Accueil > Actualités > Lire et voir > Les livres du mois > Les livres du mois, par Jean-Louis Vissière

Actualités

Découvrir par ailleurs ...

Cycle de formation bioéthique

vignette
 

Les livres du mois, par Jean-Louis Vissière

  • Le déporté de Dora Paul Schwartz
    Editions François Bourin, 2017, 220 p., 20 euros.

    Membre d’un réseau de résistance, Paul Schwartz est arrêté par les Allemands, torturé par la Gestapo de Toulouse, envoyé à Compiègne et finalement déporté à Buchenwald. Son voyage en train est un hallucinant cauchemar. Il est affecté au camp de Dora, dont les souterrains abritent l’usine de fabrication des V2. Il décrit avec un réalisme glaçant le calvaire des déportés soumis à la brutalité sadique des SS, d’abord au camp, puis au cours de l’exode qui suit l’évacuation hâtive de 1945. Il a l’immense mérite d’être resté, malgré toutes ses souffrances, un être humain : il n’a pas voulu participer au lynchage verbal et physique des SS français tombés entre les mains des libérateurs. Un témoignage terrifiant.
  • Les ennemis du papeNello Scavo
    Bayard, 2016, 395 p., 19,90 euros.

    Le livre rédigé par un journaliste italien se détache de l’abondante littérature consacrée au pape François. S’appuyant sur une documentation impressionnante, l’auteur montre que l’action du pape dérange beaucoup de monde : barons de la finance, multinationales, mafias, terroristes islamiques, trafiquants d’armes, monsignori menacés dans leur pouvoir curial, despotes avides de richesse… Aux yeux de ses ennemis, François a le tort de se mêler de ce qui ne le regarde pas, de faire de la politique, de s’occuper d’écologie. On voit d’un mauvais œil les efforts de ce pape rouge et vert pour réconcilier les Etats-Unis et Cuba, pour combattre la course aux armements et la traite des êtres humains. A droite, on le traite de cryptocommuniste, à l’extrême-gauche on le considère comme un homme à abattre. Au Vatican, il doit affronter la Curie, sévir contre les prélats indélicats qui détournent l’argent de l’Eglise et fricotent avec la Mafia : un travail herculéen (je pense au nettoyage des écuries d’Augias).
  • Ma petite France :
    Chronique d’une ville ordinaire sous l’Occupation Pierre Péan
    Albin Michel, 2017, 315 p., 20 euros.

    Connu comme auteur d’une série de livres qui éclairent les coulisses de la vie politique, Pierre Péan a rédigé une chronique de sa ville natale, Sablé-sur-Sarthe, pendant l’Occupation et même un peu au-delà, en mêlant ses souvenirs d’enfance et des documents d’archives, ce qui confère à son livre une authenticité remarquable. Sablé a connu tous les aspects de la guerre, douloureux, héroïques ou sordides : les restrictions, le marché noir, la présence des militaires allemands, la « collaboration horizontale » de certaines femmes, la presse asservie, la délation, les attentats « terroristes », la chasse aux résistants et aux juifs, les bombardements, puis, à la Libération, les exécutions sommaires, les femmes tondues, l’arrivée triomphale du général de Gaulle… Cette période trouble a cultivé l’ambiguïté : tel collaborateur notoire était-il un agent britannique ?
    Compte tenu de l’actualité, l’auteur a ajouté une postface consacrée à un ancien député-maire de Sablé qui a fait son chemin, François Fillon…
  • Histoire du voile
    Des origines au foulard islamique:Maria Giuseppina Muzzarelli
    Bayard, 2017, 264 p., 21,90 euros.

    L’auteure enseigne à Bologne l’histoire médiévale du costume. Et c’est principalement au Moyen Âge italien qu’elle consacre ce livre érudit et joliment illustré. Les femmes de tous les milieux, citadines et paysannes, aristocrates et plébéiennes, se couvraient la tête (usage qui a duré dans nos sociétés jusqu’au XXe siècle). Les plus riches affichaient un luxe (perles, pierreries, fils d’or et d’argent, plumes de paon) qui irritait les prédicateurs et que les pouvoirs publics cherchaient à limiter par des lois somptuaires. Le voile, depuis saint Paul, était destiné à dérober à la vue les charmes de la femme et à garantir sa sujétion, mais servait aussi à indiquer par sa forme, son tissu et sa couleur, l’identité, le statut social de celle qui le portait : jeune fille, femme mariée, veuve, religieuse…Les femmes ont su retourner en leur faveur une coutume contraignante et faire du voile un ornement, un instrument de séduction. L’adoption hardie du béret, couvre-chef masculin, peut traduire une volonté d’émancipation : ce serait une manifestation précoce du féminisme !
    La question brûlante du foulard islamique n’est traitée que dans les deux derniers chapitres. En Europe, le port du voile sous ses différentes formes (burqa, niqab, tchador, hijab) est perçu comme un défi intolérable aux principes vitaux de notre société : laïcité, liberté, égalité des sexes.
    Un mot sur les illustrations : M.-G. Muzzarelli nous apprend à regarder les portraits de la Vierge, des saintes et des dames huppées, et analyse finement les voiles qui les parent.
  • Les oubliés de l’Histoire:Jean-Yves Le Naour
    Flammarion 2017, 351 p., 19,90 euros.

    L’auteur a eu l’idée originale de présenter les biographies succinctes de personnages qui ont joué des rôles secondaires, mais ont eu leur heure de célébrité. Il fait ainsi revivre pour nous Jacqueline Auriol, l’aviatrice, le Père Popieluszko, assassiné par les sbires du régime communiste de Varsovie, le torero Manolete, le bandit sicilien Salvatore Giuliano, Gala, l’amie des Surréalistes, et même Théo Sarapo, le mari d’Edith Piaf… Ce livre plaira aux lecteurs friands de petite histoire.
Dernière mise à jour : Mercredi 16 août 2017