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Marie, chemin de rencontre

A l’occasion du 15 août, pourquoi ne pas porter un nouveau regard sur Marie ? Marie, chemin d’œcuménisme.

Marie, chemin de rencontre

« Pour terminer cet exposé et dans un esprit authentiquement œcuménique, je voudrais dire que le mystère de la Vierge Marie vérifie et illustre admirablement les trois grands adages de la Réforme, compris dans toute leur positivité. Il peut paraître paradoxal de récapituler sous cette trilogie l’essentiel du mystère de la Vierge Marie. Cette perspective nous montre en tout cas que Marie ne devrait pas être un signe de contradiction entre chrétiens :
Sola gratia : tout en Marie vient de la grâce de Dieu, elle qui a trouvé grâce devant Dieu et qui est comblée de grâce.
Sola fide : tout en Marie est réponse de la foi. Marie est la figure de la foi du Nouveau Testament, comme Abraham l’avait été de l’Ancien.
Soli Deo gloria : tout en Marie rend gloire à Dieu, en particulier le ministère de la maternité divine.
Nous pouvons redire avec l’ange : Réjouis-toi, Marie, comblée de grâce, le Seigneur est avec toi ! » (Bernard Sesboüé, Marie, ce que dit la foi, pp. 63-64)

A l’occasion du 15 août, pourquoi ne pas porter un nouveau regard sur Marie ? Marie, chemin d’œcuménisme. Cela n’est plus à démontrer depuis la réflexion du Groupe des Dombes et la publication des fruits de celle-ci (Marie dans le dessein de Dieu et la communion des saints, I : Dans l’histoire et l’Ecriture (1996), II : Controverse et conversion (1997)). Comme l’indiquent les signataires dans la Pré-sentation du tome I : « Le sujet est relativement nouveau dans le débat œcuménique. Il ne figure encore à l’ordre du jour d’aucun des grands dialogues interconfessionnels mondiaux actuels », et, dans les premières lignes du tome II, ils écrivent : « Lorsque nous demandons avec Paul : "Christ serait-il divisé ?", ne faut-il pas reconnaître qu’à propos de la Vierge Marie, nous nous sommes déchirés plus encore ? ».

Le thème marial n’est pas un motif de rupture

Le fait qu’il a été possible d’aboutir non pas à un consensus sur tous les points en débat, mais à une pu-blication commune des principaux moments de la discussion et à une mise en perspective des points d’accords et de désaccords, en s’explicitant sur les pourquoi, est à saluer comme une grande avancée, bien mise en évidence dans la conclusion de la présentation du deuxième tome : « Nous confessons, Sei-gneur, que nous sommes coupables envers notre commune confession de la foi des apôtres, lorsque nous errons par excès ou par défaut au sujet de la Vierge Marie, au lieu de nous joindre à sa confession de louange du Dieu qui réalise en elle et en nous l’impensable de nos esprits et l’impossible de nos cœurs. »
Élisabeth Parmentier, théologienne luthérienne, écrivait dans La Croix, en 1999 : « Une solide tradition populaire prétend repérer les protestants à leur aversion pour la piété et les festivités mariales. Cette opinion n’est pas dépourvue de fondement si l’on remonte à la Contre-réforme et ses suites, où les pro-testants reconvertis au catholicisme devaient faire la preuve de leur fidélité par leur dévotion à Marie. » Ne serait-ce pas aussi que nous oublions trop rapidement ces mots de Luther : « Il eût été juste et digne qu’on la menât en carrosse doré, accompagnée de quatre mille cavaliers, et que, précédant la voiture, on eût crié au son de la trompe : "Voici venir la Dame entre les plus hautes Dames, princesse de toute la race humaine". » Des excès perpétrés autour d’elle, tant dans la théologie mise en œuvre que dans les pra-tiques, ne pouvaient qu’exacerber la foi chrétienne des protestants comme d’un certain nombre de catholiques. Or, « le thème marial n’est pas un motif de rupture » (Bernard Sesboüé).

Le Groupe des Dombes

Le thème de Marie, réfléchi à nouveau, libéré des « excroissances malignes » (Karl Barth désignant un certain nombre de données de la théologie catholique), recentré sur l’Incarnation et le message du Salut, peut devenir un lieu fédérateur pour les diverses confessions chrétiennes, et par là, un chemin d’œcuménisme. Il suffit de considérer le patient labeur du Groupe des Dombes, où les uns et les autres ont dû s’affronter au combat le plus dur qui soit : « faire la vérité en regardant sa propre tradition ». C’était le prix à payer pour gagner la liberté qui seule autoriserait une parole constructive. Liberté qui permet :
▪ à la partie protestante de reconnaître « que l’occultation totale de la mère du Christ n’est conforme ni à l’Écriture sainte, ni aux confessions de l’Église ancienne, ni aux options des réformateurs » (Élisabeth Parmentier) ;
▪ à la partie catholique de pointer des débordements dans la piété mariale, de veiller à ne pas accorder à Marie une place qui revient au Christ, de « développer une théologie mariale plus conforme à l’histoire du Salut ».

