Lignes de Crète

Du 18 au 27 juin se tiendra en Crète le « Saint et Grand concile » de toute l’Église orthodoxe, attendu et préparé depuis plus de cinquante ans. Le patriarche Athénagoras l’avait annoncé dès 1961 : « Le grand concile que nous préparons permettra au peuple de notre Église de mieux vivre sa foi. Il s’efforcera non seulement d’adapter à l’homme d’aujourd’hui notre Tradition, mais de rendre à celle-ci sa force d’inspiration et de renouveau. Par là, il fera œuvre œcuménique. Le renouveau est inséparable du partage et de l’unité. »

Quelques années plus tard, en 1964, il avait rencontré à Jérusalem le pape Paul VI et l’année suivante, à la fin du concile Vatican II, ils avaient tous deux levé les décrets d’excommunication mutuelle qui dataient de 1054. Cessant de s’éloigner lentement les uns des autres, à coup d’ignorances et d’incompréhensions, catholiques et orthodoxes commençaient à regarder ensemble les lignes de crête encore lointaines de l’unité.
Le chemin permettant la tenue d’un concile panorthodoxe fut toutefois parsemé d’embûches. Les Église de l’Europe de l’Est ont dû surmonter les persécutions de l’époque soviétique puis les risques d’éclatement, à la chute du rideau de fer, à cause de la poussée des nationalismes politico-religieux. Encore aujourd’hui, la situation est particulièrement délicate en Ukraine. Que de souffrances accumulées chez nos frères orthodoxes d’Orient, qui ont connu pendant des siècles le joug ottoman, puis pendant des décennies le joug soviétique, et qui maintenant, dans certaines régions, subissent le joug islamiste ! Que de violences et d’humiliations ! Que de persécutions et de martyrs ! Quelle force admirable dans leur fidélité à l’Évangile, envers et contre tout ! Certes, il y eut des dérives et des compromissions, et il y a encore aujourd’hui des risques d’instrumentalisation politique, mais la grande famille orthodoxe, dont la diaspora est aujourd’hui présente sur tous les continents, veut consolider sa communion. Le patriarche de Constantinople, Bartholomée, l’a exprimé dans son Encyclique annonçant le concile : « Le fait que, après tant de siècles, l’orthodoxie exprime sa conciliarité sur un niveau mondial constitue le premier pas, décisif, dont on attend, par la grâce de Dieu, qu’il mène à la convocation, Dieu voulant, d’autres conciles panorthodoxes. »
Portons donc dans notre prière les travaux de ce concile de Crète ! Cherchons à mieux connaître nos frères orthodoxes qui vivent à Marseille, où l’on se souvient encore du P. Cyrille Argenti (1918-1994), fondateur prophétique du Centre orthodoxe Saint-Irénée. Il n’aurait certainement pas manqué d’observer que, pendant que se renforce, en orthodoxie, la communion entre les patriarcats, contre les dérives nationalistes, le pape François encourage dans l’Église catholique la pratique de la synodalité et une meilleure prise en compte des diverses conférences épiscopales, contre les dérives centralisatrices.
Dans sa prière, Jésus avait demandé à son Père que « tous soient un » (Jn 17, 21). Cherchons donc les chemins qui, d’un versant comme de l’autre, nous conduiront peu à peu, guidés par l’Esprit, vers la ligne de crête de l’unité. Alors, des deux poumons de l’Église, stimulée par la foi de ses martyrs, jaillira pour toute l’humanité l’heureuse nouvelle du matin de Pâques : Christ est ressuscité ! Christos anesti !

+ Jean-Marc Aveline
Evêque auxiliaire de Marseille

Edito de juin 2016

Dernière mise à jour : Mercredi 31 août 2016