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Les livres du mois d’Avril 2017

Les livres du mois, par Jean-Louis Vissière

Le père prodigue
André Querton
Le Pavillon, 2016, 58 p., 12 euros.

L’auteur de ce petit livre poétique a eu l’idée de rédiger les souvenirs d’un personnage historique, le jeune homme riche dont la rencontre avec Jésus est mentionnée dans les Evangiles.
A l’invitation qui lui est faite de céder ses biens aux pauvres et de suivre le prophète sur les routes, il ne répond pas : à ses yeux, ce serait une folie. Mais la rencontre l’a marqué et il comprend le besoin qu’éprouve son fils cadet de voyager à ses risques et périls. En somme, il apparaît comme un disciple manqué.

La baleine thébaïde
Pierre Raufast
Alma éditeur, 2017, 223 p., 18,50 euros.

Point de départ de ce roman au titre surréaliste : un jeune homme diplômé d’une grande école de commerce est engagé par un institut de recherche brésilien qui travaille sur la génétique et procède clandestinement à des expériences d’hybridation qui font penser à celles du Dr Moreau de H. G. Wells. Par exemple, en implantant un gène à une baleine, on obtient une graisse qui, sous forme chocolatée, permet de développer les poitrines féminines et de gagner beaucoup d’argent…
On pourrait croire que l’auteur s’amuse à composer de la science-fiction humoristique, mais il nous prévient que certaines choses racontées dans son roman sont vraies. On aimerait savoir lesquelles.
Qu’il s’agisse de la politique des laboratoires pharmaceutiques, du piratage informatique, de la protection des baleines ou encore des frasques des politiciens américains, le lecteur aura du mal à discerner la fiction et la réalité. Mais il appréciera sûrement l’imagination débridée de ce roman original.

Dans l’ombre
Arnaldur Indridason
Métailié, 2017, 351 p., 21 euros.

L’Islande, patrie de l’auteur, a joué pendant la Seconde Guerre mondiale un rôle stratégique majeur comme base militaire anglo-américaine. Et aux yeux des doctrinaires hitlériens, elle apparaissait comme une réserve d’Aryens bon teint, descendants des Vikings.
L’enquête que mènent deux policiers à la suite d’un meurtre insolite révèle que l’île a servi, avant-guerre, à des recherches d’inspiration nazie dans le domaine biologique, ce qui donne à ce roman un caractère sinistre.
L’auteur décrit avec réalisme la confusion morale qui règne dans son pays, jusque-là isolé du monde, du fait de la présence de troupes étrangères qui ont tendance à se comporter comme en pays conquis.

Baïkal-Amour
Olivier Rolin
Editons Paulsen, 2017, 192 p., 21 euros.

Ce livre vivant et palpitant, au style très riche, porte la signature d’un grand voyageur cultivé qui, cette fois, nous entraîne à travers la Sibérie jusqu’à l’île de Sakhaline, autant dire au bout du monde, sur la piste de Tchékhov.
Il faut préciser que Baïkal-Amour est le nom d’une grande ligne qui double le Transsibérien.
Olivier Rolin ne se contente pas de décrire les sites qu’il traverse (certains rappellent la période sinistre du Goulag, d’autres constituent des friches industrielles, témoins d’une régression économique), il médite aussi en philosophe sur le voyage, sur le besoin qu’il éprouve d’aller ailleurs, toujours plus loin.

Il se passe quelque chose. Essais
Jérôme Ferrari
Flammarion, 2017, 159 p., 12 euros.

En général, je me méfie des journalistes qui publient des recueils d’articles réchauffés. Mais j’ai lu avec intérêt, et même avec plaisir, le petit volume où l’écrivain et philosophe a rassemblé ses chroniques parues en 2016 dans La Croix.

Ce qui m’a plu, c’est la critique sarcastique, féroce, d’un homme libre qui ne ménage personne et ne mâche pas ses mots face à la bien-pensance politico-médiatique. Les sujets qu’il traite sont d’actualité : réforme de l’orthographe, langue corse, voile islamique, déchéance de nationalité… Et il dénonce impitoyablement la bêtise, l’ignorance, la démagogie, le dévoiement du langage.
Par exemple, il reproche à Manuel Valls d’assimiler l’antisionisme à l’antisémitisme. Avec lucidité, il constate que « les exigences de la publicité ou de l’audimat sont incompatibles avec celles de la démocratie » ou encore que « les problèmes futiles et insolubles » qui passionnent le public le détournent en fait des vrais problèmes.
Un livre pessimiste, mais percutant.

Douleur
Zeruya Shalev
Gallimard, 2017, 416 p., 21 euros.

La douleur, c’est celle d’une Israélienne, Iris, qui souffre à la fois physiquement et moralement : victime d’un attentat terroriste qui a laissé de pénibles séquelles, elle lutte pour mener une vie normale.
Mais son mari et ses grands enfants lui donnent des soucis, surtout la fille qui semble être tombée sous la coupe d’un gourou. Et trente ans après, par hasard, elle retrouve son premier et seul amour qui lui a laissé un souvenir inoubliable, bien qu’il l’ait quittée brutalement. Ils sont tous deux quadragénaires et engagés dans la vie professionnelle, lui comme chirurgien, elle comme directrice d’école.
Vont-ils renouer et refaire leur vie, en tirant un trait sur tout ce qui s’est passé après leur rupture ?
Le calvaire de l’héroïne, dépassée par les événements, est tout simplement bouleversant.

Dernière mise à jour : Dimanche 2 avril 2017