Une mère qui rassemble

Comme le constate le Groupe des Dombes : « Notre parcours historique nous a montré que la division entre nous apparaît au moment où Marie est isolée à la fois du Christ et de la communion des saints et où la dévotion se concentre exagérément sur elle. C’est pourquoi la décision de Vatican II insérant le texte sur Marie dans la constitution sur l’Église est un geste de grande signification pour notre réconciliation ». Ce faisant, il ne s’agit pas de remiser Marie dans un coin sombre de la liturgie et de la pensée chrétienne. Bien au contraire, elle devra tenir son rôle et sa place en référence à l’Incarnation, comme mère du Christ, et à l’Eglise, comme « sœur des croyants ». Réfléchissant la lumière émanant de son fils, elle sera perçue avec ce qu’elle est dans la foi et la piété chrétiennes : « La grandeur de Marie est dans son humilité au service de son fils, qui est le Fils, son Seigneur. » Tous pourront la rencontrer dans sa triple dimension : créature du Père, mère du Fils et membre de l’Église animée par l’Esprit.
Celle dont des hommes, au nom de leurs idées, de leurs sentiments, de leurs frustrations ou de leurs dé-sirs, avaient fait une cause de division, retrouvera sa juste place et sa fonction : elle rassemblera et n’opposera plus ni ne divisera plus. N’est-ce pas ce qu’on attend d’une mère ?

Ouverture pour le dialogue interreligieux

Marie s’avère possible chemin d’œcuménisme, peut-être aussi ouverture pour le dialogue interreligieux :

▪ avec le judaïsme, dans la mesure où nous nous portons à la rencontre de Marie comme fille d’Israël et nous n’en faisons pas une « chrétienne » coupée de ses racines. Si elle devient « disciple » de son fils, c’est avec ce qui fait son identité, donc avec ses racines, sa culture, son histoire, sa religion, c’est-à-dire porteuse de la promesse d’Abraham : « On ne respecterait donc pas Marie si l’on ne reconnaissait en elle une véritable créature de Dieu, une fille d’Israël pleinement insérée dans l’histoire de son peuple, une mère qui a partagé les joies et les peines de la maternité » ;

▪ et avec l’islam : « Mentionne Marie » (Coran 19, 16). Le livre saint des musulmans la nomme 34 fois, lui réservant une position privilégiée jamais atteinte même par les épouses ou filles du Prophète de l’islam. Nous connaissons la grande dévotion des musulmans pour Myriam, la mère de Jésus, des deux côtés de la Méditerranée, avec Notre-Dame de la Garde à Marseille, Notre-Dame d’Afrique à Alger et Notre-Dame de Santa-Cruz à Oran.

Jean-Luc Ragonneau, s.j.

Commentaires

▪ « L’image de Marie est enveloppée de sept voiles. Sa face est profondément dissimulée comme celle des femmes orientales qui, encore de nos jours, déambulent dans les rues des villes et des villages d’Israël, le pays de Marie, en ayant le visage entièrement voilé. Les sept voiles de Marie ont été tissés par la tradition, le dogme, la liturgie, la légende, l’art, la poésie et la musique. Ces voiles dissimulent la réalité d’autant mieux qu’ils sont plus beaux et plus imposants. Il me paraît donc indispensable de procéder à un dévoilement afin de mettre à découvert la face juive d’une jeune mère de Galilée. »

Schalom Ben-Chorin

▪ « Deux jeunes musulmans libanais, inculpés d’avoir profané une statue de Notre Dame, ont été con-damnés à une peine alternative à la détention consistant à lire et mémoriser des passages du Coran ex-primant la vénération pour la Mère de Jésus. La décision de la magistrate Jocelyne Matta, juge d’instruction du nord du Liban, a reçu des éloges, y compris de la part de responsables musulmans liba-nais qui l’ont valorisée comme instrument efficace pour lutter contre les sectarismes et toutes les formes d’offense perpétrées contre les croyances religieuses d’autrui. »
Agence Fides

▪ « La mariologie, au fil des siècles, a fini par devenir une vraie fabrique de nouveaux titres, de nouvelles dévotions, souvent en opposition avec les protestants, utilisant parfois Marie - notre Mère commune ! - comme une arme contre eux. Face à ces tendances, le concile Vatican II a réagi de façon opportune. Il a recommandé que les fidèles « se gardent avec le plus grand soin de toute parole ou de tout geste susceptibles d’induire en erreur soit nos frères séparés, soit toute autre personne, sur la véritable doctrine de l’Église » sur ce point, et a rappelé aux fidèles qu’« une véritable dévotion ne consiste nullement dans un mouvement stérile et éphémère de la sensibilité, pas plus que dans une vaine crédulité » [LG 67].
Père Cantalames

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Dernière mise à jour : Mardi 31 juillet 2018