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Les livres du mois, par Jean-Luc Ragonneau

  • L’ami parti devant : Fadila Semaï
    Ed. Albin Michel, 2016, 176 p., 16 euros.

    Les premières lignes nous situent la démarche de l’auteure : « Ce voyage, cette enquête, cette quête, a mûri dans la solitude, dans le silence qui protège de ce qui peut vous dérouter. Le fil de ma vie m’a propulsée vers une nécessité vitale : aller à la rencontre d’une histoire, celle de deux hommes, Christian de Chergé et son ami Mohamed, et d’un lieu, le monastère Notre-Dame de l’Atlas, à Tibhirine » (p. 9).
    Comment et pourquoi ont-ils pu non seulement se rencontrer, mais se lier d’amitié, en quelques mois, au point que l’un va « orienter » sa vie comme une réponse à un appel de l’autre, assassiné quelques années auparavant. Le « héros » de ce livre n’est pas le prieur du monastère lui-même, assassiné aussi plus tard, mais cet inconnu « ami parti devant ».
    L’enquête toute journalistique nous parle du premier pour tenter de comprendre qui est le second, ce témoin disparu. Cette enquête se transforme en une quête spirituelle : quelle foi (différente, l’un est musulman, l’autre catholique) animait ces hommes s’accueillant au-delà des barrières qui auraient pu être des interdits ? Quelle humanité était la leur pour se découvrir des « frères » que même la « guerre » ne peut séparer (l’un fait son service militaire en Algérie, l’autre est Algérien, menacé par ses compatriotes) ? Quelques lignes de Christian de Chergé, écrites en 1985, nous éclairent : « Un homme profondément religieux, garde champêtre de la commune, a aidé ma foi à se libérer en s’exprimant au fil d’un quotidien difficile, comme une réponse tranquille, avec la simplicité de l’authenticité. Malgré la différence de génération, une amitié sincère et enjouée était née entre nous, et nos échanges avaient la volonté de Dieu pour horizon, par-dessus la mêlée. Illettré, il ne se payait pas de mots » (p. 131).
    Une lecture sereine et savoureuse qui invite à interroger la manière de vivre nos relations, si souvent embarrassées… pour découvrir le « trésor » caché que peut être l’autre différent.
  • La Source que je cherche:Lytta Basset
    Ed. Albin Michel, 2017, 298 p., 20 euros.

    Lytta Basset est bien connue comme pasteure, professeure de théologie protestante, écrivaine. On pourrait la penser en possession de réponses permettant de s’affronter à l’existence, de traverser les difficultés en se reposant sur des certitudes, de marcher tranquillement vers ou avec Celui dont elle aime à parler… Pourtant, dans ce livre, nous renvoyant à notre propre expérience de foi, elle se présente autrement. Elle se présente comme tout chrétien dont la relation à Christ est une relation vitale, donc vivante, mouvante, ne se satisfaisant pas d’a priori, d’énoncés tout faits : Dieu se laisse trouver mais faut-il encore le chercher. « On peut être tenté de ne plus chercher Dieu du tout, de s’installer dans la satisfaction mentale de l’avoir désormais à sa disposition. Être chrétien ne dispense pas de chercher Dieu : Jésus Lui-même invitait chacun à Le "suivre", à se mettre "en chemin", chaque jour, vers la Source… » (p. 52).
    Lytta Basset nous entraîne dans cette quête de Dieu qui a fait irruption dans sa vie, à travers son expérience humaine, à travers son vécu de croyante. Pour décrire cette aventure vers la Source, elle se nourrit de la Bible, non comme un livre comportant des réponses, mais comme une parole qui interpelle, qui questionne, qui purifie, qui dénonce des idoles, qui suscite la liberté et la découverte progressive de l’importance du poids de son existence. À l’aide de réflexions, de témoignages personnels, de méditations bibliques, elle nous conduit dans sa quête qui passe par le refus de fausses représentations de Dieu pour retrouver la Source qui est Présence, Vie, Plénitude, Vide, mais que les mots ne peuvent pas posséder.
    Lytta Basset fait de nous les témoins de sa recherche et, ce faisant, elle devient le témoin pour notre propre recherche. En fait, le cheminement vers « la Source » se révèle un manuel de libération pour reconnaître Dieu comme un compagnon de voyage pour notre existence.
    Certes, c’est une lecture exigeante, parfois dérangeante, mais conduisant à vivre avec Dieu en vérité et liberté et à en témoigner de façon audible.
Dernière mise à jour : Mercredi 16 août 2017