Accueil > Actualités > Lire et voir > Les livres du mois > Les livres du mois, par Jean-Louis Vissière

Actualités

Découvrir par ailleurs ...

Veillée pour la vie

vignette
 

Les livres du mois, par Jean-Louis Vissière

  • Le cardinal Marty : Olivier Landron
    Editions du Cerf, 2017, 365 p., 24 euros.

    Originaire d’un village du Rouergue dont il avait gardé l’accent rocailleux, le cardinal Marty a participé activement, en tant qu’évêque de Saint-Flour, au concile Vatican II, et a occupé, de 1968 à 1981, le siège épiscopal de Paris.
    Cet homme affable et généreux a dû affronter des crises graves : les étudiants contestataires de Mai 68 dénonçaient l’Eglise comme une institution oppressive, et certains ecclésiastiques se dressaient contre la hiérarchie (en 71, occupation du Sacré-Cœur par des gauchistes iconoclastes). Il était en butte à l’hostilité de la Faculté de théologie de Paris, très indépendante, aux attaques virulentes des intégristes qui voyaient en lui un suppôt de la Gauche, ami des théologiens de la libération, voire un cryptocommuniste. L’occupation, en 1977, de Saint-Nicolas du Chardonnet est un épisode marquant de la rébellion des traditionalistes contre Vatican II. La crise des vocations était l’un de ses soucis majeurs, avec l’avortement, le divorce, le célibat des prêtres. À son départ, il léguait au cardinal Lustiger une Eglise divisée, en proie aux conflits entre intégristes et progressistes. L’auteur, professeur d’Histoire du christianisme, nous révèle une personnalité riche et attachante, mais pétrie de contradictions. Ce livre n’est pas une hagiographie : Olivier Landron se permet de critiquer certaines positions du cardinal, ses priorités, et souligne sa « roublardise »…
  • Le parchemin maudit
    Une enquête de Gérard Machet
    Sonia Pelletier-Gautier
    Editions du Cerf, 2016, 251 p., 15 euros.

    Le polar historique se porte bien. Sous un titre terrifiant, la romancière met en scène les écoliers (étudiants) de Sorbonne et leurs maîtres, en 1441, au moment où le roi Charles VII élimine les dernières garnisons anglaises et où s’accomplit le « brexit » souhaité par Jeanne d’Arc. Le héros principal, Gérard Machet, père putatif et protecteur du peintre Jean Fouquet, est un personnage historique, qui cumulait les fonctions de professeur, d’évêque et de confesseur du roi. Une éminence grise, en quelque sorte. Il doit arrêter un tueur en série particulièrement sadique qui, pour des raisons doctrinales, assassine de manière horrible les étudiants en théologie. Ce « thriller théologique » relève en fait de la littérature fantastique. J’ai apprécié le passage où l’on voit les étudiants de deux écoles adverses s’affronter violemment, comme ceux de l’après-Mai 68.
  • La maison des souvenirs et de l’oubli:Filip David
    Postface de Marc-Alain Ouaknin
    Viviane Hamy, 2017, 191 p., 18 euros.

    Un roman complexe, sorte de puzzle qui met en scène des juifs de Serbie, survivants de la Shoah, en proie à une hantise incurable. Le lecteur français découvre ainsi des camps de concentration dont il n’avait jamais entendu parler, ceux de la banlieue de Belgrade, gérés par les occupants allemands et leurs collaborateurs antisémites. Le récit, qui frise parfois le fantastique, pose le problème du mal : d’où viennent le meurtre et la destruction, le génocide ? Ont-ils une origine purement humaine ? Autre grave question : faut-il tirer un trait sur le passé abominable et tâcher d’oublier, ou au contraire entretenir le souvenir ? L’auteur, né en 1940, appartient à une génération qui se situe entre celle des martyrs et le temps présent, et il éprouve la nécessité d’édifier un « conservatoire de la mémoire ».
  • Ce que tient ta main droite t’appartient:Pascal Manoukian
    Don Quichotte, 2017, 288 p., 18,90 euros.

    Le héros de ce roman haletant, technicien franco-algérien, a perdu sa femme et son enfant lors d’un attentat djihadiste perpétré à Paris. Il décide donc de se venger en rejoignant en Syrie les partisans de Daech, ce qui lui permettra d’approcher leur dirigeant et de le tuer. L’auteur a été reporter de guerre et cela se sent : il semble bien renseigné sur les fanatiques islamistes dont il décrit avec précision le mode de vie puritain, la misogynie, la cruauté sanguinaire et les visées terrifiantes. La fiction cède la place à un documentaire qui fait froid dans le dos.
  • Quatre saisons à l’Hôtel de l’Univers:Philippe Videlier
    Gallimard, 2017, 496 p., 23 euros.

    Philippe Videlier a une formation d’historien, et ce roman est en fait un chapitre d’histoire un peu particulier. D’abord, il prend pour sujet le port d’Aden, colonie britannique peu connue chez nous, mais qui a accueilli des écrivains français : Paul Nizan, le condisciple de Sartre, Philippe Soupault, le poète surréaliste, et surtout Arthur Rimbaud, reconverti dans le commerce et logé à l’Hôtel de l’Univers. Ensuite, pour décrire l’évolution complexe de cette colonie, fleuron du Commonwealth, qui, après avoir, comme l’Algérie, obtenu son indépendance par la violence, est devenue une petite démocratie populaire, il adopte un style ironique qui aurait enchanté Voltaire et Marcel Aymé. Ce roman original nous apprend plus de choses qu’un ouvrage de facture classique en nous faisant revivre notamment la période d’après-guerre où le Proche-Orient a été le théâtre de conflits, de coups d’Etat et de révolutions sanglantes attisées par les grandes puissances.
Dernière mise à jour : Mercredi 16 août 2017