Accueil > Actualités > Lire et voir > Les livres du mois > Les livres du mois de Mars 2017

Actualités

Découvrir par ailleurs ...

Forum WE3D

vignette
 

Les livres du mois de Mars 2017

Les livres du mois, par Jean-Luc Ragonneau

Simples comme les colombes
Marie-Renée Noir
Ed. L’Oasis, 2017, 90 p., 10 euros.

L’auteure, Marie-Renée Noir, nous livre avec cet ouvrage des pages précieuses pour comprendre une réalité qui échappe à beaucoup : l’Église au Japon, ou du moins l’implantation du christianisme en ce pays. D’ordinaire, nous retenons l’épopée florissante des premiers pas avec l’œuvre missionnaire de saint François Xavier et des premiers missionnaires. Le sous-titre du livre, « Ces martyrs japonais inconnus », nous conduit à une autre perception.

Le christianisme a rapidement buté sur les influences ancestrales fortes du shintoïsme et du bouddhisme, se refusant à cette nouveauté que représentait la religion « importée » par des étrangers. Dès lors, les premiers chrétiens, « soit de simples paysans soit de nobles samouraïs », ont dû « avec générosité et persévérance dans leur foi, tout abandonner » et offrir leurs vies par fidélité à la nouvelle foi embrassée, fidélité à Celui qu’ils avaient rencontré, le Christ.

Dans la première partie, Marie-Renée Noir nous introduit dans les raisons qui ont déclenché très vite les persécutions du fait d’une politique très complexe : « Les missionnaires crurent-ils à leur succès définitif ? S’ils avaient mieux connu l’histoire japonaise, ils auraient peut-être agi avec plus de prudence. » La singularité du christianisme bouscule les cultures quelles qu’elles soient, d’où l’importance d’avancer (hier comme aujourd’hui) dans le respect et le dialogue avec ceux que l’on rencontre. Dans la deuxième partie sont brossés des portraits de témoins de la foi jusqu’au martyre, prêtres et laïcs, de tout âge et de toute condition, canonisés ou non. Ce ne fut pas la fin du christianisme au Japon : pendant les deux siècles et demi où il fut interdit, « la flamme de la foi » s’est transmise d’une génération à l’autre. Quand de nouveau, en 1873, des missionnaires ont pu entrer dans le pays, ils y ont rencontré des petites communautés vivantes… C’est le sujet de la troisième partie de l’ouvrage.

Ce petit livre est un écho fort et une bonne clé pour entrer dans la compréhension du très médiatique « Silence », le film de Martin Scorsese.

Charles de Foucauld, sa vie, sa voie
Jean-François Six
Ed. Artège poche, 2016, 656 p., 9,50 euros.

Jean-François Six ne nous propose pas une biographie supplémentaire au ton hagiographique de cet homme que nous croyons connaître. Il se livre à une enquête minutieuse à travers les lettres et les écrits du « héros », ou plutôt du héraut de la Parole, « tué bêtement comme tant de victimes innocentes, anonymes, du XXe siècle », lui qui voulait témoigner de la « Fraternité » entre tous les hommes.

L’auteur, avec patience, nous conduit dans la suite de cet homme épris d’absolu pour tout ce qu’il entreprend, parfois jusqu’à l’excès : que ce soit son volontarisme pour réussir des concours ou pour tenter d’occuper par ses efforts « la dernière place ». Cet itinéraire n’est pas une ligne droite. Entre le moment de la « conversion » (la rencontre avec l’abbé Huvelin), où il retrouve Celui qu’il avait abandonné à 17 ans, et l’ordination sacerdotale, qui représente non pas une fin mais un commencement, que de méandres dans l’histoire de cette vocation où « l’humanitude » le dispute à la vie sous l’Esprit. Pour cette traversée, longue et difficile, il est accompagné par un prêtre admirable, respectueux de son cheminement, qui mêle écoute et compréhension à exigences et prudence, pour conduire le fougueux Charles. Car l’excès se porte aussi dans sa manière de vouloir suivre Jésus. Il lui faudra du temps, marqué de sécheresse spirituelle et de nuit intérieure, pour en arriver à saisir que « l’imitation est inséparable de l’amour, tu le sais, quiconque aime veut imiter : c’est le secret de ma vie. J’ai perdu mon cœur pour ce Jésus de Nazareth crucifié il y a 1900 ans, et je passe ma vie à chercher à l’imiter autant que le peut ma faiblesse ».

Charles de Foucauld s’appliquera ensuite à devenir le « frère universel », non plus selon ce qu’il veut mais pour répondre à cet appel qu’est le Christ dont il partage la présence. Son itinéraire témoigne de cet abandon nécessaire pour épouser la cause du Christ, abandon qui s’effectue dans une histoire. Dieu écrit droit avec des lignes courbes. C’est peut-être le récit de toute vocation chrétienne.

Dernière mise à jour : Dimanche 2 avril 2017