut lire cette phrase apparemment anodine et pourtant si profonde : « Dans toute institution de l’Église, entre Dieu et les hommes, il faut chercher l’âme qui prie. » L’auteur raconte ainsi comment la basilique Notre-Dame d’Afrique fut édifiée grâce à la prière d’une humble Piémontaise, Marguerite Bergesio, venue enfant à Lyon, et que Mgr Pavy, le prédécesseur du cardinal Lavigerie, avait emmenée de Lyon avec lui lorsqu’il fut nommé archevêque d’Alger, afin de lui confier la charge des plus jeunes enfants et des malades à l’institution caritative Saint-Eugène.

Et cette Marguerite, qu’on appelait dans le pays Mlle Agarithe, eut l’idée de venir prier sur la colline qui surplombe la ville devant une statuette de Marie qu’elle avait placée d’abord dans le tronc d’un olivier, puis dans le creux d’un rocher, avant de suggérer à Mgr Pavy d’élever une chapelle, après qu’une trombe d’eau, en 1860, eut détruit le petit oratoire. Elle fut un peu, pour Notre-Dame d’Afrique, ce que Maître Pierre avait été, six siècles plus tôt, pour Notre-Dame de la Garde. Elle fit don à l’évêque de toutes ses petites économies en lui disant : « Voilà, Monseigneur, pour la première pierre. Saint Joseph fera le reste ! » Et saint Joseph s’exécuta ! Si bien qu’à la mort de Mgr Pavy, l’édifice était presque achevé. Mgr Lavigerie le consacra le 2 juillet 1872. Mlle Agarithe était présente, elle dont le nouvel évêque disait : « J’ai parcouru bien des pays et vu bien des gens, mais jamais de ma vie je n’ai rencontré une sainte comme Mlle Agarithe ! » Invité à Marseille quelques années plus tard, le 26 avril 1886, le cardinal Lavigerie consacra l’autel majeur de la basilique Notre-Dame de la Garde, établissant ainsi comme un trait d’union marial et missionnaire entre les deux rives de la Méditerranée, comme nous l’a rappelé le récent anniversaire de la fondation des Pères Blancs et des Sœurs Blanches.

Loin de ces rivages mais avec la même foi, une humble carmélite de Lisieux écrivait dans son cahier, quelques semaines avant sa mort, à la date du 15 juillet 1897 :

Sœur Marie de l’Eucharistie voulait allumer les cierges pour une procession ; elle n’avait pas d’allumettes mais, voyant la petite lampe qui brûle devant les reliques, elle s’en approche. Hélas ! elle la trouve à demi éteinte, il ne reste plus qu’une faible lueur sur la mèche carbonisée. Elle réussit cependant à allumer son cierge et, par ce cierge, tous ceux de la communauté se trouvèrent allumés. C’est donc cette petite lampe à demi éteinte qui a produit ces belles flammes qui, à leur tour, peuvent en produire une infinité d’autres et même embraser l’univers. Pourtant, ce serait toujours à la petite lampe qu’on devrait la première cause de cet embrasement.
[…] Il en est de même dans la communion des saints. Souvent, sans le savoir, les grâces et les lumières que nous recevons sont dues à une âme cachée […].
Combien de fois ai-je pensé que je pouvais devoir toutes les grâces que j’ai reçues aux prières d’une âme qui l’aurait demandé au Bon Dieu et que je ne connaîtrai qu’au ciel !

Marseille, je puis en témoigner, est peuplée d’âmes qui prient, discrètement, fidèlement et souvent là où on ne les attendrait pas. Elles sont le trésor de notre Église diocésaine. Elles font fleurir l’Évangile jusque dans les plus petits recoins de notre humanité. Je me souviens de ces deux codétenus aux Baumettes qui m’avaient confié que le soir, dans leur cellule, ils prenaient un temps pour prier ensemble. Je me souviens de ma sœur Marie-Jeanne qui m’a envoyé sur mon téléphone, depuis son lit d’hôpital, ce petit message rempli d’espérance : « Comme elle est grande la force de la prière ! »

N’aie pas peur, Église de Marseille ! Encourage les âmes qui prient, quelles que soient les façons dont elles s’adressent à Dieu. Souviens-toi que pour un chrétien, comme le disait Jean-Paul II, après la rencontre d’Assise : « Toute prière authentique est suscitée par l’Esprit Saint. » Accueille la fécondité de la communion des saints et ne relâche jamais ta prière : c’est la source de toute paix et l’élan de toute mission !

+ Jean-Marc Aveline
Evêque auxiliaire de Marseille

Dernière mise à jour : Jeudi 4 juillet 2019